Hiver 2007 - page 15

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J
’aime la poésie, sans doute parce que le terme
“d’images poétiques” vient se superposer à la photo-
graphie, et le poème de Paul Eluard
Liberté
est resté
longtemps punaisé au mur de mon atelier après la guerre.
Mais je connaissais mal le poète et ne garde aucun souvenir
de son séjour à Arles en 1952 où il semble être venu avec
Picasso et aurait même prononcé une conférence pour
défendre les Rosenberg.
Il mourut peu après et ma mère disparaissait quelques
jours plus tard. C’est en 1956 que je fis mes premiers nus
de la mer en partie pour rassurer mes amis qui se désespé-
raient de me voir photographier charognes et cimetières,
hanté par la mort de ma mère et ses souffrances, après que
notre maison fut bombardée.
[...] Et voilà Picasso et Cocteau qui s’enthousiasment
pour ces recherches, Cocteau les porte à Seghers qui
décide aussitôt de rééditer
Corps mémorable
(publié en
1948 dans la collection Poésie 48) avec 12 photographies.
Et je découvre le poème et sa mystérieuse dédicace.
Depuis, le livre m’a porté bonheur (j’en ai publié plus de
75 en 50 ans) et après avoir réuni tout ce que je pouvais
trouver à l’occasion de la réédition pour le centenaire de la
naissance de Paul Eluard, j’ai encore cherché et je livre cet
ensemble aux visiteurs de Carré d’Art, à Nîmes.
[...] Je cherchais désespérément le manuscrit quand
enfin, j’eus la joie de rencontrer la dédicataire du poème,
la mystérieuse Jacqueline.
J’étais au cœur même de la création face à l’inspiratrice
et rédemptrice, puisqu’Eluard voulait se suicider après la
mort de Nusch (novembre 1946 – il y a 60 ans) et que des
amis – dont ce jeune couple – l’entourèrent de soins atten-
tifs et d’amour. Claude Roy en parle dans ses mémoires et
Pierre Dreyfus – petit-fils d’Eluard – évoque dans ses
notes aux
Lettres à Gala
(Gallimard 1984) une correspon-
dance à Roland Penrose où il confesse : “J’ai traversé tous
ces derniers temps avec beaucoup de mal. Ce mal s’est
peut être maintenant un peu atténué, mais je ne suis pas
encore résigné. La douleur a diminué mais la sensation de
vide a augmenté, est devenue vraiment atroce… Il faut de
toute façon que j’ai le courage de quitter mon appartement
et les deux jeunes amis adorables qui m’ont littéralement
sauvé la vie depuis la mort de Nusch…”
Sous les toits, en allant vers la Butte, je rencontrais un
couple auréolé de cette tendre lumière dans laquelle on
rêve de se baigner. J’étais aux anges et bouleversé, car
j’avais entre mes mains le manuscrit de ce poème, écrit au
dos de formulaires administratifs périmés, sur un papier
satiné agréable à la plume, et récupéré par Alain. C’est ici
que Jacqueline avait posé – nue – pour Valentine Hugo,
dont les dessins devaient illustrer une réédition de
Corps
mémorable
que mes images balayèrent ! J’avais eu la chance
de les retrouver et de les acheter, comme certaines lettres
d’Eluard, avec une carte postale adressée à Valentine par
Eluard, Jacqueline et son mari depuis la Côte d’Azur.
Ce désir de collectionner tous ces éléments ne s’est pas
arrêté à la date du centenaire. Dix ans ont passé et je
continue ! J’ai pu ainsi trouver d’autres rares pièces dont les
photographies de Nusch en communiante, l’édition devenue
introuvable de l’admirable plaquette
Le temps déborde
publié par Zervos à la mort de Nusch et sous le pseudonyme
de Didier Desroches, mais surtout il m’est arrivé une
étrange aventure : lors de la réédition du centenaire, je
m’étais réservé un tirage de tête enrichi d’une suite séparée
des illustrations et d’un tirage argentique inédit, tiré à 30
exemplaires. Le premier exemplaire fut proposé par Michel
Ange – le bien nommé – dans la librairie Nicaise, à une
lectrice passionnée d’Eluard qui en fit l’acquisition pour
l’offrir à un ami pour son anniversaire. Etant présent dans la
galerie je fus invité à dédicacer l’ouvrage et pour être exact
je demandais la date de son anniversaire : l’heureux réci-
piendaire était né le jour de la mort de Nusch : 28 novembre
1946. Ainsi la boucle était bouclée !
Depuis la mort de Nusch, 60 ans ont passé. Je suis né
véritablement à l’expression artistique à la mort d’Eluard
et de ma mère.
Dans sa dédicace, Paul Eluard dit :
“… Jacqueline me prolonge !” J’ai envie de corriger :
“… Jacqueline nous prolonge !” Ainsi, Paul Eluard est
parmi nous et avec lui nous pouvons dire : “… Sourire aux
anges est réel”.
Grande salle des séances, le 21 novembre 2007
En haut : photo publiée p.19 de l’édition allemande, 1963.
P
rix
&
C
oncours
Retrouvez tous les Prix et Concours sur le site
Prix d’ouvrages 2007
L
e jury de l’Académie des Beaux-Arts a décerné les
Prix d’ouvrages 2007 :
Prix Bernier
, attribué à
Marie-Laure Ragot
et
Simon-Pierre Perret
, pour leur ouvrage
Paul Dukas
(Ed. Fayard), et à l’ouvrage collectif réalisé sous la
direction de
Jean-Lucien Bonillo
,
Les Riviera de
Charles Garnier et Gustave Eiffel
(Editions Imbernon).
Prix Paul Marmottan
, attribué à
André Lischke
pour son ouvrage consacré à
L’Histoire de la musique
russe, des origines à la Révolution
(Editions Fayard),
et aux
Editions Imbernon
pour la réédition
de l’ouvrage
Maison en bord de mer E 1027
d’
Eileen Gray
et
Jean Badovici
.
Prix Bordin
, attribué à
Andréi Nakov
pour les
quatre tomes de
Kazimir Maléwicz
(Editions Thalia).
Prix Debrousse-Gas-Forestier
, attribué à
Adélaïde Russo
pour son ouvrage
Le peintre comme
modèle, du surréalisme à l’extrême contemporain
(Editions des Presses universitaires du Septentrion).
Prix Jules et Louis Jeanbernat
et
Barthélémy de
Ferrari Doria
, attribué à
Richard Leydier
et
Alain Jouffroy
pour leur ouvrage
Jean Messagier
(Editions du Cercle d’Art).
Prix Thorlet
, attribué à
Gérard Denizeau
pour son
ouvrage sur
Jean Dewasne, traité d’une peinture plane
et autres écrits
(Editions Minerve).
Photo CmPezon
L
e Prix du Cercle Montherlant - Académie des Beaux-
Arts 2007 vient de couronner l’ouvrage :
Marbres, de
carrières en palais
de
Pascal Julien
, photographies de
Jean-Claude Lepert
,
publié aux Editions Le Bec en l'air.
Ce livre conte le voyage du marbre vers la lumière,
depuis sa périlleuse extraction dans les carrières jusqu'à ses
applications les plus prestigieuses dans l'architecture et les
oeuvres d'art. Professeur et chercheur, Pascal Julien dirige
le département d'histoire de l'art à l'université de
Toulouse Le Mirail.
Le Prix du Cercle Montherlant - Académie des Beaux-Arts,
d’un montant de 10.000 euros, récompense en 2007 pour la
cinquième année consécutive l’auteur d’un ouvrage de
langue française illustré et consacré à l’art. Le prix est
entièrement financé par Jean-Pierre Grivory, Président
Directeur Général de la Société “Parfums Salvador Dali”.
En haut : Jean-Pierre Grivory, Pascal Julien, Arnaud d’Hauterives et
le Baron Sambucy de Sorgues.
Photo Juliette Agnel
Prix Cercle Montherlant -
Académie des Beaux-Arts
Ma saga de
Corps
Mémorable :
Paul Eluard, Valentine Hugo,
Jean Cocteau, Pierre Seghers
Par
Lucien Clergue
, membre de la section de photographie
De la photographie à la poésie, c’est l’image qui s’imprime,
que ce soit sur la rétine ou dans la langue…
Depuis des années, Lucien Clergue nourrit une passion
pour le recueil intitulé
Corps mémorable
de Paul Eluard.
C
ommunication
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