Hiver 2007 - page 16

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L
a Libye offre une longue façade méditerranéenne,
plus de 200 km, et si l’intérieur du pays est steppique
et désertique, la côte jouit du climat méditerranéen.
La Cyrénaïque, cet ensemble de deux plateaux bien
arrosés et fertiles, attira les Grecs dès le début de la
deuxième moitié du VII
e
siècle av. J.-C. D’abord régie par
une dynastie issue du fondateur Battos, elle connut ensuite
un régime républicain dans la seconde moitié du V
e
siècle
et pendant la plus grande part du IV
e
siècle avant de
rejoindre la monarchie des Ptolémées d’Alexandrie, puis
d’entrer dans le monde romain. Elle se dota d’une riche
parure monumentale, dans le sanctuaire d’Apollon, sur
l’agora et encore dans de grands sanctuaires comme celui
de Zeus, dont le temple, le plus grand temple grec
d’Afrique, est contemporain du Parthénon et du temple de
Zeus à Olympie ; il a été magnifiquement restauré par les
Italiens. La sculpture est remarquable à Cyrène, et ne
trahit aucun signe de retard sur les grands foyers de la civi-
lisation grecque, et d’abord d’Athènes avec qui Cyrène
entretint des relations suivies.
A l’Ouest, en Tripolitaine, ce fut l’influence punique
venue de Carthage qui l’emporta avant que Rome ne s’im-
pose en 111 av. J.-C. Des trois villes, Sabratha, Œa (l’ac-
tuelle Tripoli) et Leptis Magna, c’est cette dernière qui fut
la plus brillante et qui reste la mieux conservée. Elle doit
le premier développement de ses monuments à la période
augustéenne, mais elle fut surtout le lieu de naissance de
l’empereur Septime Sévère (146-211 ap. J.-C.) qui eut à
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S
ans atteindre les sommets du burin septentrional, le
burin méridional - burin italien - marque quelques
temps forts aux XV
e
et XVI
e
siècles. Après l’ère des
gravures anonymes groupées en suites,
les planètes
,
les
prophètes et les sybilles
,
les tarots,
surgissent deux buri-
nistes créateurs marquants : Pollaiolo et Mantegna.
A l’écran, une estampe célèbre de
Pollaiolo
,
Le combat
des hommes nus
, vers 1465. Cette œuvre est d’une impor-
tance extrême dans l’évolution de la gravure sur cuivre car
elle incarne avec force la double “orientation esthétique”de
l’art du burin. L’une, rattachée au style artisanal et orne-
mental des orfèvres de la fin du Moyen Age, l’autre annon-
çant la forme picturale de plus en plus libérée des “pein-
tres-graveurs” du XVI
e
siècle et des temps modernes.
Comprendre l’esthétique du burin, n’est-ce pas en effet
se rappeler qu’avant d’être un outil de peintre, il était
originellement un outil d’orfèvre ? Dès la mise au point
vers 1430 dans les ateliers septentrionaux (et non vers
1460 dans les ateliers méridionaux comme on le dit trop
souvent depuis Vasari) d’une invention curieusement sans
nom d’inventeur - “la presse pour gravure en taille douce”-
nombre de graveurs-orfèvres se muent en graveurs d’es-
tampes et le burin passe alors insensiblement des mains du
ciseleur dans l’atelier du peintre. Sans trahir leur goût
originel pour l’arabesque et la fioriture, ces orfèvres
évoluent vers une écriture picturaliste pour traduire leur
“vision poétique” ou les formes observées dans le monde
alentour. La symbiose de la tendance ornementale et de la
tendance picturale, particulièrement significative aux XV
e
et XVI
e
siècles, s’estompera sans jamais disparaître. Elle se
réalise à miracle dans le célèbre
Combat des hommes nus.
Pollaiolo y déploie un style superbe et virtuose. Pourtant le
songe est là. Cette apothéose du corps humain est l’inven-
tion fabuleuse d’un chantre du burin. [...]
Au XX
e
siècle encore, le vocabulaire “signographique” de
quelques beaux burinistes-créateurs, de Henri-Georges
Adam à Roger Vieillard, relève sans dommages et sans
anachronisme de cette riche dualité originelle que l’on
croirait à tort le fait d’un temps révolu. [...]
A la différence de Pollaiolo,
Mantegna
n’est pas orfèvre.
Cela se ressent. Sa
Bataille des Dieux marins
s’inscrit
dans la continuité du
Combat des hommes nus
mais avec
moins de fioriture et plus d’ascétisme graphique.
Mantegna est un buriniste puissant et fougueux, sculptural
et austère. Ses fulgurances entaillent obliquement le
cuivre dans un rythme effréné, aux antipodes du sage
“burin rangé”. Il travaillait souvent en osmose, d’après ses
dessins, avec des artistes de son atelier, selon l’usage de
cette époque. C’est pourquoi, on parle souvent des
gravures de “l’Ecole de Mantegna”. [...]
Jacopo degli Barbari
, dont nous avons parlé à propos
d’
Adam et Eve
,
est un créateur d’une étonnante moder-
nité, affectionnant souvent les formes simples.
Pégase
à
l’écran, ne surprendrait peut-être pas dans une exposition
d’artistes contemporains.
Campagnola
inaugure l’ère du “pointillé” en 1510 dans
sa
Samaritaine
. L’artiste pique des points au burin. On voit
surtout ces “pizzicati” dans la partie inférieure gauche. Son
style est fort éloigné de celui de
Christophano Robetta
,
survivant du Quattrocento qui conserve la grâce d’un
Filipino Lippi. Il n’est ni dessinateur très sûr, ni graveur
habile, mais un charme sensuel, un peu morbide, attachant,
se dégage de la fragilité même de son graphisme. J’aime
beaucoup cet artiste. Pour être touché par son style très
personnel, il faut voir plusieurs de ses planches.
Pollaiolo, Mantegna, Jacopo degli Barbari, Campagnola,
Robetta, cinq burinistes-créateurs transalpins – XV
e
siècle
finissant, XVI
e
siècle commençant – cinq changements de
timbre avec un même instrument. Et les variantes sont
encore plus grandes si on compare chacun de ces cinq
artistes à ses contemporains rhénans. Le burin, décidé-
ment, n’est pas un instrument monocorde.
Très différent de ses prédécesseurs, le bolonais
Augustin
Carrache
achève la trajectoire du burin transalpin au XVI
e
siècle. On lui doit 240 burins sur cuivre. Sa virtuosité
excelle dans les grands formats. Son
Portrait du Titien
,
1587 (à l’écran) est presque grandeur nature. Le contraire
des “mini-portraits” de Rembrandt. Il est traité dans une
technique assurément “classique”. On y décèle l’approche
du “beau métier” qui atteindra deux points culminants en
France avec Robert Nanteuil et Claude Mellan.
Grande salle des séances, le 5 décembre 2007.
Illustration : Antonio Pollaiolo.
Le combat des hommes nus
. Burin sur
cuivre 26,4 x 40,5 cm. Vers 1465.
Résonance du
“burin-créateur’’
Par Claude-Jean Darmon, graveur, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts
Communication en deux séquences. Séquence I : Temps forts du “burin-créateur’’
au cours de son évolution du XV
e
siècle à nos jours - Séquence II : du “burin-créateur’’
au “burin-transcripteur’’. Brève réflexion sur la gravure d’interprétation. De la
première séquence, voici un court extrait sur le “burin italien’’ aux XV
e
et XVI
e
siècles.
La Libye est considérée généralement comme peu
importante au regard des civilisations classiques.
Pourtant cette région mérite d’être mieux connue.
Tour d’horizon.
La Libye grecque,
romaine et
byzantine
Par
André Laronde
, membre de l’Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres
C
ommunication
C
ommunication
cœur de la doter de monuments splendides, dignes de
Rome : un arc monumental, mais surtout un nouveau
forum avec une basilique judiciaire, et une voie à colonnes
débouchant sur le port rénové et agrandi. Le raffinement
de l’architecture et la qualité de la sculpture, typique de la
tendance dite du “baroque africain” sont clairement visi-
bles, aussi bien sur les lieux qu’à travers les œuvres conser-
vées au musée de Tripoli.
A l’époque tardive, l’éclat n’est pas moins grand, comme
en témoignent de nombreuses églises, notamment dans le
village (ou
kômé
) d’Erythron, aux deux magnifiques basi-
liques de marbre blanc importé de Grèce et qui datent de
l’époque de Justinien (milieu du VI
e
siècle). Elles font
l’objet de restaurations par la Mission archéologique fran-
çaise, fondée en 1976 à Apollonia, port de Cyrène, par le
Professeur François Chamoux, de l’Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres, et disparu depuis peu de jours.
Grande salle des séances, le 3 octobre 2007
En haut, à droite : Leptis Magna, Thermes du Port, le vestibule,
fouilles de la Mission archéologique Française.
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