Hiver 2008 - page 24-25

C
et alliage de cuivre et d’étain est resté à travers les
civilisations le métal par excellence de la statuaire.
On peut admirer au musée de Bagdad la tête magni-
fique du roi Sargon coulée il y a plus de 3000 ans avec J-C.
Partie d’Anatolie, cette technique s’est développée ensuite
en Iran, Irak, Egypte. Les Grecs l’on utilisée couramment
pour de grandes statuaires, suivis par les Etrusques, les
Romains et Gallo-Romains.
En France les commandes de François 1
er
pour Fontai-
nebleau relancent la production de grands bronzes avec la venue de Léonard de Vinci et le
passage de Benvenuto Cellini.
La “méthode cire perdue” est celle de la collaboration entre fondeur et sculpteur.
Confier sa propre création à d’autres mains est une réelle inquiétude pour tout créateur.
Le fondeur se trouve dans la position d’interprète et comme tout interprète il peut gâcher
l’œuvre ou la sublimer.
L’œuvre en bronze est une œuvre en commun, ce n’est pas pour rien que le sculpteur appose
sa signature et le numéro d’épreuve à côté du cachet du fondeur.
Le bronze porté à 1200° sera jeté dans la verse du moule et viendra remplacer le vide laissé
par la cire. Puis vient l’attente du décochage, casser cette gangue qui renferme le bronze.
Opération moins spectaculaire mais tout aussi émouvante…C’est « la naissance du bronze”
qui nous dira si le travail a été bien mené.
Les opérations de réparures consistent à couper les jets d’alimentation, boucher les orifices
laissés par les broches, rectifier les défauts éventuels. La patine donnera au bronze sa touche
finale ainsi que toute la sensibilité de lecture recherchée dans l’œuvre, le patineur jouera de
sa palette subtile pour satisfaire la demande.
Grande salle des séances, le 26 novembre 2008
H
ommage
S
erge Nigg a été l’élève d’Olivier Messiaen, puis en
1946, il écrivit les
Variations pour piano et 10 instru-
ments.
Mais c’est dans les années 1960, que, s’étant
éloigné du catéchisme sériel, il trouva et déploya son écri-
ture qui mêle le souci de la beauté sonore à l’exigence
d’une langue musicale sans complaisance. Auteur d’une
œuvre considérable, Serge Nigg consacra également une
part importante de sa carrière à l’enseignement de la musi-
que ainsi qu’au développement de la vie musicale française.
De 1967 à 1982 il fut chargé de l’inspection des théâtres
lyriques français à la Direction de la Musique dirigée par
Marcel Landowski et en 1978, il succéda au Conservatoire
national supérieur de Paris à Olivier Messiaen en tant que
professeur de composition. Serge Nigg avait été le prési-
dent de notre Académie en 1995, année du bicentenaire de
l’Institut de France dont il assuma également la présidence
cette même année.
La disparition de Serge Nigg nous prive d’un
créateur sensible et raffiné, dont le parcours
contrasté souligne la curiosité, l’audace
et la détermination.
Sa rencontre avec René Leibowitz, dans la foulée de ses
études auprès d’Olivier Messiaen au Conservatoire de
Paris, le rapprochera du dodécaphonisme et ses
Variations
pour piano et 10 instruments
, créées en 1947 au 1er
Festival International de Musique dodécaphonique de
Paris, sont souvent considérées comme la première œuvre
strictement dodécaphonique, composée en France.
Mais de la même façon qu’il se sera éloigné d’un
militantisme qu’il s’amusait lui-même à décrire comme
« crypto-stalinien », il abandonnera rapidement la
technique sérielle et créera en 1949 l’Association française
des musiciens progressistes, avec Roger Désormière, Louis
Durey, Georges Auric, Charles Kœchlin et Jean Wiéner,
avec la volonté de composer une musique plus accessible
au grand public.
Sa musique se caractérise par une très grande finesse
orchestrale, une remarquable continuité dans le discours
et souvent par une puissance en décalage total avec
son physique mince et élancé, avec sa discrétion
presque exagérée.
Les compositeurs qui ont eu la chance de travailler avec
Serge Nigg la composition, l’analyse et l’orchestration
au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, où il
avait succédé à Olivier Messiaen, estiment tous lui devoir
beaucoup, grâce à un enseignement qui était basé sur
l’ouverture et la tolérance.
Durant les quinze années où j’ai eu le privilège de le
côtoyer à l’Académie des Beaux-Arts, la vivacité de
son esprit, son enthousiasme, ses révoltes aussi bien
que ses doutes ont toujours été une grande source
d’enrichissement.
Les musiciens de l’Orchestre Colonne gardent un souvenir
ému des conseils avisés que Serge Nigg leur a prodigués
lors des répétitions de sa magnifique partition
Millions
d’oiseaux d’or
, que Michel Plasson lui avait commandée en
1981 et qui avait été créée à Boston.
C’était en janvier 2007 et ce grand compositeur a été
ovationné une dernière fois, Salle Pleyel, par un public
enthousiaste et un orchestre très admiratif.
Il était en plus particulièrement heureux que dans le
même programme soit mis en parallèle son œuvre et
Le Poème de l’Extase
de Scriabine, certainement parce
qu’il avait retrouvé chez ce grand compositeur les
fulgurances, les couleurs imaginatives et les pics acérés qui
leurs sont communs.
La musique a perdu un compositeur original et
authentique, ses amis n’oublieront jamais ce créateur
gentlemen, dont l’humour décalé dissimulait une
infinie tendresse. «
Laurent Petitgirard
, membre de la section de
Composition musicale
C
ommunication
Notre Compagnie a été endeuillée
par le décès, le 12 novembre dernier,
de Serge Nigg, compositeur dont
l’érudition et la rigueur passionnée
ont contribué de manière notable
à l’intérêt de nos échanges
depuis la date de son élection à
l’Académie, en 1989.
Photo Brigitte Eymann
Par
Jean Dubos
, ancien directeur de la Fonderie de Coubertin,
correspondant de l'Académie des Beaux-Arts
En matière de sculpture comme dans
les autres arts, on admire souvent les
œuvres sans connaître les techniques.
La méthode de la cire perdue est
fameuse pour le travail du bronze,
et la Fonderie de Coubertin a
accompagné les productions artistiques
de générations de sculpteurs.
Bronze,
méthode cire perdue
24
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Serge Nigg
La naissance du bronze,
La Paix Terrassée
de Jean Terzieff,
document Marc Terzieff.
1...,4-5,6-7,8-9,10-11,12-13,14-15,16-17,18-19,20-21,22-23 26-27,28
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