Hiver 2008 - page 4-5

A
ctualités
A
u cours de cette séance, Yves Millecamps, Président
de l’Académie des Beaux-Arts et membre de la sec-
tion de Peinture, a rendu hommage aux disparus,
membres de notre compagnie.
Le palmarès des nombreux prix et récompenses décernées
par l’Académie des Beaux-Arts a été proclamé par Antoine
Poncet, Vice-Président, membre de la section de Sculpture.
Le programme musical de cette séance était assuré par
l’Orchestre Colonne
, sous la direction de
Laurent
Petitgirard
, qui a joué un extrait de
Gaspard de la
Nuit
,
Ondine,
de Maurice Ravel, dans l’orchestration de
Marius Constant, et plus tard le 3
e
mouvement de
La Mer,
Dialogue du Vent et de la Mer,
animé et tumultueux, de
Claude Debussy.
Le Jeune Chœur de Paris
, sous la direction de
Geoffroy Jourdain
, a interprété
Saget der Tochter Zion
et
Werfet Panier auf im Lande
(motets)
de Georg Philipp
Telemann, et des extraits du
Te Deum , Te aeternum Patrem,
Tibi cherubim
de Félix Mendelssohn, sous la direction de
Laurence Equilbey
.
La séance s’est terminée, comme chaque fois, par la
Fanfare de La Péri
de Paul Dukas.
Extrait du discours prononcé par le Secrétaire
perpétuel Arnaud d’Hauterives qui était consacré à
la « Lumière des peintres » :
A une époque où les artistes imitent le sensible en
appliquant des pigments sur les murs ou sur les pan-
neaux de bois, Cicéron évoque déjà avec admiration « tout
ce que les peintres voient dans les ombres et les lumières
et que nous ne voyons pas. » (1). Plus tard, Léonard de
Vinci affirme dans son
Traité de peinture
que les valeurs
de la lumière qui vibrent et donnent au paysage densité et
transparence sont le sujet de ses toiles. Et l’auteur de
La
Recherche du temps perdu
nous confirme ce pouvoir de la
peinture. Seul, Elstir, le maître impressionniste
,
a le pouvoir
de figurer la sensation perdue, l’intensité de chaque visage
et « la splendeur de [la] lumière »
des jours enfuis. C’est
que, nous dit Proust, le peintre, mieux que l’écrivain, sait
retrouver l’émotion dans les reflets qui irisent la « précieuse
matière du tout petit pan de mur jaune. »(2)
Cicéron, comme plus tard Merleau-Ponty, nous rappelle
qu’il n’est rien, en effet, de visible sans lumière. (3) C’est
la beauté de la peinture de savoir capturer cette lumière
pour nous révéler les apparences de la nature et leur au-
delà mystérieux. Chaque grande toile est une « Aube » du
regard, une « Illumination » (4). Elle nous montre que la
nuit, absence du jour qui donne au monde relief et couleur
en contient la promesse.
« Tout grand peintre (…) est un disciple de la lumiè-
re » comme le dit admirablement Sylvie Germain. C’est pour-
quoi j’ai souhaité évoquer aujourd’hui avec vous la lumière
dans la peinture, approcher cette
matière insaisissable qui est « aux
peintres, ce que le chant des
mots est aux poètes. » (5)
« J’ai plaisir à conclure en
compagnie d’Edward Hopper,
héritier de ces grands peintres
« disciple[s] de la lumière » évo-
qués dans ce propos. Hopper qui admire l’auteur de la
Ronde de nuit
, est, comme lui, graveur et peintre. La quête
de Rembrandt, celle de Vermeer ou des Impressionnistes
est la sienne : « Tout ce que je veux, dit-il, c’est peindre la
lumière à l’angle d’un mur ou d’un toit. » Guetteur infati-
gable des effets d’aube ou de couchant comme de l’éclat
de midi, Hopper utilise les apports de la photographie et
du cinéma dans ses cadrages insolites, ses points de vue
inhabituels, ses intenses effets d’éclairage sur les façades
urbaines, les collines de La Nouvelle-Orléans ou les phares
de l’Atlantique. A leur tour les toiles de Hopper influencent
les arts dont elles sont nourries. Hitchcock, comme Wim
Wenders, s’inspirent de ses décors, de ses éclairages, de ses
mises en scène. La célèbre
Maison au bord de la voie ferrée,
prélude à une scène précise ou promesse de scénario, est
une vue cinématographique dont la densité narrative est
telle qu’elle inspire l’auteur de
Psychose
. La composition
et l’éclairage permettent à Hopper d’isoler la maison et de
créer une impression de solitude, d’étrangeté, de menace :
le rail de la voie ferrée coupe les fondations et détache la
maison arbitrairement du premier plan tandis que le point
de vue en contre-plongée en accentue le volume ; sous un
ciel éteint, la façade violemment éclairée crée un contraste
inquiétant entre le blanc opaque et les ombres noires qui
voilent l’entrée désertée…
C’est que, comme le Rembrandt de Claudel, Hopper « est
un œil qui choisit et qui saisit, c’est un miroir qui peint,
tout ce qu’il fait est le résultat d’une
réflexion
, d’une
exposition savante de la plaque à la lentille. » La lumière
prise à la pointe du pinceau vibre sur la toile et restitue les
apparences et leur au-delà, de telle sorte que
« toutes les
figures qu’il nous fournit semblent revenir d’un voyage au
pays du tain. » (6) »
1
« Quam multa vident pictores in umbris et eminentia quae non
videmus »,
Cicéron,
Les Académiques
, II, XX , 86
2 Proust,
A la Recherche du temps perdu
,
La Prisonnière
,
Garnier Flammarion.
3 Merleau-Ponty : « depuis Lascaux jusqu’à aujourd’hui, pure ou impure,
figurative ou non, la peinture ne célèbre jamais d’autre énigme que celle
de la visibilité. »
4 Rimbaud,
Illuminations
, 1886
5 Sylvie Germain,
Ateliers de lumière
, Desclée de Brouwer, 2004
6 Paul Claudel,
Introduction à la Peinture hollandaise,
Gallimard, 1946
Hopper utilise
les apports de la
photographie et
du cinéma dans
ses cadrages
insolites
Le 19 novembre, sous la Coupole de
l’Institut de France, a eu lieu la
séance solennelle de l’Académie
des Beaux-Arts.
Photos Juliette Agnel
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Séance publique annuelle de l’Académie des Beaux-Arts
En haut : Laurent Petitgirard, membre de la section de
Composition musicale, dirigeait l’Orchestre Colonne.
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