Hiver 2009 - page 28-29

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ommage à l’eau » a réuni pour la première fois
deux hommes de la paix, deux poètes et créateurs,
associant une sélection de 28 poèmes de Federico Mayor
Zaragoza aux 28 sculptures d’Abelardo Espejo Tramblin,
symboles d’espérance sur le thème de l’eau.
Avec leurs mots écrits ou sculptés, les deux artistes
souhaitent « crier pour la liberté, la tolérance, l’union des
cultures, l'eau qui nous donne la vie et la paix ».
Federico Mayor Zaragoza, né en 1934 à Barcelone, fut
directeur général de l’UNESCO de 1987 à
1999 où il développa, entre autres, le programme pour
la Culture de Paix. Il soutint l’initiative qui aboutit le
10 novembre 1998 à la proclamation par l’Assemblée
générale des Nations-Unies des années 2001-2010
« Décennie Internationale pour la promotion d’une
Culture de la Non-violence et de la Paix au profit des
enfants du monde ».
Il préside actuellement la Fondation espagnole
« Culture de Paix ».
Abelardo Espejo Tramblin, né en 1947 à Jaen en Espagne,
se consacre à la sculpture depuis 1978. Son œuvre, aux
titres évocateurs, avec une tendance à l’abstraction, tient
toujours compte de l’être humain. Sa sculpture
Liberté
a
été choisie par l’UNESCO en 1993 comme symbole de la
rencontre internationale « La Paix, le jour d’après ».
En haut :
Liberté
, sculpture d’Abelardo Espejo Tramblin
et poème de Federico Mayor Zaragoza, 1993.
Photo DR
E
xposition
l’homme occidental dans son sentiment de supériorité, mais
il contribue aussi, beaucoup plus innocemment, à donner
une touche d’authenticité ou à assouvir une certaine envie de
connaître et de comprendre l’Autre.
Frissons érotiques
Depuis le Moyen-âge, l’Occident s’est interrogé sur la
sexualité orientale, généralement jugée différente, parfois
même menaçante. Harems et odalisques, polygamie et
homosexualité, les sujets ne manquent pas pour nourrir une
curiosité et une fascination qui souvent ne font que cacher
une anxiété concernant les mœurs sexuelles occidentales.
Projection de tabous, assouvissement de fantasmes, fas-
cination sincère pour un monde inaccessible, quelle que
soit leur motivation, l’intérêt des Occidentaux ne cessera de
croître jusqu’à constituer, au XIX
e
siècle, un des leitmotivs
les plus puissants de l’orientalisme.
En quête d’histoire
La passion occidentale pour l’Orient s’accompagne sou-
vent du besoin de fournir un contexte et une dimension his-
toriques aux visions créées. Parfois, il s’agit d’un désir plus
ou moins explicite de s’approprier ces terres lointaines en
en rappelant l’origine judéo-chrétienne ou gréco-romaine :
Palestine biblique, sites grecs ou croisés du Levant, héritage
E
xposition
Dans le cadre de la Saison de la Turquie
en France, cet te expos i t ion or iginale
regroupe un grand nombre d’objets con-
çus pour présenter, définir, expliquer,
apprivoiser ou caricaturer un Orient à
l’attention du public occidental.
romain en Cyrénaïque… Le plus souvent, toutefois, c’est
simplement l’idée que l’Orient est figé dans le temps, intem-
porel, qui permet de faire ce rapprochement. Dès lors, tout
voyage en Orient devient un voyage dans le passé, dans un
monde que domine la tradition et qui n’a pas d’autre futur
que l’occidentalisation.
Le cas turc
Dernier volet de l’exposition, le cas ottoman et turc relève
un paradoxe apparent : l’Empire ottoman et, plus tard, la
Turquie reprennent souvent à leur compte certains des cli-
chés orientalistes qui les prennent pour cible. Si cet « orien-
talisme oriental » surprend, il n’en est pas moins logique
dans un contexte d’occidentalisation. En acceptant la supé-
riorité de l’Occident, les Ottomans et les Turcs sont tentés
de se « blanchir » en rejetant sur ceux qu’ils considèrent plus
orientaux qu’eux les stigmates de l’orientalisme. Il en résulte
une idéologie hybride qui s’invente des catégories orienta-
les : l’Arabe, le nomade, le dévot, le Kurde, le paysan... Le
phénomène ne fait que s’accentuer sous la République dont
le discours moderniste et laïque est fortement empreint
d’orientalisme, tandis que la demande touristique et la
redécouverte du passé légitiment un retour progressif à des
formes et traditions orientales.
Jusqu'au 26 février, de 11h à 18h, fermé le lundi
Salle Comtesse de Caen
~
27, Quai de Conti, Paris 6
e
28
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Consommer l'Orient
Hommage à l’eau
L
’Académie des Beaux-Arts a accueilli en octobre
dernier l’exposition « Hommage à l’eau »,
présentant l’œuvre poétique de l’humaniste
Federico Mayor Zaragoza et les sculptures de
l’artiste d’Abelardo Espejo Tramblin.
Sable
et eau.
Comme au
commencement,
comme à la fin,
sable et eau.
Et au milieu
l’être humain...
Nouakchott
28 mars 1993
En haut, à gauche : Gilbert Holland, affiche publicitaire.
Ci-dessus : publicité pour les savons « La Perle du Sérail ».
C
ette déambulation à travers les représentations de
l’Orient reprend quatre des thèmes les plus cou-
rants du discours orientaliste : l’exotisme, le regard
ethnographique, l’érotisme et la perspective historique.
L’exposition se termine sur un phénomène particulièrement
surprenant, celui de l’orientalisme ottoman et turc, c’est-à-
dire la reprise de certains clichés orientalistes par ceux-là
même que cette idéologie prenait pour cible.
L’attrait de l’exotisme
Dans l’imaginaire occidental, et ce pendant des siècles,
l’Orient est avant tout une destination, un endroit lointain
et différent que de nombreux auteurs et voyageurs se succé-
dant sur les routes du Levant tenteront de comprendre et de
décrire par des textes qui attisent la curiosité d’un public de
plus en plus avide de connaissance et de dépaysement.
Vers la fin du XIX
e
siècle, l’émergence en Occident d’une
société de consommation contribue grandement à la trans-
formation de l’Orient en un produit de plus en plus accessi-
ble au grand public.
L’Orient devient ainsi de plus en plus présent dans les
romans et dans la littérature de voyage, dans les salons et dans
les objets du quotidien, tandis que l’effet combiné des chan-
gements révolutionnaires survenus dans les transports et de
l’emprise coloniale sur le pourtour méditerranéen le rendent
accessible à un nombre sans cesse croissant de visiteurs.
La curiosité ethnographique
L’intérêt pour l’exotisme et le dépaysement s’accompagne
le plus souvent d’une curiosité, voire d’une fascination, pour
les personnages qui meublent les scènes et les paysages orien-
taux, réels ou imaginaires. Des « sauvages » exhibés lors des
grandes expositions ou dans de véritables zoos humains aux «
indigènes » intégrés dans les parcours touristiques, l’élément
humain répond souvent à une curiosité malsaine et confirme
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