Hiver 2009 - page 4-5

A
près des études d’architecture à l'École nationale
supérieure des Beaux-Arts à Paris, Aymeric Zublena,
né en septembre 1936 à Paris, obtient son diplôme en
1963 et poursuit sa formation en urbanisme au « séminaire »
Tony Garnier. Il remporte en 1967 un second Grand Prix de
Rome sur le thème « Une maison de l’Europe à Paris ». La
même année, il devient architecte en chef de la ville nou-
velle de Marne-la-Vallée dont il dirige plus particulièrement
les études du centre urbain régional pendant près de quinze
ans. Il y développe le principe de la mixité et de la densité
urbaine organisées autour de transports publics puissants et
largement ouverts sur de grands espaces paysagés.
Architecte de la mission française d’étude chargée du
schéma directeur du Grand Buenos Aires durant cette même
période, il participe à de nombreux concours nationaux et
internationaux dont les principaux projets et réalisations
sont l’Université Scientifique de Strasbourg Illkirch (1993),
l'École des Mines de Nantes (1994), l’Hôpital Européen
Georges Pompidou à Paris (2000), avec son confrère Macary,
le Stade de France à Saint-Denis (1998), le Stade Olympique
d’Istanbul en Turquie (2002), le pont élévateur de Rouen
réalisé en 2007 ainsi que son projet pour le futur pont levant
de Bordeaux.
Pour chacun de ces programmes, Aymeric Zublena recher-
che une réponse architecturale singulière qui marque for-
tement le site d’accueil par un signe emblématique simple
à identifier : la « rue hospitalière » de l’Hôpital Européen
Georges Pompidou, longue galerie vitrée qui inscrit un nou-
vel axe urbain en plein Paris, la couverture-disque du Stade
de France qui flotte au-dessus des gradins et du parvis, le
croissant du stade d’Istanbul, les «papillons », structures
métalliques de levage du pont de Rouen.
Aymeric Zublena a été Professeur à l’Ecole d’architecture
Paris Villemin de 1969 à 1995 et Président de l’Académie
d’Architecture de 2002 à 2005.
Extrait du discours de réception prononcé par
Paul Andreu :
Le Stade de France. C’est l’ouvrage par lequel
ton travail est le plus connu. Mais un autre, un
peu moins connu du grand public et des médias, a une
importance aussi grande : l’Hôpital Georges Pompidou, à
Paris. Le premier s’est dessiné et construit vite, dans une
presse mêlée d’allégresse, quatre années passées sans répit,
encombrées de difficultés sans nombre mais sans que le
doute jamais s’insinue, il faut construire, on va construire.
Le second au contraire, qui a occupé quatorze ans de ta vie,
du concours que tu as gagné en 1984 à l’inauguration en
1998, a eu une histoire autrement compliquée.
Que de doutes, de remises en cause, d’hésitations venant
se briser sur toi, comme pour éprouver la solidité de ton
projet et ta détermination à le faire, à le faire bien, pour
le service de tous ceux que l’hôpital rassemble, patients,
familles, soignants, dans une solidarité moins voyante
que celle des stades, moins célébrée par les médias, mais
tellement plus profonde. Pour toi, cet hôpital aura été
l’ouvrage de formation, celui qui vous construit autant
qu’on le construit. […]
Une seule chose est certaine : il faut inventer, c’est
cette certitude que nous donne l’Histoire. Les « Grands
Travaux », faits à grand renfort de machines et d’argent,
ne garantissent plus aucun progrès. Il faut, pour tout et
partout, inventer. Quel bonheur !
C’est dans cette éclaircie d’espoir et de passion générale
pour l’urbanisme, cet urbanisme auquel tu as consacré
tant de ton travail et de ta vie, que tu es reçu dans notre
Maison. Tu le sais déjà, il arrive que l’espoir se trouve
désorienté dans les grandes perspectives que l’immortalité
dessine, et qu’il s’épuise. Tu connais déjà cette capacité que
nous avons tous ici à contrôler nos passions, à ne pas leur
donner libre cours, à les oublier parfois dans le confort
pourtant bien peu douillet de notre habit noir et vert.
L’espoir que j’exprime, au nom de tous j’en suis convaincu,
c’est que tu fasses mentir ceux qui te l’on dit et que tu
nous aides tous à rester immortellement jeunes dans une
Académie elle aussi immortellement jeune, pleine d’espoir
et d’ambition. »
Aymeric Zublena
R
éception
sous la
C
oupole
S
ous la présidence de Jean Salençon, Président de
l’Institut de France, Président de l’Académie des
Sciences, la séance avait pour thème cette année :
« La lumière ».
Différents discours ont été prononcés à cette occasion :
Usages de la lumière
par Bertrand Saint-Sernin, délégué de
l’Académie des Sciences Morales et Politiques
; Lumière,
matière et cosmos,
par Claude Cohen-Tannoudji, délégué
de l’Académie des Sciences ;
Lumières du Moyen Age,
par
André Vauchez, délégué de l’Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres ;
Eloge de l’ombre,
par Erik Orsenna, délégué
de l’Académie française.
L’Académie des Beaux-Arts était représentée par Roger
Taillibert, membre de la section d’Architecture, dont le dis-
cours était intitulé :
Poésie et lumière.
En voici un extrait :
S’il est un fait permanent qui guide la vie de
l’homme dans tous ses choix, c’est bien cette source divine
et sacrée qu’est la lumière.
Ses jeux permanents que le soleil porte sur notre présence
sur terre sont une richesse que seul notre œil rencontre.
En accompagnant toute la richesse artistique de chaque
acte de la vie de l’homme, il existe là une participation
constante aux rêves qui illuminent nos jours et nos nuits,
où la présence de l’ombre toujours incertaine, quelquefois
indéfinissable, nous fait revivre la magie et la poésie de la
vie éternelle. C’est ainsi qu’un rêve occupe l’espace défini
des formes qui deviendront des symboles. C’est aussi la
prodigieuse présence de la poésie humaine, où les Arts,
la Littérature, et les Sciences nous ouvrent les portes de
l’inconnu, richesse convoitée par toutes les âmes. […]
L’œuvre d’art a quelque chose de commun avec l’être
vivant, en ce qu’elle offre sans équivoque une vision
dynamique et permanente que vous allez aimer, et vous
emportera vers des rêves futurs. C’est encore cette
puissance qui fera voir et comprendre quel est l’effet,
quelle en est la cause. En somme, cette origine toujours
déclarée par Platon : « Le jour est la lumière de Dieu
qui nous enveloppe ». Peut-être faut-il entendre par là le
développement des Lumières tel qu’il s’est exprimé après
la Révolution ?
La primauté de la beauté fut révélée, affirmée depuis
l’Antiquité qui, grâce à la lumière, nous fit découvrir,
écrire et capter la nature. Les naturalistes et les réalistes
en sont conscients et l’expriment vraiment, mais d’autres
artistes l’invoqueront avec talent comme Rodin. La lumière
nous guide pour affirmer qu’il n’y a point de recette pour
embellir la matière. Il ne s’agit que de la voir sous ses yeux
dès l’aurore.
Après avoir parcouru la voie du Beau à travers cette force
naturelle et sa richesse émotive, on pourrait donc dire que
l’art a aussi pour fonction de soustraire au temps quelque
chose de suggéré par cette réalité qui nous enveloppe, ce
monde de vérité au travers duquel notre réalité humaine
n’est qu’apparence. Par conséquent, elle est un facteur
fondamental de communication donnant toujours la vérité
et la force de découvrir et d’exprimer l’inexplicable, bien
que le sens du toucher et les odeurs viennent enrichir cette
palette lumineuse pour les non-voyants. Nous ne regardons
toujours que la richesse du Beau qui perce à travers tous
nos rêves. »
En haut : la coupole de l'Institut, le 27 octobre dernier et Roger Taillibert,
membre de la section d'Architecture, à la tribune, pendant son discoursø.
Photos Brigitte Eymann
A
ctualités
Séance solennelle
des cinq académies
Le mardi 27 octobre a eu lieu sous
la Coupole de l’Institut de France la
séance solennelle de rentrée des
cinq académies.
Le mercredi 2 décembre 2009, sous la
Coupole de l’Institut de France, Aymeric
Zublena, élu dans la section d’Architec-
ture le 25 juin 2008 au fauteuil précé-
demment occupé par Maurice Novarina,
était reçu par son confrère Paul Andreu.
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A gauche : Hugues R. Gall,
membre libre et Aymeric Zublena.
Ci-dessous : Aymeric Zublena
accompagné par, au centre,
Arnaud d'Hauterives, Secrétaire
perpétuel et son confrère, l'architecte
Paul Andreu, lors de la remise de
son épée d'académicien.
Photo Juliette Agnel
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