Hiver 2009 - page 6-7

A
ctualités
A
u cours de cette séance, Antoine Poncet, Président
de l’Académie des Beaux-Arts et membre de la sec-
tion de Sculpture, a rendu hommage aux membres
de notre Compagnie récemment disparus, et a évoqué,
pour le dixième anniversaire de sa mort, la mémoire de
Marcel Landowski, membre de la section de Composition
musicale de l’Académie des Beaux-Arts et Chancelier de
l’Institut de France.
Le palmarès des nombreux prix et récompenses décernés
par l’Académie des Beaux-Arts a été proclamé par Roger
Taillibert, Vice-Président, membre de la section d’Architec-
ture (voir page 17).
Le programme musical de cette séance était assuré
par l’Orchestre Colonne, sous la direction de Laurent
Petitgirard, avec
Edina
, poème symphonique en un mouve-
ment de Marcel Landowski, et ensuite, de Maurice Ravel,
des extraits de
Ma mère l’Oye, Petit Poucet, Laideronnette,
Impératrice des Pagodes
et
Le jardin féérique
.
L’ensemble vocal Aedes, sous la direction de Mathieu
Romano, a interprété
Le tombeau de Louize Labé
, d’après
son poème
Ô beaux yeux bruns
, de Maurice Ohana,
Un soir
de neige, petite cantate de chambre
, sur des textes de Paul
Eluard, de Francis Poulenc.
Extrait du discours prononcé par le Secrétaire
perpétuel Arnaud d’Hauterives et intitulé :
Les fleurs en peinture
Les poètes ont célébré les fleurs avec constance,
ferveur et délicatesse. Compagnes des fantaisies et de
l’amour fou, symboles de la beauté des femmes et de la
brièveté de la vie, images des abîmes modernes, violents
et visionnaires, telles sont les fleurs de Shakespeare, de
Ronsard ou de Baudelaire.
Eléments centraux du jardin sacré, les motifs floraux
apparaissent aussi avec précocité dans la peinture, sur les
fresques de Cnossos ou de Thèbes. Les catégories picturales
académiques ont pourtant longtemps considéré les fleurs
comme un sujet mineur en accordant les premières places à
la peinture historique, et au portrait.
« C’est un peintre de fleurs », entend-on dire parfois avec
un brin de condescendance…
Il est vrai que, comme le dit un autre poète, Saint-Exupéry,
« les fleurs sont faibles, elles sont naïves », ce qui les range
dans la catégorie des objets esthétiques émouvants mais
sans noblesse. Si le merveilleux floral d’une Séraphine
de Senlis ou d’un Douanier Rousseau enchante, les mille
fleurs « imprégnées d’esprit gothique » et les corolles
paradisiaques des jungles de verre appartiennent à une
peinture que l’on nomme naïve ou primitive.
Ce n’est pas si simple pourtant. Les fleurs, dit aussi Saint-
Exupéry, « sont contradictoires ». C’est qu’au-delà de leur
touchante simplicité, celles-ci gardent jalousement leur
mystère. Les plus grands, Dürer, Zurbaran, Fantin-Latour
ou Monet, ne s’y sont pas trompés et ont éprouvé leur art
à la perfection harmonieuse des proportions, des matières
et des coloris. Loin d’être un sujet insignifiant, la fleur
s’impose au contraire dans l’œuvre de ces peintres comme
symbole de l’humaine condition et comme fragment de la
beauté du monde. […]
Il faut attendre les Impressionnistes pour que les fleurs,
objets esthétiques mineurs, soient enfin célébrées pour
elles-mêmes. L’influence des estampes japonaises est alors
déterminante. Motif noble, écrin de l’harmonie du monde,
ainsi sont les
Iris sur un pont
d’Ogata Korin. Peints au
XVIII
e
siècle en gerbes vertes sur fond d’or où vibrent le
bleu et le noir, ces iris sont déjà ceux de Van Gogh et ceux
de Monet. Aplats de couleurs, asymétrie, déplacement
de la ligne d’horizon, cadrage sans profondeur sont
caractéristiques des maîtres du paysage comme Hokusai
et Hiroshige, acquis par les Impressionnistes. On retrouve
leur influence dans le
Bouquet de fleurs
de Gauguin peint à
Tahiti en 1897 et conservé à Marmottan, dans les bouquets
de Redon ou de Caillebotte. Aucun peintre cependant
n’ira aussi loin dans cette quête de la beauté que Monet.
A Giverny, il s’affranchit de toute influence picturale
pour revenir au jardin, un enclos de fleurs, « un tableau
à même la nature », sa « première et vivante esquisse »
selon le mot de Proust. Peintre et donc jardinier, Monet voit
dans la variation des plantations et des fleurs une source
inépuisable de motifs, « pour peindre dans les mauvais
jours ». Il cultive, herborise, thésaurise, commandant
des fleurs aux plus grands pépiniéristes, rapportant des
espèces rares de ses voyages, échangeant des boutures avec
Caillebotte. Giverny, déclare-t-il, est « son plus beau chef
d’œuvre ». Dans un paysage clos par le pont japonais, des
allées d’arbres dessinent l’ombre tandis que l’eau accroche
le mouvement et la lumière, fragmentant les iris et les
nymphéas en touches de couleurs pures. Chrysanthèmes,
fuchsias, hémérocalles et cerisiers japonais disent les
heures et les saisons. Patience d’artiste… Pendant vingt-
sept ans, Monet étudie sur le motif les infinies variations
de cette pièce de nature et confie : «Ces paysages d’eau et
de reflets sont devenus une obsession ». Et nous assistons
dans le ravissement des sensations pures « au prodige des
nymphéas ». Monet invente, détaché de toute référence
« aux tapis de la mémoire ». L’unique projet est désormais
de peindre les fleurs, avec candeur, avec bonheur, comme
nous l’explique Degas dans
Femme accoudée près d’un
vase de fleurs
. Le cadrage impose au regard le bouquet
vif et désordonné tandis que le modèle, poussé hors du
tableau, regarde ailleurs... »
Séance publique annuelle de
l’Académie des Beaux-Arts
Le 18 novembre, sous la Coupole de l’Institut
de France, a eu lieu la séance solennelle de
l'Académie des Beaux-Arts.
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Laurent Petitgirard, membre de la
section de Composition musicale,
dirigeait l'Orchestre Colonne.
Photo Juliette Agnel
La Séance publique annuelle est l'occasion de la remise des nombreux
prix et concours de l'Académie des Beaux-Arts.
Photo Juliette Agnel
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