Hiver_2002 - page 10

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La sculpture de Chillida s’impose par la force et la sévérité de
ses formes abstraites simples, plans et lignes, qui peuvent prendre
une tournure d’art minimal, mais ne sont jamais géométriques
ni systématiques. Elles viennent de la main, ont été construites
physiquement, donnent la mesure de l’homme, et autorisent
toutes sortes de projections mentales. Cet archaïsme délibéré
n’a pas toujours été admis dans les milieux d’avant-garde, conver-
tis à un art prétendument sans histoire et sans mémoire dans les
années 1960 et 1970. La reconnaissance pleine et entière de son
travail, de sa poétique de l’espace et de la matière viendra
plus tard.
Fils d’un militaire et d’une musicienne, né en 1924 à Saint-
Sébastien, au Pays basque espagnol, Chillida débarque en
1943 à Madrid pour y apprendre l’architecture, études qu’il inter-
rompt bientôt pour se consacrer au dessin. Il crée alors ses
premières sculptures, travail abstrait imprégné de son origine
architecturale, rigoureux dans la découpe, lyrique dans les arti-
culations. En 1948, il se rend à Paris et découvre l’art grec au
Louvre. Subissant l’influence de Brancusi et de Kelly, son art
tend alors vers une extrême stylisation de la forme. En 1950, il
participe à l’exposition collective
Les mains éblouies
à la Galerie
Maeght, et en 1958 il obtient le Grand Prix à la Biennale de
Venise. Commence alors sa carrière internationale, au
cours de laquelle il procède par séries, exploi-
tant chaque fois un matériau : fer, plâtre, albâtre,
acier, ciment. Il reçoit de nombreux prix, en
Espagne mais aussi en France, en Italie, en
Allemagne, au Japon. Ses rétrospectives aux
musées Guggenheim de New York et de Bilbao
lui amènent la consécration. Depuis septembre
2000, un musée abritant une centaine de ses
œuvres, dont une quarantaine d’œuvres
monumentales de pierre et d’acier, lui est
entièrement consacré à Saint-Sébastien.
Actualités
Eduardo
Chillida
N
otre confrère le sculpteur Eduardo Chillida, membre
associé étranger, est décédé le 19 août dernier, dans sa
maison de Saint-Sébastien au Pays basque espagnol.
Il était âgé de 78 ans. Il avait été élu en 2001, au fauteuil pré-
cédemment occupé par Yosoji Kobayashi.
“C’était une figure fondamentale de l’art espagnol. Sans la
sculpture de Chillida, l’art d’après-guerre aurait été très diffé-
rent” a déclaré le peintre Antoni Tapiès, son ami depuis de nom-
breuses années.
Grande figure de la sculpture moderne, Chillida restera comme
l’un des artistes les plus importants du XX
e
siècle, essentiel pour
sa contribution à la sculpture en fer. Son œuvre sans concession
demeure pourtant peu connue du grand public, en dépit des
nombreuses expositions et des multiples commandes qu’elle a
suscitées. En France, où Chillida fut un des fleurons de la Galerie
Maeght dès le milieu des années 1950, le Musée du Jeu de
Paume lui consacra en 2001 une rétrospective qui donnait le
poids et la dimension de l’œuvre, son espace, sa monumentalité.
U
ne délégation de l’Académie des
beaux-arts composée d’Arnaud
d’Hauterives, secrétaire perpé-
tuel, Serge Nigg et Gérard Lanvin, a été
invitée à passer une semaine en Géorgie,
du 14 au 19 octobre 2002, par l’
Académie
des beaux-arts de Géorgie
, qui fêtait
ses 80 ans d’existence.
Une délégation de l’Académie des beaux-
arts de Russie, dirigée par son président
Zurab Tsereteli, correspondant étranger
de notre Académie, y était associée ainsi
que notre correspondant Tahir Salakhov.
Avant la réception du 17 octobre au Théâtre
Rustaveli de Tbilissi, en présence du
Ministre de la Culture de Géorgie, la délé-
gation française a été promenée, guidée,
reçue très aimablement dans une enclave
du nord-est du pays, haut lieu historique.
Quelques impressions et souvenirs de
voyage : à Mtskhesta, ancienne capitale, ou
à Tolavi, églises du IX
e
siècle construites
par dessus une précédente datant du IV
e
ou du XI
e
siècle, d’un style annonçant
*
*
notre époque romane ou très marqué
par Byzance. Des monastères se sont rou-
verts sur leurs abords.
Visite aussi d’un palais, plus modeste, de
style perse. Fresques remises à jour après
avoir été recouvertes il y a quelques
décennies. Musée local où l’on voit le
produit de lissiers vivant en montagne.
Des troupeaux traversent encore les
routes ; celles-ci sont dans l’état des nôtres
après la guerre. Têtes de bœufs sculptées
sur une façade, en hommage à ceux qui
ont tiré des chariots chargés de pierres. A
la croix du Christ s’ajoutent des disques
solaires témoignant des temps très anciens
ou des signes islamiques.
D’un ancien hôtel, admirablement situé
en face du Caucase, on a fait une uni-
versité. Son recteur nous apprend qu’il
est passionné d’Alexandre Dumas et de
Victor Hugo.
Revenue à Tbilissi, notre délégation a été
invitée à voir un parc où sont remontées de
vieilles maisons, la plupart en bois, de tra-
dition russe, et ensuite à visiter une école
d’art où, spectacle devenu inhabituel ici, des
étudiants dessinent d’après l’Hermès de
Praxitèle. Nous avons été reçus par une
Alliance française
remarquablement vivante,
à laquelle nous devions nos interprètes.
Nous nous sommes ensuite promenés dans
des quartiers anciens en cours de rénova-
tion ; nous avons visité des expositions, des
ateliers, et y avons toujours été accueillis de
la façon la plus chaleureuse. Ce fut une sur-
prise de découvrir l’œuvre d’une artiste
morte il y a deux ans, du nom de Esma
Oniani, exposée par les soins de sa sœur ;
celle-ci a deux passions, Proust et Matisse.
Le Président de la République de Géorgie,
Edouard Chévardnadzé, nous a reçus une
heure, attentivement.
Zurab Tsereteli nous a, à deux reprises, fas-
tueusement invités dans sa demeure qui
domine Tbilissi. Nous avons fait partie d’un
cortège allant voir son important travail
en cours, sur une colline, à côté d’un lac ; il
y raconte, en bronze, l’histoire de la Géorgie.
On ne saurait dire assez la gentillesse, la
prévenance de nos hôtes, l’intérêt qu’ils
portent à la France.
Au cours d’une multitude de rencontres,
notre perpétuel, qui connaissait déjà la
Géorgie, a su répondre à toute question
et trouver les mots justes.
Gérard Lanvin
Exposition
Notre confrère
Claude Abeille
,
membre de la section de Sculpture, a
présenté une exposition autour
d’un thème emprunté à Watteau :
L’indifférent.
Galerie Univers du
bronze, du 28 novembre au 28
décembre 2002.
Décorations
Arnaud d’Hauterives,
secrétaire
perpétuel, a été promu commandeur
des Arts et des Lettres.
Jean-Marie Granier,
membre de la
section de Gravure, a été fait chevalier
dans l’ordre de la Légion d’honneur.
Roger Taillibert,
membre de la
section d’Architecture et
François-
Bernard Michel,
membre libre, ont
été promus commandeur dans l’ordre
des Palmes académiques.
Michel Folliasson,
membre de
la section d’Architecture, a été
nommé chevalier dans l’ordre des
Palmes académiques.
Elections
Au cours de sa séance du 6 novembre
2002, l’Académie des beaux-arts a élu
Yves Boiret
, dans la section
d’Architecture, sur un siège créé par
décret du 8 juin 1998, le 27 novembre,
Francis Girod
, dans la section des
Créations artistiques dans le cinéma et
l’audiovisuel au fauteuil de Claude
Autant-Lara, le 4 décembre
Zao Wou-ki
,
dans la section de Peinture au fauteuil
de Jean Carzou.
Actualités
Publications
Notre confrère
Marc Saltet,
membre de
la section d’Architecture, vient de publier
Vingt ans chez le Roi-Soleil
, aux éditions
Philéas Fogg. Cet ouvrage reprend les sou-
venirs de l’architecte en chef et conser-
vateur du domaine national de Versailles
de 1954 à 1973.
René Quillivic,
membre de la section
de Gravure, a dessiné et gravé un timbre-
poste évoquant la ville historique de
Locronan (Finistère). Il vient de terminer
un recueil de ses propres poèmes illustrés
de gravures au burin, tiré à cinquante exem-
plaires numérotés et imprimé sur les presses
de l’Imprimerie nationale.
Voyage en Géorgie
Claude Abeille,
Hommage à Watteau,
bronze.
Fondation Eduardo Chillida
à San Sebastian, Espagne.
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