Hiver_2002 - page 9

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Actualités
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otre confrère Maurice Novarina nous a quittés le 28 sep-
tembre dernier à Thonon-les-Bains, sa ville natale, dans
sa quatre-vingt-seizième année.
Il avait été élu membre de la section d’Architecture de
l’Académie des beaux-arts le 6 juin 1979, au fauteuil précé-
demment occupé par Albert Laprade.
Ancien élève de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts,
ingénieur des Travaux Publics et architecte dplg, Maurice
Novarina occupa les fonctions d’Architecte en chef des Bâtiments
civils et palais nationaux, et il enseigna à l’Ecole spéciale d’archi-
tecture ainsi qu’à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts.
Maurice Novarina fut avant tout le digne descendant d’une
longue lignée de bâtisseurs : dès l’âge de vingt-cinq ans, il réalisa
son premier chantier important à l’église Notre-Dame du Léman
à Vongy.
Dans son discours de réception du 5 décembre 1979, Tony
Aubin rendit hommage à l’architecte en ces termes : “Le bonheur
des hommes, la protection de leur santé,
l’agrément de leur vie constituent les
points forts de votre activité”. Ce
constant souci de servir le bonheur des
hommes amena Maurice Novarina à se
consacrer à des réalisations architectu-
rales touchant la société civile : il fut
l’urbaniste de la ville d’Annecy, où il créa
le théâtre, le palais de justice, le réseau
des rues piétonnes, et de Grenoble avec
notamment le village olympique ; il
conçut des plans d’urbanisme pour
Besançon, Corbeil-Essonnes, Saint-
Quentin-en-Yvelines, etc.
Son activité s’exerça encore dans les
domaines de la construction d’hôpi-
taux, de bâtiments scolaires et univer-
sitaires, de centres culturels et de
loisirs, d’immeubles résidentiels et de
maisons particulières.
Mais il faut surtout saluer en Maurice
Novarina le concepteur de superbes édi-
fices religieux, et notamment de la
célèbre église du plateau d’Assy en
Haute-Savoie, dont la construction en
1937 marque une date importante dans
la rénovation de l’art sacré en France.
Notre confrère a tenu à associer à son propre talent ceux d’autres
artistes, comme Rouault et Bazaine pour les vitraux, Léger, Chagall
et Matisse pour les céramiques, Germaine Richier pour le Christ
monumental, Jean Lurçat pour la tapisserie de l’Apocalypse.
Il soulignait que cet aspect de son travail était le plus cher à
son cœur d’architecte. Il poursuivit cette démarche lors de la
construction d’autres églises, notamment à Audincourt près de
Sochaux, à Annecy, à Villeparisis, etc.
Maurice Novarina était Commandeur de la Légion d’honneur,
Officier dans l’Ordre national du Mérite, Commandeur dans
l’Ordre des Arts et Lettres.
Avec sa disparition, nous perdons une des figures marquantes
de l’architecture du XX
e
siècle.
L
e 22 octobre s’est tenue, sous la
Coupole de l’Institut de France, la
séance publique annuelle des Cinq
Académies, présidée par Jean-Marie Rouart,
président de l'Institut de France et direc-
teur de l'Académie française.
Cinq membres, représentant chacune des
Académies de l’Institut de France, ont
apporté leur contribution sur le thème
retenu cette année :
l’Honneur.
1.
Le concept de l'honneur
par
Jean
Baechler
, délégué de l'Académie des
sciences morales et politiques.
2.
Le
dessin est la probité de l'art
(Ingres) ou
les règles du jeu
par
Jean-Marie
Granier
, délégué de l'Académie des
beaux-arts.
3.
Honneur et Patience
par
Pierre-Gilles de Gennes
, délégué
de l'Académie des sciences.
4.
Honneur
et chevalerie : l'enracinement médiéval
par
Philippe Contamine
, délégué de
l'Académie des inscriptions et belles-
lettres.
5.
L'honneur n'est pas seulement
le mérite
par
Erik Orsenna
, délégué de
l'Académie française.
Extrait de la communication de
Jean-
Marie Granier
, membre de la section
de Gravure de l’Académie des beaux-arts :
Le dessin est la probité de l’art (Ingres)
ou les règles du jeu
Quel est donc l’enjeu de la création artistique ?
L’œuvre d’art, dont il n’est pas possible de nier la présence
depuis les origines de l’humanité, ne peut être cependant consi-
dérée comme un bien de consommation puisqu’elle n’est pas
nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux, utilitaires ou fonc-
tionnels de la société. L’œuvre d’art n’a rien à voir avec le social,
le politique ou la morale, elle est sa propre finalité, uniquement
le fruit de la respiration de qui écrit sincèrement ce qu’il sent.
Là est sa raison d’être, sa dignité, sa responsabilité. La notion
traditionnelle du Beau elle même étant ressentie comme sub-
jective, voire idéologique, en tout cas incertaine et fluctuante,
l’enjeu ne saurait être décoratif, ni ornemental, ni documentaire,
ni même seulement esthétique. Il est de l’ordre de la connais-
sance, connaissance de soi, autant que connaissance du monde.
Dessiner, peindre, sculpter, ou toute autre manière d’écrire,
forment le grand jeu de la connaissance où s’affirment à la fois
l’existence, l’unicité et la liberté souveraine de ses acteurs.
Mais l’artiste peut-il pour autant être à lui-même sa propre
justification, peut-il se laisser aller à cet immense orgueil, s’isoler
d’une société dont il doit cependant se faire accepter et dont il
tire bénéfice ? La tentation romantique de se considérer comme
un être à part, oscillant entre la position du mage et celle du
paria, existe, de même que la conviction d’être seul détenteur
du pouvoir de lire les signes, de les décrypter et de les trans-
mettre.
Tel est le perpétuel dilemme, aujourd’hui rendu plus aigu par
les prodigieuses mutations que nous vivons. Dans une société
qui se construit en rupture avec des valeurs qu’elle pensait
immuables, la rapidité du développement scientifique et tech-
nologique, l’extrême niveau de complexité, font que l’écart se
creuse avec les ressources symboliques et éthiques.
L’artiste évolue dans un climat fait aussi bien d’enthousiasme
que de désarroi, où se heurtent des sensibilités contrastées, irré-
ductibles ou caricaturales. Chacun choisissant sa posture, depuis
la soumission exagérée à la tradition jusqu’à la sacralisation du
changement. Cela dans un “
contemporain
” qui se veut libéré de
tout et qui va jusqu’à édifier ses propres débris en œuvre d’art,
privilégie la démarche au détriment de l’œuvre, et se livre à une
confusion des genres par où s’engouffrent impunément les illu-
sionnistes. Et si pour l’artiste qui traverse ces turbulences le
risque est de se perdre, il est cependant dans l’impossibilité
de ne pas courir ce risque. D’où cette nécessaire attitude de
désintéressement, aussi bien vis-à-vis de la société et de ses
modèles, que de l’objet lui-même du monde comme de sa propre
existence. Une distance à tenir avec toutes forces extérieures qui
tendent à biaiser ou pervertir l’expression de ce que tout artiste
pense être sa vérité intérieure.”
Maurice
Novarina
Séance publique
annuelle des
Cinq Académies
1,2,3,4,5,6,7,8 10,11,12,13
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