Hiver_2003 - page 11

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Communications
Communications
“Madame,
Je regrette de ne pouvoir vous fournir aucun renseignement
qui puisse vous être utile pour le travail que vous préparez sur
l’œuvre de Théodore Chassériau […].
Pour moi, je ne l’ai connu que fort tard, et comme il y avait une
très grande différence d’âge entre nous, mes rapports avec lui
n’ont été que ceux qui existent entre un tout jeune homme et un
homme fait ayant déjà dans l’art une position importante […].
C’est vous dire que je ne savais rien de sa vie. ”
Extrait d’une lettre à une correspondante anonyme.
C
ette vie dont Gustave Moreau refuse de parler est celle
de Théodore Chassériau. A travers ses mots, l’auteur ne
fait qu’imposer sa vérité : celle qui occulte une part de
son passé et par là-même, la source de ses premières inspirations.
L’Histoire nous a pourtant appris que, dès 1851 et ce jusqu’en
1853, les deux hommes se fréquentèrent et s’apprécièrent.
La découverte d’un ensemble de vingt-huit dessins inédits de
Théodore Chassériau nous éclaire enfin sur la collaboration
réelle et intense qui lia ces deux grands artistes français au début
de cette seconde moitié du XIX
e
siècle.
L’héritage que Moreau reçut de Chassériau ne fut pas seule-
ment thématique, il fut aussi graphique. De sept ans son aîné,
Chassériau fut pour Moreau un ami mais également un maître
et, plus précisément encore, un initiateur. Tel un professeur
proposant un exemple à son élève, Théodore Chassériau trans-
Quand Chassériau
signait Moreau
Par
Edwart Vignot
, historien d’art.
Le projet d’aménagement de l’Ile Seguin
et des rives de la Seine,
à Boulogne-Billancourt.
Par
Jean-Pierre Fourcade,
ancien ministre,
Sénateur-Maire de Boulogne-Billancourt
D
ix ans après l’arrêt des chaînes de production auto-
mobile sur l’île Seguin, le projet d’aménagement des
terrains Renault à Boulogne-Billancourt entre dans une
phase active. Alors que François Pinault vient de déposer le
permis de construire de ce qui sera sans doute la plus grande
fondation privée d’art contemporain en Europe, la ville s’est
dotée des outils nécessaires - ZAC, SEM d’aménagement - à la
réussite d’une opération d’aménagement de cette envergure.
Autour d’un plan d’ensemble fondé sur quelques principes
forts (l’espace public privilégié, la mixité urbaine et sociale volon-
tairement encouragée, les circulations douces multipliées), il
s’agit aujourd’hui de transformer une friche en exemple de ce
que devront être les villes du XXI
e
siècle : solidaires, vivantes,
belles, inscrites dans une démarche qui allie le développe-
ment durable à la qualité de vie des habitants.
Les accords indispensables à la concrétisation de cette
démarche (notamment sur le financement des équipements
publics) ont été conclus avec les différents partenaires privés et
publics de ce projet et déjà, de grands travaux d’infrastructure
sont sur le point de débuter, parmi lesquels le confortement des
berges de l’île Seguin ou encore le nouveau pont entre
Billancourt et l’île .
Place à l’avenir. Cet avenir, nous avons voulu qu’il s’enracine
dans l’histoire industrielle et urbaine de Boulogne-Billancourt,
nous avons longuement réfléchi, travaillé et concerté pour le
dessiner, nous nous apprêtons maintenant à le vivre.
Grande salle des séances, le 29 octobre 2003.
Place à l’avenir
Etude préparatoire
pour le
Cantique des
Cantiques
par
Théodore Chassériau
mettra au jeune Gustave Moreau ses dessins ; ce dernier se les
appropriera littéralement et les intégrera dans trois de ses
tout premiers tableaux que sont : le
Darius,
le
Cantique des
Cantiques
et le
Hamlet.
Ces dessins et les dix-sept autres qui composent cet ancien
portefolio
autrefois démantelé étaient probablement à l’origine
destinés à l’étude. Ils constituaient ce que l’on appelait alors
Album vade-mecum
, album que Théodore Chassériau réalisa
sans doute durant plusieurs années et dans lequel l’artiste
exprima son vif intérêt pour les sujets tirés de la Bible, la litté-
rature et l’Antiquité.
La série de sanguines des
Suivantes infidèles,
œuvres conçues
par Moreau et préparatoires à un tableau qu’il ne peindra jamais,
est la parfaite illustration de l’immense influence qu’exerça le
créateur du célèbre
Tepidarium
(mort précocement en 1856 à
l’âge de trente-sept ans) sur le talentueux auteur en devenir
de l’
Œdipe et le Sphinx
. Gustave Moreau ne pourra jamais se
défaire totalement de cette magistrale mais ô combien “ encom-
brante manière de faire ”.
Quand Chassériau signait Moreau, quand Moreau signait
Chassériau, ou comment vingt-huit dessins remettent aujourd’hui
en question notre vision de l’Histoire de l’Art, histoire qui fut
avant tout celle de deux hommes, deux amis, deux artistes.
Grande salle des séances, le 12 novembre 2003
De haut en bas : vues du projet d’aménagement.
Le quai de Stalingrad,
vue d’artiste et maquette de la Fondation
d’Art contemporain François Pinault
(Tadao Ando et Michel Macary, architectes),
le parc ouvert sur la rive de Billancourt,
le nouveau pont sur la Seine entre Boulogne
et l’Ile Seguin (Marc Barani, architecte).
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