Hiver_2003 - page 4

Exposition
Anker
(1831-1910)
Fondation
Pierre Gianadda
D
ans le cadre de son
25
e
anniversaire, la
Fondation Pierre Gianadda
présente une importante
rétrospective Albert Anker,
la première exposition de cet
artiste en Suisse romande.
Célébrité internationale de
son vivant déjà, Anker était
régulièrement présenté au Salon de Paris où il obtint de nom-
breuses médailles. Anker passe aujourd’hui pour le peintre
suisse le plus populaire du XIX
e
siècle. L’exposition propose
toutes les techniques d’Anker - tableaux, dessins, aquarelles
et faïences - ainsi que l’intégralité de sa thématique. Bon
nombre d’œuvres sont exposées pour la première fois.
Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse
Jusqu’au 23 mai 2004.
Illustration :
Jeune fille tenant deux chats,
1888.
7
6
L
e 21 octobre 2003 s’est tenue, sous la Coupole de
l’Institut de France, la séance publique annuelle des
Cinq Académies, présidée par Gilbert Dagron, président
de l’Institut de France, président de l’Académie des Inscriptions
et Belles-lettres. Cinq orateurs, représentant chacune des
académies qui constituent l’Institut de France, ont apporté leur
contribution sur le thème retenu cette année :
Le progrès
.
Raymond Barre, délégué de l’Académie des Sciences morales
et politiques :
L’aptitude au changement, facteur de progrès
.
Roger Taillibert, délégué de l’Académie des Beaux-Arts :
Tradition et utopie
. Etienne-Emile Baulieu, délégué de
l’Académie des Sciences :
Changement pour la science, progrès
pour l’homme ?
Claude Nicolet, délégué de l’Académie des
Inscriptions et Belles-lettres :
Anacyclose, “progrès de l’esprit”,
“fin de l’histoire” ?
Jean-François Deniau, délégué de l’Académie
française :
La tentation des mots
.
La séance s’est déroulée avec la participation des sonneurs
du Conservatoire Hubert Heinrich de musiques de chasse.
Tradition et utopie
.
Extrait du discours de Roger Taillibert, membre de la section
d’Architecture de l’Académie des Beaux-Arts :
Changement et progrès sont-ils antinomiques de la tra-
dition ou de l’utopie ? Peut-être sont-ils les clefs de
toutes les civilisations ? […]
Dans le domaine des arts, les artistes de la préhistoire ont uti-
lisé, il y a près de 40.000 ans, la paroi des cavernes et nous avons
tous pu contempler et admirer cet art pariétal. Notre jugement
nous porte vers des conceptions modernes où résiderait le pro-
grès. Et pourtant les représentations d’animaux n’étaient pas
des œuvres d’art mais des évocations totémiques réalisées par
des hommes primitifs, à la limite de la magie. Il s’agissait pour
eux d’exorciser les offenses faites à l’ordre naturel, parmi les-
quelles la mort.
4 000 ans avant J.C. apparaît une autre force de communica-
tion, née en Égypte, qui redessina l’histoire pour des siècles. À
cette époque, la magie a laissé la place à l’éternité de l’homme,
dont la richesse fut démontrée tardivement. Son développement
constitua une richesse qui influença l’histoire de notre admi-
rable période médiévale avec la venue de l’ère chrétienne.
Il en fut ainsi des formes courbes recherchées par les artistes
crétois, de même que dans l’art chinois afin d’y introduire une
notion de dynamique ; de la géométrie sur laquelle était basé l’art
du Nord ; de la symétrie sur laquelle s’appuyaient les Assyriens et
qui suggérait l’éternité dans laquelle ils se complaisaient.
Si l’on remonte à la naissance de Dieu, nous constatons que
l’homme a constamment changé en s’appuyant sur le progrès et
que tous les arts furent influencés par l’évolution de la spiritualité.
L’art chrétien n’a commencé à se manifester véritablement
que dans les catacombes. Il y eut des réussites incontestables,
au point qu’il nous est impossible ici de les énumérer sans pour
cela retracer toute l’histoire de l’Occident.
En architecture, les basiliques romanes, où transparaissent les
mystères du Moyen Âge tout entier, précédèrent le passage à
l’art roman et à l’art gothique. Le temps des cathédrales avec
leurs vitraux, leurs statuaires, leurs voûtes…
Force est de constater que le progrès poursuit l’homme et la
religion.
Sous l’influence de la chrétienté, telle qu’elle s’est manifestée
jusqu’au Moyen Âge, l’art s’est surtout traduit par la représenta-
tion de l’amour sous sa forme spirituelle. C’est en effet le besoin
d’amour, quel qu’il soit, qui pousse à produire le beau.
Si aujourd’hui nous maîtrisons l’espace, c’est grâce au chan-
gement que cela fut possible, prenant pour fondement les tradi-
tions et toute notre richesse scientifique. Les arts, la science, la
politique, les lettres, la philosophie en furent les moteurs.
Cela devait conduire à une universalisation de la beauté, dont
l’évolution a conduit à l’école allemande du Bauhaus, avec Walter
Gropius. Fondée en 1929, cette école, fermée en 1933, a démon-
tré l’impossibilité de mettre en œuvre le changement ou le pro-
grès. Le but recherché était d’élaborer un art industriel dont
la création se rattachait à la notion de forme, et de fonctionnel
avant celle de beauté. Dès 1919, on commença à employer le
titre de “bolchevisme culturel” et à demander qu’il soit extirpé
afin de créer une nouvelle architecture de l’avenir faisant tomber
le mur de l’orgueil et lui permettant ainsi de s’élever vers le ciel.
Le progrès apparaîtra avec l’avènement des “buildings” ou
immeubles de grande hauteur aux États-Unis, et l’architecture
nouvelle avec Le Corbusier, Gaudi, et l’école Hollandaise.
Gropius ayant émigré aux États-Unis, le changement s’avéra
radical. À Harvard il fut entre autres le facteur déclencheur du
“design”, de “l’art cinétique”, de “l’art abstrait”, et plus géné-
ralement de ce que l’on pourrait qualifier “d’art international”.
La composition s’en trouva épurée, le baroque aban-
donné. Désormais, on revendiqua partout la beauté alliée à la
simplicité. […]
Séance pu
blique annuelle
des Cinq
Académies
Actualités
Visite d’exposition
Albrecht Dürer
(1471-1528) et la gravure allemande
au musée Condé à Chantilly
Par
Nicole Garnier,
Conservateur en chef
du patrimoine, chargée du musée Condé.
L
exposition présente quarante œuvres d’Albrecht Dürer :
trente-quatre gravures (dont dix-sept au burin, une suite
religieuse de seize pièces également gravée sur cuivre,
La
Petite Passion,
une image religieuse gravée sur bois), un
ensemble de six dessins originaux comprenant trois feuilles
recto-verso provenant de son album de voyage aux Pays-Bas
(1520-1521), ainsi qu’une sélection d’œuvres d’artistes
Allemands comme Martin Schongauer, Albrecht Altdorfer…
Albrecht Dürer est une des personnalités les plus fascinantes
de l’art de la Renaissance. Né à Nuremberg, fils d’orfèvre -
d’où sa maîtrise de la gravure sur cuivre au burin -, il se forme
dans sa ville natale, puis voyage dans l’Europe du Nord avant
de gagner l’Italie, où il se rend à deux reprises. Humaniste,
il introduit la Renaissance en Allemagne et s’intéresse au mou-
vement de la Réforme. Les principales étapes de la carrière
de Dürer sont représentées dans l’exposition, des premières
pièces profanes à
La Petite Passion
sur cuivre, et mêle aux gra-
vures les dessins de l’artiste, dont ceux, à la pointe d’argent,
qui proviennent de son carnet de voyage aux Pays-Bas en 1520.
Chantilly conserve en effet ses pièces les plus célèbres, qu’elles
soient religieuses comme
Saint Jérôme dans sa cellule
, phi-
losophiques comme la
Mélancolie
ou
La Grande Fortune,
mythologiques comme
L’Enlèvement d’Amymone
, ou profanes
comme
L’Assemblée des gens de guerre.
Jusqu’au 8 mars 2004.
Actualités
Décorations
et distinctions
Maurice Béjart
, membre libre,
Jean Cortot
, membre de
la section de Peinture et
Jean Prodromidès
, membre de la
section de Composition musicale, ont été promus comman-
deurs dans l’Ordre des Arts et Lettres.
Roman Polanski
, membre de la section des créations
artistiques dans le Cinéma et l’Audiovisuel, a reçu le trophée
Scopus de l’Université hébraïque de Jérusalem pour sa contri-
bution à l’œuvre de mémoire de l’humanité à travers son film
Le Pianiste.
Philippe Roberts-Jones
, membre associé étranger, a été
promu commandeur dans l’Ordre de la Légion d’honneur.
Arnaud d’Hauterives
, Secrétaire perpétuel, a été nommé
au Conseil des Arts et Lettres par le Ministre de la Culture
Jean-Jacques Aillagon.
Jacques Taddei
, membre de la section de Composition musi-
cale, a été promu officier dans l’ordre de la Légion d’honneur.
Hugues Gall
, membre libre, a été promu commandeur dans
l’Ordre national du Mérite.
Publication
François-Bernard Michel
, membre libre :
Prenez garde à
l’Amour
(Paul Valéry), Grasset 2003 et
Médecine hier, méde-
cine aujourd’hui, entretien avec le Professeur Jean Bernard
,
Presses Universitaires de France, 2003.
L’Enlèvement d’Amymone,
1520, détail.
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