Hiver_2003 - page 7

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Dossier
A la veille du prochain déménagement de l’Imprimerie nationale,
nous avions, dans le précédent numéro de la
Lettre
, attiré
l’attention sur l’avenir incertain de la collection historique des
poinçons. Avec Christian Paput, revenons aujourd’hui sur ce
patrimoine unique au monde, relevant à la fois de l’histoire des
techniques, des langues et des Beaux-Arts. Comment s’est-il
constitué et enrichi au fil des siècles, comment les savoir-
faire se sont-ils transmis jusqu’à nous, comment préserver
et valoriser aujourd’hui ces acquisitions du passé et les
inscrire dans l’avenir ?
Les poinçons typographiques
de l’Imprimerie nationale
L’Imprimerie nationale des origines à nos jours
L’enthousiasme du retour à l’Antiquité et l’encouragement
que François 1
er
voulut donner aux savants, les dotant d’un maté-
riel digne de leur mission, fondent les origines de l’Imprimerie
nationale. A cette période, François 1
er
charge Robert Estienne
de prospecter pour découvrir les manuscrits les plus rares en
Europe. Sa préoccupation est de permettre à notre typographie
grecque de rivaliser avec celle des Alde, nos voisins imprimeurs.
Les lettres patentes de 1538 accordées à Conrad Néobar per-
mettent à celui-ci d’imprimer “correctement” pour le royaume
les manuscrits Grecs, que l’on disait “source de toute instruction”.
Au début du XVII
e
siècle, les caractères royaux employés éga-
lement par les maisons privées n’assuraient plus la renommée et
la grandeur du Roi. Après avoir installé au Louvre en 1620 un
petit atelier d’impression, Louis XIII, conseillé par Richelieu,
voulut remédier à cet état de délabrement. C’est le fonds de carac-
tères orientaux de Savary de Brèves qui constitua le point de
départ de l’Imprimerie Royale créée en 1640. Elle fut installée
au Louvre même, au rez-de-chaussée de la Galerie de Diane.
Mis à part une petite imprimerie privée réservée au
Cabinet du Roi Louis XVI à Versailles qui fut supprimée
après 1789, il fallut attendre 1794 pour voir la création d’une
imprimerie spéciale de l’État installée tout d’abord à l’hôtel
Beaujon, puis la même année transférée à l’hôtel de Penthièvre.
Imprimerie de la Convention en 1794, elle devint Imprimerie
de la République en 1795. L’atelier d’impression fut transféré
au ministère de l’Intérieur sous le nom d’Imprimerie des
Administrations nationales, mais il reprit bien vite le nom
d’Imprimerie de la République.
Sous l’Empire, c’est rue Vieille-du-Temple, au Palais du
Cardinal de Rohan, qu’elle fut installée. Sa seule expatriation
fut l’escapade de l’Imprimerie impériale en Égypte avec Jean
Joseph Marcel (Directeur général de l’Imprimerie alors).
Il fallut attendre 1910 pour voir s’ériger la nouvelle construc-
tion de la rue de la Convention et 1922 pour installer
l’Imprimerie nationale dans ces locaux.
Elle s’est agrandie depuis de plusieurs unités de production
sur plusieurs sites. La première à Douai en 1973 et la seconde
en 1990 à Évry (Bondoufle). Dans ces deux usines se repartis-
sent les grosses productions, imprimées principalement sur rota-
tives, de nos clients institutionnels ou non.
Depuis 1994, l’Imprimerie nationale a changé de statuts. Elle
est devenue une Société Anonyme à capitaux d’état et surtout
sans aucun privilège d’impression, pour se mettre en confor-
mité avec les lois européennes. La vie économique de
l’Imprimerie nationale passe maintenant par le groupe indus-
triel confronté à la concurrence et à la réalisation de bénéfices.
De plus, des agences commerciales complètent l’implantation
nationale et internationale.
La diversification des produits fabriqués aujourd’hui par
l’Imprimerie nationale (cartes plastiques, informatique édito-
riale, fiduciaire, etc.), alliée à ce panorama historique et géo-
graphique, permet de situer le Cabinet des poinçons dans cette
entité Imprimerie nationale devenu groupe industriel.
Le Cabinet des poinçons de
l’Imprimerie nationale
Le Cabinet des poinçons est un lieu de conservation des pièces
gravées ainsi que le lieu de travail des graveurs qui le font vivre.
L’époque de François 1
er
, alors que l’Imprimerie d’état n’existe
pas encore, a été féconde et propice aux développements de
toutes les formes de typographies et plus particulièrement de la
typographie orientale. Il est possible de voir les débuts de la consti-
tution du fonds de caractères orientaux gravés dans les premiers
“Grecs du Roi”. Puis c’est par l’augmentation progressive du
nombre de poinçons et de pièces gravées, notamment
1,2,3,4,5,6 8,9,10,11,12,13
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