Hiver_2004 - page 7

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Présentation du premier volume
des conférences de l’Académie
royale de Peinture et de Sculpture.
R
appelant l’histoire de ces confé-
rences, dont la fondation remonte
à 1653 et les règlements à 1667,
insistons sur leur principale finalité : assurer
le caractère artistique et non artisanal de la
peinture et de la sculpture et rendre
possible un enseignement libéral de ces arts.
Pour ce faire, les académiciens ont tenté de
définir un vocabulaire commun et d’éclairer
les questions centrales qui se posaient à eux,
tout d’abord par l’analyse d’œuvres cano-
niques, puis par la construction de discours
de réflexion. A ces conférences théoriques,
sont venues s’ajouter des conférences
biographiques, permettant de dresser l’his-
toire du corps et de ses membres.
Ces textes constituent la base sur laquelle repose l’essentiel
de la connaissance de l’art français sous la Monarchie absolue.
L’Académie est l’institution centrale à laquelle appartiennent
à peu près tous les peintres et les sculpteurs de qualité ; elle
structure les conditions de la production artistique, elle a le
monopole des expositions publiques et contribue à faire recon-
naître la Peinture et la Sculpture comme des arts libéraux auprès
du public.
Ces conférences permettent de connaître la pensée des artistes
français pendant un siècle et demi : naissant d’une pratique, elles
fondent une pratique. Leur publication permet de remettre
en cause tout un ensemble de préjugés à l’encontre de l’institu-
tion académique : les conférences témoignent en effet d’une
grande liberté de ton, et du refus de toute pensée dogmatique
et d’un discours d’autorité. La publication doit permettre
aussi de saisir la diversité des questions abordées. Si les histo-
riens depuis le XIX
e
siècle ont surtout retenu le débat entre
les partisans du dessin et ceux du coloris, les académiciens ont
débattu de tout : de l’imitation, du rapport à l’antique, de la
norme, de la composition, des ombres, etc.
Il s’agit donc de substituer aux publications partielles (40%
des textes sont inédits) et souvent fautives une publication
complète et scientifique, à l’aide d’une collation des manuscrits,
et de publier tous ces textes selon un ordre chronologique qui
permette de voir se développer et évoluer la pensée des acadé-
miciens. En ce qui concerne le premier volume (1653-1681),
désormais achevé, le sujet de 80 conférences sur 90 a pu être
établi, 43 manuscrits, dont 22 inédits sont publiés, complétés de
19 textes connus par des versions plus tardives et les thèmes
abordés au cours de 16 autres conférences à partir de diverses
traces. L’appareil critique devra permettre de reconstruire l’his-
toire d’une compagnie et celle de ses membres les plus éminents,
à donner à connaître les références visuelles, littéraires et philo-
sophiques qui nourrissaient la pratique des artistes.
Grande salle des séances, le 27 octobre 2004
Illustration :
Jean-Baptiste Colbert
, marbre, Antoine Coysevox (1640-1720).
.
Les académies
royales
Par
Jacqueline Lichtenstein
, professeur de philosophie
à l’Université de Paris IV-Sorbonne
et
Christian Michel
, professeur d’histoire de l’art
à l’Université de Lausanne
C
ommunications
R
éussite esthétique par son intégration à un site d’une
beauté exceptionnelle, performance technologique avec
utilisation des derniers logiciels informatiques pour les
calculs, l’organisation et la gestion du chantier, utilisation du
satellite pour le positionnement de l’ouvrage dans toutes ses
phases de fabrication et de lançage, le viaduc de Millau, pont le
plus haut du monde avec un point culminant à 343 mètres, 23
de plus que la Tour Eiffel, cumule éloges et records.
Dans sa catégorie, ponts à haubans à travées multiples à nappe
axiale, il détient en effet avec ses 2460 m de longueur et une
hauteur de pile béton de 245 m un double record du monde.
Compte tenu des difficultés techniques extraordinaires du
projet, le rôle des ingénieurs et des techniciens de bureaux
d’études et de chantier a été déterminant. Chaque difficulté
d’études, de fabrication, de montage, d’organisation a été résolue
par la compétence des hommes et des femmes qui ont participé
à la conception et à la réalisation.
Le projet conçu par l’architecte britannique Norman Foster
et soutenu par Michel Virlogeux a été exécuté en trois ans, sans
aucun accident mortel, par la société Eiffage qui a financé la
quasi-totalité du coût de travaux (un peu moins de 400 millions
d’euros) dans le cadre d’une concession d’exploitation et d’en-
tretien de soixante dix-huit ans. Ce partenariat public-privé
est d’ailleurs en plein développement en France. Il permet aux
entreprises de Bâtiments et Travaux Publics de maintenir leur
activité par le financement et la réalisation de projets menacés
par les problèmes de finances publiques.
L’ouvrage s’inscrit dans la lignée des grandes réussites fran-
çaises en matière d’infrastructures à l’instar des lignes et des
gares TGV, ou du pont de Normandie. Il fait partie des grands
projets d’aménagement du territoire destinés à favoriser les
déplacements Nord-Sud dans le grand marché européen et en
même temps à désenclaver une région, le Massif Central, dont
l’accès a longtemps été difficile.
La mise en service depuis le 17 décembre annonce la dispa-
rition du fameux “bouchon de Millau”.
Quelques interrogations subsistent cependant.
Les acteurs politiques et économiques de la vallée du Tarn
sont partagés dans leur analyse des retombées économiques et
en particulier touristiques du Viaduc. Après l’afflux de touristes
industriels pendant la construction (plus de 500 000 visiteurs),
l’attrait va-t-il se maintenir pour permettre le développement
des projets – toujours en attente de réalisation – de tourisme
industriel avec la reprise des installations jusque-là gérées par
Eiffage, l’aménagement de l’aire de repos de Brocuéjouls sur
l’A75 et l’espace Viaduc Millau en centre ville qui présentera les
grands ouvrages d’art dans le monde ?
Les populations de la vallée de l’Hérault de Lodève et
Saint-André de Sangonis en particulier, expriment également
leur inquiétude devant le retard pris par la réalisation de tunnels
ou d’ouvrages de contournement de leurs communes.
Parmi les prochains objectifs et peut-être défis des entreprises
françaises qui ont contribué à cette réussite exceptionnelle du
viaduc de Millau, le pont de Messine (Sicile) sera, pour un budget
de 5,1 milliards d’euros, le pont suspendu le plus long du monde
en 2012.
Grande salle des séances, le 17 novembre 2004
C
ommunications
Le viaduc
de Millau
Par
Jean-François Collignon
, ingénieur,
correspondant de l’Académie des Beaux-Arts.
Le pont le plus haut du monde vient d’être
inauguré à Millau. Une prouesse technologique
doublée d’une réussite esthétique, dont la France
peut s’enorgueillir.
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