Hiver_2004 - page 8

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L’amitié est souvent à l’origine de la créa-
tion. Nombre d’œuvres ont été exécutées
par des artistes pour leurs amis devenus
leurs commanditaires, à moins que ce ne
soit le contraire.
Ainsi du peintre Edouard Vuillard et du
docteur Henri Vaquez, destinataire d’une
exceptionnelle série de tableaux.
D
e l’amitié, pendant quarante ans, entre
Edouard Vuillard et un grand médecin,
Henri Vaquez,
mort en 1936, est née une
série d’œuvres, pouvant être classées en trois
périodes ou plutôt en trois séries, qui se succè-
dent pour à peine se chevaucher : en 1896, les
quatre panneaux (
Le Travail, le Choix des livres,
l’Intimité et la Musique
) commandés par Vaquez
pour la bibliothèque de son appartement de la rue
du Général Foy ; entre 1915 et 1916 puis reprise
en 1921, la peinture sur toile
Le Docteur
Vaquez à l’hôpital Saint-Antoine
; enfin de 1913
à 1927 des portraits de plusieurs médecins et
surtout de leurs compagnes.
Le Journal de
Vuillard
, déposé à l’Institut, le
Catalogue critique
de Vuillard, publié par Antoine Salomon et Guy
Cogeval en 2003, ainsi que la relecture des travaux
de Vaquez permettent, aujourd’hui, de mieux
présenter ces tableaux.
Pour les panneaux aujourd’hui déposés au
Petit-Palais, j’ai posé la question de l’origine
de la commande : comment Vaquez,
médecin de
trente six ans, partagé entre la préparation des
concours hospitaliers (il n’est pas encore médecin
des hôpitaux), ses premières recherches (il est
sur le point de découvrir deux nouvelles
maladies) et ses nombreuses consultations, a-t-
il pu penser à ce peintre huit ans plus jeune que
lui ? J’évoque, d’après un dessin de Vuillard et une publication
médicale de Vaquez, l’hypothèse d’une consultation de Vaquez,
auprès de la sœur de Vuillard,
Marie, pour une crise
d’éclampsie, le 16 décembre 1894.
Une nouvelle analyse du
Journal
devrait le confirmer.
La relecture du
Docteur Vaquez à l’hôpital Saint-Antoine
peut
se faire à partir des
Chirurgiens
, œuvre commencée un an plus
C
ommunications
Vuillard etVaquez
Par
Jacques-Louis Binet
, Secrétaire perpétuel de l’Académie de Médecine
et correspondant de l’Académie des Beaux-Arts.
D
eux villes ; Pékin et Shanghaï ou plutôt la ville nouvelle de Shanghaï : Pudong.
Deux théâtres : deux complexes de salles de théâtre et de musique, situés au
centre de ces deux villes, à proximité des bâtiments liés au pouvoir politique –
l’assemblée du peuple à Pékin, la mairie à Pudong.
Les deux villes, aussi immenses l’une que l’autre, sont différentes dans leur histoire et
leur tracé : elles suscitent des projets différents.
Aussi, plutôt que de décrire complètement l’un après l’autre chaque projet, est-il inté-
ressant d’en faire une description conjointe en comparant successivement les salles de
spectacle et les lieux techniques associés, qui sont leur raison d’être, l’espace public qui
fait la transition entre l’espace de la ville et celui des salles et qui est pour beaucoup dans
leur manière d’être, la relation la plus générale enfin avec la ville, et puis encore, reve-
nant à la construction elle-même et à son détail, en comparant les modes de construc-
tion, les matériaux, et d’une manière générale, la relation, par le choix des matériaux
et des techniques, de la conception avec le développement technique, industriel et social.
Les comparaisons successives et enchevêtrées font bien apparaître combien l’archi-
tecture se fonde sur les réalités économiques, sociales, climatiques, etc. – et s’inscrit
ainsi précisément dans le temps et l’espace – mais en même temps choisit librement
ses champs de réflexion, résiste à toute prédétermination.
Grande salle des séances, le 1
er
décembre 2004.
L’architecte Paul Andreu est
l’auteur de deux ouvrages
très importants en Chine,
actuellement en cours de
construction : le Grand Théâtre
National de Pékin, qui sera
terminé en 2006, et l’Oriental
Arts Center à Pudong, qui vient
d’ouvrir ses portes.
En haut : l’Oriental Arts Center,
Pudong (Shanghaï), et ci-dessous :
le Grand Théâtre National de Pékin.
Deux villes, deux théâtres
Par
Paul Andreu
, architecte, membre de l’Académie des Beaux-Arts.
C
ommunications
tôt, où Vuillard commence son travail sur les draps blancs, qui
viendront presque effacer le visage de Vaquez. La grande place
de la fenêtre pourrait être rapprochée de
La porte-fenêtre de
Collioure
, peinte par Matisse en 1914. Restent les lattes du mur,
qui auraient pu inspirer les adeptes de
Support-Surface
soixante
ans plus tard.
Une dizaine de portraits complète cette suite médicale,
ceux du docteur Parvu, assistant du docteur Vaquez ou du
Docteur Widner
qui avait soigné Roussel en Suisse, surtout ceux
des femmes de médecins (
Madame Gosset,
Madame Vaquez,
Madame Widner
), car Vuillard reste toujours sous l’emprise fémi-
nine, et sa dernière égérie sera peinte deux ans avant son mari
le docteur Prosper-Emile Weil, et huit ans avant que ce dernier
devienne le médecin de Vuillard en 1930.
Grande salle des séances, le 15 décembre 2004
Illustration : page extraite d’un des carnets de dessins d’Edouard Vuillard
conservés à la Bibiothèque de l’Institut de France.
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