Hiver_2005 - page 3

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A
ctualités
Extrait du discours de François-Bernard Mâche :
Vous vous êtes reconnue dans une certaine veine
ou filiation musicale. Tout en soulignant votre
indépendance, vous vous réclamez des Russes comme
Moussorgsky et Rimsky-Korsakov pour l’orchestration,
de Debussy pour la liberté de la forme, de Varèse pour le
travail sonore. En revanche vous n’avez que peu d’affinités
conscientes avec la musique ancienne ou romantique.
Cependant Bach et le Beethoven des quatuors figureraient
certainement dans votre panthéon, si vous étiez polythéiste.
Le mouvement et l’énergie dont leur musique regorge se
retrouvent, parfois avec violence, dans vos propres
compositions.
Des quatuors de Beethoven aux vôtres,
en passant par ceux de Bartók, la voie est bien audible.
Vous partagez avec Ohana plusieurs options majeures :
le respect du son, l’absence d’a priori formel, de tout
système et de toute chapelle, et ce qu’il appelait la
“technique de l’oiseleur”, c’est-à-dire l’art de passer peu à
peu du flou au net, du monde sonore rêvé à la partition, et
de réussir la capture après une approche respectueuse et
patiente, voire contemplative. Ce que vous dites rechercher
comme lui, c’est une expression individuelle et authentique,
issue de la seule nécessité intérieure, ceci à travers le filtre
d’une écriture extrêmement rigoureuse. Rien ne vous est
plus étranger que le formalisme et les comptabilités de
notes. Votre travail a plutôt de fortes affinités avec la
poésie, et je vous cède la parole pour exprimer ce rapport
profond : “Cette interaction entre musique et poésie se
manifeste comme une exaltation de l’un et de l’autre :
le mot cristallise l’image, la musique prolonge et développe
cette image. Le mot s’arrête là où la musique commence,
mais le poème porte en lui tout le contenu nécessaire à la
musique. Car il m’est important que la musique se
nourrisse d’autre chose que d’elle-même.”
E
lue le 19 janvier 2005 à l’Académie des Beaux-Arts au
fauteuil de Daniel-Lesur, Edith Canat de Chizy, née
le 26 mars 1950, est la première femme compositeur
à entrer à l’Institut de France. Violoniste de formation, licen-
ciée d’Art et Archéologie et de Philosophie à l’Université de
Paris-Sorbonne, elle fait ses études musicales au Conservatoire
National Supérieur de Musique
de Paris où elle suit les classes
d’écriture ; elle obtient succes-
sivement les premiers prix
d’harmonie, fugue, contrepoint,
analyse, orchestration et
composition. Elle étudie
d’abord avec le compositeur
Ivo Malec, puis fait en 1983 la
rencontre décisive du compo-
siteur Maurice Ohana dont elle
devient l’élève et à qui elle
consacre une monographie chez Fayard, avec le musicologue
François Porcile en 2005. Son passage au Groupe de
Recherches Musicales lui permet d’approcher les techniques
de l’électroacoustique,
mixages, collages,
montages de
séquences en boucle.
Son œuvre, qui a fait l’objet de nombreuses commandes
d’Etat et de Radio-France ainsi que d’orchestres et ensembles
de renommée internationale (Orchestre de Paris, Choeur
Accentus,
Orchestre Philharmonique de Radio-France,
Nederlands Kamerkoor, Ensemble Musicatreize,
Quatuor
Parisii...) a reçu diverses récompenses : le Prix de la Tribune
Internationale des Compositeurs de l’UNESCO pour son
œuvre symphonique
Yell
en 1990, le Prix Georges Enesco de
la SACEM en 1991, le Prix Paul-Louis Weiller de l’Académie
des Beaux-Arts l’année suivante, le Prix Jeune talent de
Musique de la SACD en 1998, une distinction exceptionnelle
pour son concerto de violoncelle
Moïra
au concours Prince
Pierre de Monaco en 1999.
En 2000, elle est sélectionnée aux Victoires de la Musique
pour son concerto de violon
Exultet
créé et enregistré par
Laurent Korcia. Son disque monographique
Moving
(AEON
2002) consacré à plusieurs de ses œuvres pour cordes a été
salué par la critique (“Coup de cœur” de l’Académie Charles
Cros... ). En juillet 2003, son 2ème quatuor
Alive
fut l’œuvre
imposée au Concours International de Quatuor à Cordes de
Bordeaux. Son concerto pour alto
Les rayons du jour
,
commande de l’Orchestre de Paris, créé en février 2005 par
l’altiste Ana-Bela Chaves sous la direction de Christophe
Eschenbach, séduit par sa liberté formelle et a remporté un
vif succès auprès du public. La SACEM lui décerne en 2004
le Grand Prix de la Musique Symphonique. Son catalogue est
aujourd’hui riche d’une cinquantaine de titres. Au prin-
temps 2006, deux nouvelles œuvres seront données à Paris en
création mondiale,
Vagues se brisant contre le vent
, concerto
pour flûte et
Suite de la nuit
, création pour choeur d’enfants
et sextuor à cordes.
Edith Canat de Chizy est Chevalier de l’Ordre du Mérite.
A
u cours de cette séance, diverses communications se
sont succédé, sur le thème du
Courage
.
1
. Le courage de l’homme d’État
par Renaud Denoix de
Saint-Marc, délégué de l’Académie des Sciences morales
et politiques.
2.
L’artiste devant le courage
par Jean Cardot, délégué de
l’Académie des Beaux-Arts.
3.
Le courage du chercheur
par François Jacob, délégué de
l’Académie des Sciences.
4.
Prouesse du fort, courage du faible
par Michel Zink,
délégué de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres.
5.
Le courage et l’exemple
par Maurice Druon, délégué de
l’Académie française.
Sont venues ensuite la lecture par le cardinal Roger
Etchegaray du témoignage de confraternité du pape Benoît
XVI adressé à Pierre Messmer, et enfin la lecture par Hélène
Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie fran-
çaise, du message du Président de la République en hommage
à Pierre Messmer. La partie musicale de cette séance solen-
nelle a été assurée par les sonneurs du Conservatoire Hubert
Heinrich de musiques de chasse et de la Légion Étrangère.
Extrait du discours de Jean Cardot :
Notre époque confond trop souvent l’art et le
discours sur l’art,
je le déplore
.
Mon discours,
c’est ma sculpture.
Et il m’est très difficile de m’exprimer autrement.
Mes confrères m’interrogent : Comment ai-je appréhendé la
statue de De Gaulle, celle de Churchill et le portrait de
Pierre Messmer, dans lesquels ils voient l’image du
courage ? C’est sans doute que le nom de ces grands
hommes évoque, à lui seul, cette vertu. Il suffirait donc de
les faire ressemblants et la tâche du sculpteur s’en
trouverait singulièrement simplifiée.
Mais ce n’est pas
aussi simple.
Le visage de Pierre Messmer exprime le calme, la sagesse et
la sérénité. Comment imaginer, en fixant ses traits dans la
glaise, les exploits de ce héros au profil de sénateur
romain ?
Je crois bien que les dangers qu’il a affrontés,
de Bir Hakeim au Tonkin, lui ont été plus naturels que les
longues séances de pose, le contraignant à l’inaction,
auxquelles il s’est astreint avec tant de gentillesse.
Je faisais celui qui ne veut pas comprendre lorsque
Pierre Messmer me disait,
mi admiratif,
mi interrogateur :
“Ça vient bien ?”
Jusqu’au jour où je lui annonçai la fin de son calvaire,
et où il avouait par un large sourire son soulagement.
Et je me demande s’il ne faudrait pas parler, aussi, du
courage du modèle. [...]
Le mardi 25 octobre 2005, sous la Coupole de l’Institut de France, s’est tenue la séance solennelle de
rentrée des cinq Académies, dédiée au Chancelier Pierre Messmer, de l’Académie française et membre de
l’Académie des sciences morales et politiques, ancien Premier ministre, présidée par le compositeur
Jean Prodromidès, Président de l’Institut de France, Président de l’Académie des Beaux-Arts.
Séance des cinq Académies
Edith Canat
de Chizy
Le mercredi 14
décembre 2005, sous la
Coupole de l’Institut de
France, Edith Canat de
Chizy était reçue à
l’Académie des Beaux-
Arts par son confrère le
compositeur François-
Bernard Mâche.
R
éception
sous la
C
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