Hiver_2005 - page 4

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A
ctualités
A
ctualités
En cherchant, comme disait Proust, à mettre des
théories sur mon œuvre, je lis ces mots de Wladimir
Jankélévitch : “Il y a toujours un élément de solitude dans
le courage et toujours plus de courage à rester seul.
Quand ce ne serait que parce que le courage est de faire !”
Si De Gaulle est l’image du courage ce jour-là, ce n’est pas
le courage du combattant. C’est le courage de l’homme qui
se sait investi d’un destin national, et qui a conscience que
tout reste à faire. C’est ainsi que je l’ai senti et que j’ai
voulu le représenter.
Courage de faire. Courage de remettre en cause l’œuvre
jusqu’à ce que l’on croie l’œuvre achevée.
Ou simplement, courage physique du sculpteur.
Giorgio Vasari raconte qu’il y avait à Florence un énorme
bloc de marbre, “un colosse informe avec un trou entre les
jambes et tout mal bâti et estropié, abandonné depuis la
mort de Donatello, et que personne n’osa toucher pendant
quarante ans !”. Et puis, vint un jeune homme au visage
d’ange... qui osa ! “Il entoura complètement le marbre de
maçonnerie et de planches, et y travaillant sans cesse sans
que personne ne puisse le voir, il amena son œuvre à sa
dernière perfection.”
Et Vasari raconte que Michel-Ange brûla ses esquisses
“pour que personne ne voie la peine qu’il avait prise et
toutes les tentatives qu’il avait faites pour n’apparaître
que parfait”.
Et ce bloc de marbre tout mal bâti et estropié conçu dans la
peine, ce fut David ! [...]
Vous dire qu’il m’a fallu du courage pour accepter ces
commandes serait mentir. Voir son œuvre installée sur un
des plus prestigieux emplacements qu’il puisse rêver :
quel sculpteur ne serait pas tenté par un tel défi ?
Des commandes comme celles-là ne se refusent pas.
Mais aujourd’hui, à côté du “politiquement correct”, il y a
“l’artistiquement correct”.
À cette morale du conformisme ambiant, qui n’est jamais
que le prolongement moderne de tous les obscurantismes et
qui légitime toutes les censures, se superpose une esthétique
exclusive, intolérante, négationniste. Comment ne pas avoir
envie de la bousculer ?
Affirmer la richesse et la merveilleuse diversité de
l’expression artistique.
Montrer que nul ne détient la vérité,
que l’acte de création est un acte de liberté.
Que, non ! La peinture n’est pas morte.
Que, non ! La sculpture n’est pas morte.
Accepter les contraintes de la commande en ayant le
courage d’être soi-même.
Accepter la fonction sociale du métier de sculpteur.
Prendre le risque d’être aussi “artistiquement incorrect”.
Revenir à la figure.
J’aime le métier de sculpteur.
Après les longs mois de recherche solitaire, de dialogue
avec le modèle... Si je vous disais qu’il m’est arrivé de me
réveiller la nuit en conversation avec De Gaulle !...
Après beaucoup de doutes et de tâtonnements, surviennent
des moments d’intense activité, de plaisir presque sensuel,
si intenses que l’on en perd la notion du temps.
Alors la main anticipe l’idée et l’œuvre apparaît dans sa
forme définitive, parfois en quelques heures. C’est ce qui
m’est arrivé pour Churchill, dont le modèle est né en une
matinée, après les longs mois de la maladie de Cardita, où
rien ne pouvait se faire.
Et commence le travail monumental.
Depuis Michel-Ange,
rien n’a beaucoup changé, il y faut de la sueur et de la
peine. Contrairement à ce que l’on pense, il ne suffit pas
d’agrandir une maquette pour en faire un monument.
C’est une re-création,
mais cette fois se met en place tout
un travail d’équipe passionnant avec les assistants et
le fondeur.
Et l’alchimie de la fonte y ajoute un mystère.
Et jusqu’au démoulage, l’angoisse demeure.
Le travail du créateur est une douleur, il y faut du courage,
mais j’avoue que j’y ai trouvé bien du plaisir.”
Le buste en bronze
de Pierre Messmer
par Jean Cardot
Renouant avec la grande tradition du
buste des grands hommes au fil de
l’histoire du XVII
e
siècle et à l’occasion du
bicentenaire de l’installation des
Académies dans l’ancien collège des
Quatre-Nations, l’Institut de France confie
à Jean Cardot, sculpteur de l’Académie des
beaux-arts, le soin d’ériger un buste en
bronze de Monsieur Pierre Messmer,
chancelier de L’Institut, ancien Premier
ministre, ancien Ministre de la Défense,
qui a pris la décision de quitter la
chancellerie au 31 décembre 2005.
De gauche à droite :
Séance de pose et modelage de l’argile.
Travail du buste en platre.
Coulage du bronze en fusion dans le moule.
Décochage : démoulage de la sculpture par
destruction du moule.
Au centre, le buste, tel qu’il fut présenté lors de la
séance des cinq Académies.
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