Hiver_2005 - page 5

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A
ctualités
Le mercredi 23 novembre 2005 a eu lieu la séance
publique annuelle de rentrée de l’Académie des
Beaux-Arts, sous la Coupole de l’Institut de France.
L
a séance publique annuelle est l’un des événements
majeurs de la vie de l’Académie. Au cours de cette
cérémonie, le Secrétaire perpétuel prononce un
discours consacré à un sujet artistique, d’ordre général ou
d’actualité. Cette année, Arnaud d’Hauterives a puisé dans
son expérience et sa sensibilité de peintre les éléments de
son discours, consacré au “Sourire dans l’Art”.
Au cours de sa séance publique annuelle, l’Académie des
Beaux-Arts proclame son palmarès et distribue les nombreux
prix décernés au cours de l’année. Plus de 60 prix représen-
tant un total de près de 500.000 euros ont ainsi été remis aux
lauréats sous la Coupole, récompensant des artistes qui se
sont illustrés dans de nombreuses disciplines.
Parmi toutes ces distinctions : le Prix de Chant choral Liliane
Bettencourt, remis au Chœur de Chambre Les Eléments
dirigé par Joël Suhubiette ; les Prix de la Fondation Simone
et Cino del Duca - Institut de France, décernés au peintre
Eduardo Arroyo, au compositeur Pascal Dusapin et au sculp-
teur Robert Couturier ; les cinq Prix Pierre Cardin (peinture,
gravure, sculpture, architecture, composition musicale).
Sont remis également de nombreux prix d’ouvrages, couron-
nant des livres consacrés à l’art, notamment : le Prix Cercle
Montherlant - Académie des Beaux-Arts, offert par Jean-Pierre
Grivory, Président-directeur Général de la Société Cofinluxe-
Parfums Salvador Dali, qui a été remis à Raphaël
Masson et
Véronique Mattiussi pour leur ouvrage
Rodin
publié aux
éditions Flammarion ; le Prix Jean Lurçat, prix de bibliophilie
décerné pour la première fois en 2005, offert par Simone
Lurçat, qui a été remis à Patrick Modiano et Gérard Garouste
pour leur ouvrage
Dieu prend-il soin des bœufs ?
publié aux
éditions de l’Acacia.
Cette séance exceptionnelle est ponctuée de moments
musicaux offerts par des interprètes primés dans le palmarès
de l’année. Le Chœur de Chambre Les Eléments a ainsi inter-
prété des pièces de Francis Poulenc.
“Le sourire dans l’Art”
Extrait du discours d’Arnaud d’Hauterives
La représentation des dispositions de l’âme, des
sentiments et des passions constitue l’une des quêtes
majeures de l’art. Le sourire, comme expression privilégiée de
l’humeur et de l’esprit occupe donc une place particulière dans
son histoire et dans ses œuvres.
Ce mouvement singulier qui anime le visage pose cependant un
certain nombre de problèmes. Il est, avant tout, difficile à
caractériser. Il serait vain et fastidieux de tenter un inventaire
de toutes ses formes ! Qu’il me suffise de rappeler que le sourire
appartient aux anges comme au Malin, et chacun pourra
imaginer toutes les nuances nécessaires à qui se risque à
vouloir en saisir le mystère... Il est, par ailleurs, difficile à
représenter. Comment en effet ne pas en trahir la subtilité ?
Comment en matérialiser la fugacité ? Comment, autrement
dit, tailler cet imperceptible mouvement dans la pierre, le fixer
au moyen de lignes et de couleurs ? [...]
En peinture, la représentation des sentiments, des humeurs et
des états d’âme s’affirme à partir de la seconde moitié du
Quattrocento en Italie. Dans l’œuvre de Jan Van Eyck au
début du XV
e
siècle la notion de
mimesis
est certes essentielle,
comme le montre la minutie de la représentation qui restitue
avec fidélité les traits du modèle, jusqu’aux plus petits accidents
de la peau. Pourtant, si nous observons le visage du Chancelier
Rolin, nous constatons que celui-ci n’est pas porteur de
sentiments ; nous dirions qu’il est davantage traité comme une
nature morte. Et si nous voulons le connaître un peu, nous
devons nous fier plutôt à sa mise, à l’arrière plan symbolique
du tableau. Il faut tout l’élan de la nouvelle confiance en l’être
humain, porté par l’idéal humaniste pour imposer le visage
comme le lieu privilégié de l’expression spirituelle.
Plus question dès lors de continuer de copier la statuaire
antique ou de reconstruire idéalement la figure humaine. Les
ateliers des maîtres de Florence où étudie le jeune Léonard de
Vinci se peuplent de modèles vivants. Le peintre étudie
l’expression du sourire en s’appuyant sur l’observation
anatomique. Il y ajoute ses connaissances scientifiques et
approfondit cette recherche dans toute son œuvre. Le sourire
éclaire déjà ses toiles de jeunesse, la madone aux fleurs, au
chat, la Madonna Litta. Il illumine encore les trois dernières
œuvres apportées en France : le doux sourire de la Vierge et
celui, plus éclatant, de sainte Anne, le troublant sourire de
Saint Jean Baptiste montrant le ciel d’où viendra le salut et
bien sûr celui, ineffable, de La Joconde. [...]
Cette harmonie, nous la retrouvons quelquefois en peinture
après la Renaissance, par exemple dans le sourire infiniment
charmant des jeunes femmes de Vermeer. Le peintre a
représenté cette émotion délicate dans toutes ses nuances,
y compris spirituelles. Et si je pense au sourire surpris de la
jeune femme à la lettre, au sourire élégant et confiant de la
dame debout au virginal, sous le portrait de Cupidon, je pense
surtout au sourire qui brille dans les yeux de la jeune femme à
l’aiguière. Sereine au centre d’un monde ordonné, la jeune
femme laisse errer son regard dans le lointain ; de sa main
droite elle ouvre la fenêtre tandis que la gauche tient l’anse du
vase. Les bras ainsi ouverts, elle semble accueillir la lumière qui
filtre à travers les vitraux. Cette clarté l’enveloppe, estompant
les contours bleus de sa robe, révélant le blanc de sa coiffe de
lin, les reflets jaunes de sa jaquette. Les teintes douces éclairent
son visage et font rayonner ses pupilles. C’est ainsi que le
sourire des modèles de Vermeer, tout en exprimant l’essentiel
des émotions humaines, transcende la réalité. N’est-ce pas ainsi
que nous percevons le sourire céleste des mariées de Chagall ?”
L’intégralité du discours du Secrétaire perpétuel, le
palmarès complet, ainsi qu’un reportage photographique
sont disponibles sur le site internet de l’Académie des
Beaux-Arts :
Séance publique annuelle de
l’Académie des Beaux-Arts
En haut : les membres de l’Académie des Beaux-Arts réunis.
A gauche : les musiciens du Quatuor Voce interprétant deux
mouvements d’un quatuor de Debussy.
Ci-dessus :
Henri Demarquette, violoncelle, au centre de
la Coupole.
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