Hiver_2005 - page 8

15
14
Institut, et je suis resté à Paris pour faire les démarches
imposées aux candidats. Je me suis résigné très franche-
ment à ces terribles visites, à ces lettres, à tout ce que
l’Académie inflige à ceux qui veulent
intrare in suo docto
corpore
(latin de Molière) ; et on a nommé M. Clapisson. A
une autre fois maintenant. Car j’y suis résolu ; je me présen-
terai jusqu’à ce que mort s’ensuive
.”
Une motivation, avouée à sa sœur Adèle dans une lettre du
27 août 1854, est l’indemnité académique dont Berlioz a
grand besoin : “
Cette place est de 1500 francs, voilà tout ;
mais pour moi c’est beaucoup. Je ne parle pas de l’Honneur
qui est une fiction dès qu’on admet des gens comme ceux qui
se trouvent et se sont de tout temps trouvés à l’Académie. Je
ne m’y suis encore présenté que deux fois. Hugo a dû frapper
cinq fois à la porte ;
De Vigny quatre fois ;
Eugène Delacroix après six épreuves successives
n’a pas encore pu se faire ouvrir, et De Balzac
n’a jamais pu entrer. Et il y a là un tas de
crétins... Il faut se résigner à ne considérer cela
que comme une affaire d’argent, une mise à la
loterie ; et suivre patiemment son numéro. Je suis
de toutes les Académies des Beaux-Arts de
l’Europe excepté de l’Académie de France.”
(Mille cinq cent
francs de 1854 ne font guère qu’environ 180 euros de 2005).
L
ouis-René Berge
commence la
gravure dès 1960 et se consacre
quasi exclusivement à la gravure au
burin. Il expose dans les principaux
salons français : Réalités Nouvelles,
Salon de Mai, Gravure contemporaine,
Salon d’Automne. Il participe à des
expositions en France et à l’étranger.
De 1975 à 1998, il expose
régulièrement à la galerie Biren à
Paris. Il reçoit en 2002 le Prix du burin
de la Fondation Taylor. Il réalise des
ouvrages de bibliophilie avec le poète
Bernard Vargaftig,
Fragment de
souffle
(1993) et
Que l’énigme se
détache
(2002), et avec l’écrivain
Claude-Louis Combet,
Géographies
intérieures
(2003).
Ses œuvres sont visibles dans diverses
galeries parisiennes (Lettres et Images,
Toutes Latitudes,
Michèle Broutta),
ainsi qu’à la Bibliothèque Nationale
(Site Richelieu).
Charles Chaynes
, né à Toulouse en
1925, travaille la musique dès son plus
jeune âge avec ses parents,
musiciens,
professeurs au Conservatoire de cette
ville. Il poursuit ses études au
Conservatoire National de Paris, où il
obtient les prix de violon, harmonie,
fugue, composition. En 1951, le
premier Grand Prix de Rome lui est
décerné. Sa carrière est jalonnée de
nombreux prix et récompenses :
Grand Prix Musical de la Ville de Paris
(1965), Prix du Disque de l’Académie
du disque français (1968, 1970, 1975,
1981), Grand Prix du Disque de
l’Académie Charles Cros (1984),
Orphée d’Or de l’Académie du Disque
Lyrique (1996, 2003), Prix del Duca de
l’Académie des Beaux-Arts (1998).
De 1965 à 1975, il a été directeur de
France-Musique, et de 1975 à 1990,
chef du Service de la Création
Musicale à Radio-France.
Son opéra
Mi Amor
, sur un livret
d’Eduardo Manet, sera créé à l’opéra
de Metz en 2007.
Vladimir Velickovic
est né à
Belgrade (Yougoslavie) en 1935.
Diplômé de l’école d’architecture de
Belgrade en 1960, il s’oriente vers la
peinture et réalise sa première
exposition personnelle en 1963.
Il obtient en 1965 le prix de la
Biennale de Paris, ville où il s’installe
l’année suivante et où il vit et travaille
aujourd’hui encore. Il est révélé dès
1967 par une exposition à la galerie du
Dragon et apparaît aussitôt comme un
des artistes les plus importants du
mouvement de la
Figuration narrative
.
Témoin, dans son enfance,
des atrocités commises par les nazis en
Yougoslavie, il a été marqué pour la
vie, et il a voué sa peinture à la
représentation du corps.
Déchiré,
mutilé, secoué par des douleurs
atroces, voué à d’épuisantes courses
sans issue, éventuellement
métamorphosé en chien ou en rat,
le corps de l’homme est pour lui un
champ d’investigation inépuisable.
Vladimir Velickovic a réalisé de
nombreuses expositions personnelles
à travers l’Europe et reçu de
prestigieux prix pour le dessin, la
peinture et la gravure.
Il est chef d’atelier à l’Ecole nationale
supérieure des Beaux-Arts de Paris
depuis 1983.
Nominations
Arnaud d’Hauterives
a été fait
membre d’honneur associé de
l’Académie des Sciences,
Belles-lettres et Arts de Lyon et
nommé au poste de premier
Conseiller du Musée d’Art
International du Millenium par le
groupe de développement des
échanges culturels
Gehua
à Pékin.
Exposition
Henri Cartier-Bresson
Collection Sam, Lilette et
Sébastien Szafran à la
Fondation Gianadda
L
’impressionnante collection qui
nous est donnée à voir témoigne
d’une amitié indéfectible et de la
fraternité de deux grands de l’art du
XX
e
siècle : Henri Cartier-Bresson,
maître incontesté de la photographie,
Sam Szafran, visionnaire du dessin.
Ce lien inattendu, noué au fil de
quelque trente années, trouve sa
cristallisation et son aboutissement
désormais historique dans cette
magnifique réunion de photographies
signées Cartier-Bresson que la famille
Szafran vient de déposer à la Fondation
Pierre Gianadda. […]
Leur rencontre fut aussi improbable
que toutes celles que Cartier-Bresson
sut inscrire dans l’histoire en faisant
usage de son Leica. [...] Cartier-
Bresson, anarchiste et engagé, Szafran,
boulimique et désorienté. Voudrait-on
chercher lequel a initié l’autre ?
On pourra choisir à son gré parmi les
dédicaces inscrites sur certaines des 225
épreuves rassemblées ici. Chacun de
ces envois témoigne en effet des allers-
retours entre l’appartement de l’élève
Henri et l‘atelier du maître Sam, ou des
ballades dans le Paris sans fin de leur
ami Alberto Giacometti, arpenté par
Sam, le benjamin, en compagnie
d’Henri, l’aîné.
Jusqu’au 19 février 2006
Fondation Pierre Gianadda
à Martigny (Suisse)
En haut : Sam Szafran par
Henri Cartier-Bresson, sans date.
Dossier
Plus heureux que Josué, Berlioz va abattre les
remparts de l’Institut dès le sixième investis-
sement. Adolphe Adam est mort le 3 mai 1856.
Le 3 juin, Berlioz envoie sa lettre de candida-
ture. Il est enfin classé en tête de liste le 12 juin,
devant neuf autres candidats, parmi lesquels
Gounod. Il a un certain espoir, dont il fait part
fin mai dans une lettre : “
Je vais passer la journée
à courir les lieux académiques. Figurez-vous que M. Ingres
lui-même fléchit, et me promet sa voix au second tour de
scrutin, si son benjamin, Gounod, n’est pas nommé au premier.
Les musiciens de la section sont très chauds, y compris Halévy,
malgré mon dernier article sur sa
Valentine
. Auber est toujours
très calme et décidé à se ranger du côté des gros bataillons,
comme le bon Dieu et autres gredins. Quant à Caraffa... immo-
bile comme un borné
.”
À l’élection du 21 juin, il faut une majorité de 19 voix.
Berlioz en obtient 13 au premier tour, 15 au deuxième, 18 au
troisième, et enfin 19 au quatrième.
Il est aussitôt submergé de félicitations dithyrambiques,
qu’il goûte avec discernement. Le 24 juin il écrit à son amie
la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein : “
J’ai encore à voir
vingt-deux confrères pour les remercier tous ; j’en ai vu quinze
ce matin, et j’ai été obligé d’être embrassé par une quantité
de gens qui avaient voté contre moi. [...] Quelle comédie !...
Je ne désespère pas de devenir Pape un jour. [...] Caraffa
excepté, je dois beaucoup à mes confrères
.”
On s’étonne aujourd’hui qu’un talent aussi évident que celui
de Berlioz ait eu tant de mal à s’imposer. Peut-être que, par-
delà les mesquineries et les jalousies habituelles, ses fonctions
de chroniqueur et de critique dans la presse ont été un vrai
handicap. Les victimes de ses sarcasmes,
malgré tous ses efforts
pour les atténuer, lui en ont gardé rancune.
D’autres ont peut-
être craint, s’ils l’élisaient, de paraître solliciter des critiques
favorables de leurs petites productions. Après dix-huit ans, il
a tout de même fini par obtenir gain de cause. Il note le 11
juillet 1856 : “...
c’est le recul des canons tirés à l’étranger qui
a enfoncé la porte ; et puis aussi, l’opinion de quelques Français
aux sympathies généreuses y a-t-elle frappé de bons coups
.”
Le mot de la fin lui appartient, dans son style inimitable :
J’étais assis sur une baïonnette, me voilà dans un fauteuil”
.
Élections
Au cours de sa séance du 9 novembre, l’Académie des Beaux-Arts
a élu Louis-René Berge dans la section de gravure, au fauteuil
précédemment occupé par Raymond Corbin, Charles Chaynes dans
la section de composition musicale, au fauteuil précédemment occupé
par Marius Constant, et, au cours de sa séance du 7 décembre,
Vladimir Velickovic dans la section de peinture, au fauteuil
précédemment occupé par Bernard Buffet.
A
ctualités
Je suis de toutes
les Académies des
Beaux-Arts de
l’Europe excepté de
l’Académie
de France.”
Berlioz par Tournachon jeune,
d'après une charge
d'Etienne Carjat.
M. Clapisson, candidat heureux face à Berlioz, en 1854,
Biblothèque de l’Institut de France
1,2,3,4,5,6,7 9,10,11,12,13
Powered by FlippingBook