Hiver_2005 - page 9

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V
oilà I66 ans que les photographes attendent ce
moment : être considérés avec attention par les
autres artistes comme étant des leurs. Lorsque le
savant Louis Arago fut invité à révéler au monde l’invention
de Ni epce e t Daguer re , dans ce même
immeuble où siègent les cinq Académies, le
Ministre de l’Intérieur lui recommanda de le
faire à l’Académie des sciences et d’inviter les
membres de l’Académie des Beaux-Arts. Pour
le politique l’affaire était entendue, elle le fut
moins par les académiciens qui attendirent I66
ans pour offrir deux fauteuils aux photographes.
Déjà Nadar avait offert son atelier pour exposer
les peintres impressionnistes. A New York, dans
les années dix, Stieglitz et Steichen offrirent à
Braque et Picasso les cimaises de leur galerie, dans laquelle
ils exposaient côte à côte peintres et photographes.
Depuis,
on a vu s’établir des relations toujours plus étroites entre
peintres et photographes, et avec les autres arts d’ailleurs,
Brassaï n’a t-il pas fait les décors du ballet
Phèdre
à l’Opéra ?
Dali et Cocteau se sont inspirés directement de photogra-
phies (Cocteau m’écrivait “Degas peignait sur des cartes
postales”). L’une des plus belles expositions qu’il m’ait été
donné de voir au Museum of Modern Art de New York fut
à l’occasion de la grande exposition Matisse : tout fut cham-
boulé et les responsables du Musée décidèrent de monter
une exposition commune où tous les départements du Musée
auraient leur part. Il était très émouvant de voir Weston
côtoyer Picasso, dans ce haut lieu de l’art contemporain.
Lorsque mon ami Rouquette fut nommé conservateur des
Musées d’Arles, je lui promis mon aide à condition qu’il ouvre
une salle à la photographie. Sa réponse - positive - s’ac-
compagnait toutefois d’une recommandation qui s’avéra capi-
tale : “Pour ouvrir un département nouveau il faut une collec-
tion”. J’écrivis alors à quarante photographes que j’admirais
pour leur demander de faire un geste. Tous répondirent favo-
rablement, la collection était née et comprend maintenant
plus de 4000 pièces. Peu après, en I969, nous lancions l’idée
des Rencontres de la Photographie. Au début
nous organisions des expositions de peinture, de
sculpture mais aussi des concerts, des ballets, des
projections de films.
Mais la demande des photo-
graphes fut si forte que nous nous sommes consa-
crés exclusivement à cet art, et en I983 on pouvait
inaugurer l’Ecole Nationale Supérieure de
Photographie qui accueille des élèves des cinq
parties du monde.
J’imagine la joie des futurs élus de pouvoir
côtoyer des artistes de toutes disciplines, et parti-
ciper aux travaux de l’Académie. Après tout, avoir fait attendre
les émules de Niepce et Daguerre est une occasion de leur
donner une seconde jeunesse.
A gauche : Lucien Clergue,
Nu de la plage, Camargue,
1966.
Une longue attente
Par
Lucien Clergue
Retour sur l’important dossier que nous avons consacré à la photographie dans le précédent numéro de la
lettre, suite à la création, au sein de l’Académie des Beaux-Arts, d’une “huitième section” comportant deux
fauteuils destinés aux émules de Daguerre et de Niepce.
Lucien Clergue, photographe, créateur des Rencontres Internationales et de l’Ecole Européenne de
Photographie d’Arles nous livre à son tour son point de vue sur cet événement.
Dali et Cocteau
se sont inspirés
directement de
photographies
(Cocteau m’écrivait
“Degas peignait
sur des cartes
postales”)”.
A
ctualités
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