Hiver_2011 - page 18-19

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a Fondation Simone et Cino del Duca, abritée sous
l’égide de l’Institut de France depuis le décret du 25
janvier 2005, poursuit les missions et objectifs fixés
par Simone del Duca, généreuse donatrice, décédée en mai
2004. À côté de nombreux grands prix internationaux, aides et
subventions, trois grands prix de consécration sont décernés
chaque année à des artistes par la Fondation Simone et Cino
del Duca - Institut de France, sur proposition de l’Académie
des Beaux-Arts : un prix de peinture, doté d’un montant de
50 000 euros, un prix de sculpture, doté d’un montant de
50 000 euros, et un prix de composition musicale, également
doté d’un montant de 50 000 euros. De plus, la Fondation
remet, toujours sur proposition de l’Académie des Beaux-Arts,
des prix pour récompenser de jeunes musiciens, pour un
montant total annuel de 50 000 euros.
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Le
Prix de peinture 2011
a été attribué à
Erró
, né en
1932 à Olafsvik en Islande. Après avoir étudié à l’Académie
des Beaux-Arts de Reykjavik et à l’Académie d’art d’Oslo, il
voyage en Espagne, en Allemagne et en France. Il s’installe à
Paris en 1958 où il vit et travaille depuis. Grand représentant
du mouvement de la Figuration narrative, auteur de nom-
breuses commandes publiques, sujet de plusieurs centaines
d’expositions personnelles et collectives, Erró occupe une
place majeure dans la peinture d’aujourd’hui. Chroniqueur
des évènements qui bousculent la planète, il met notre monde
à nu afin de faire appel à nos consciences, sa peinture se veut
témoignage. En 2010, le Centre Georges Pompidou a accueilli
la rétrospective de son œuvre :
Cinquante ans de collages.
Le
Prix de sculpture 2011
a été attribué à
Jean-Paul
Philippe
né en 1944 à Alfortville. à ses débuts dans les
années 1960 il se consacre à la peinture et commence vers
1971-1972 à sculpter seul, expérimentant la force de la
pierre et les possibilités infinies de l’œuvre tridimension-
nelle. Il s’adonne à la sculpture en solitaire, à l’écart des
mouvements et des écoles. Son chemin se dessine dans
l’intimité de l’atelier et voit son prolongement dans l’espace
public. C’est là, plus qu’ailleurs, que Jean-Paul Philippe
trouve la raison d’exercer son métier. Depuis les années
1980, il répond à de nombreuses commandes pour des
monuments publics. A Cherbourg, Foix, Lille, Rennes, Le
Caire ou Bruxelles, il conçoit des œuvres qui s’inscrivent de
façon singulière dans leur environnement. En témoigne,
Miroirs du ciel
, sa dernière commande installée dans le parc
Albert Marquet.
Le
Prix de composition musicale 2011
a été attri-
bué à
Philippe Boesmans
,
est né en 1936 à Tongres
(Belgique). Premier prix de piano du Conservatoire Royal
de Musique de Liège, il renonce finalement à une carrière
de pianiste, préférant se consacrer à la composition qu’il
étudie en autodidacte. Il rencontre Pierre Froidebise,
Henri Pousseur avec lequel il fonde le Centre de recherche
musicale de Wallonie, Célestin Deliège et André Souris. Ses
premières œuvres (début des années 1960) témoignent de la
profonde influence, à travers les œuvres de Berio, Boulez,
Pousseur et Stockhausen, d’un sérialisme qui se fissure
néanmoins progressivement. Producteur à la RTBF, il est,
de 1985 à 2007, compositeur en résidence au Théâtre Royal
de la Monnaie (Bruxelles). Ses opéras tels
Reigen
(1993),
Wintermärchen
(1999),
Julie
(2005), ou
Yvonne, princesse de
Bourgogne
(2009), créé à l’Opéra Garnier, ont participé au
renouvellement du genre opératique à la fin du XX
e
siècle.
Son œuvre témoigne d’une souplesse dans la forme et d’une
liberté de langage qui la situent en dehors des clivages
souvent marqués de la musique contemporaine.
Toujours sur proposition de l’Académie des Beaux-Arts,
quatre prix d’encouragement ont été également décernés
à de jeunes musiciens. Pour l’année 2011 les lauréats sont
Emmanuel Ceysson,
harpiste,
Romain Leleu,
trom-
pettiste,
Maxime Pascal
, chef d’orchestre et
Debora
Waldman
, chef d’orchestre.
u
Rencontre avec Erró
Nadine Eghels : D’origine islandaise, vous avez derrière vous
une longue carrière de peintre, pouvez-vous nous retracer les
grandes lignes de votre parcours ?
Erró
 : Je suis arrivé en France en 1958. Grâce à un billet de
loterie, je suis allé d’abord à l’Académie de peinture d’Oslo,
puis j’ai longtemps séjourné à Florence où j’ai rencontré Botero
et Jean-Jacques Lebel avec qui je suis ami depuis soixante
ans. A cette époque je suis aussi allé à Ravenne pour m’initier
à la mosaïque byzantine. Comme toutes les fresques étaient
en restauration, j’ai immédiatement appris cette technique.
Ensuite je suis venu à Paris où je me suis « basé », mais mon
travail m’amène fréquemment ailleurs. Lorsque je suis arrivé
à Paris j’ai connu tous les surréalistes, surtout Matta, mais ce
furent au début des années très difficiles pour moi, car seule la
peinture abstraite était à l’honneur. J’étais obligé de retourner
en Italie pour vendre mes toiles. Finalement j’ai commencé
à trouver mon public en France, j’étais un jeune artiste de
cinquante ans ! Depuis, cela n’a pas arrêté, les expositions se
succèdent partout dans le monde.
N.E. : Comment procédez-vous ?
Erró
 : Je commence par travailler avec des collages, pour faire
une maquette de la toile ou de la fresque. Pour ces collages, je
récupère des éléments partout, en rapport avec la thématique
qui me tient à cœur. Ensuite je reproduis la maquette à grande
échelle. Mes sujets de prédilection sont politiques, ils renvoient
aux guerres injustes qui déchirent le monde, le Vietnam, la
Corée, plus récemment l’Irak. Ce sont généralement de grands,
voire très grands formats, j’ai fait pour la Villette deux toiles de
30 m. de long. Je travaille aussi la céramique, un mur de 90 m.
de long sur 15 m. de haut, et des fresques en céramique dans le
métro à l’occasion de l’exposition universelle à Lisbonne.
N.E. : Vous maîtrisez différentes techniques,
laquelle préférez-vous ?
Erró
 : Je change tout le temps de technique pour me défatiguer.
J’aime beaucoup l’émail, avec de la peinture hollandaise. En fait,
c’est le sujet qui guide la technique. Lorsque je fais un collage,
c’est comme dans un rêve, au début je ne sais pas ce que cela va
donner, tout est affaire de composition.
N.E. : Répondez-vous souvent à des commandes,
publiques ou privées ?
Erró
 : Je n’accepte que les commandes qui me laissent une
liberté maximale, comme par exemple le mur d’Angoulême,
500 m
2
sur le thème de la bande dessinée. Il s’agit souvent de
réalisations en plein air.
N.E. : à quoi travaillez-vous actuellement ?
Erró
 : Je me prépare à partir pour la Thaïlande, où je vais faire
un travail d’aquarelle. Et l’été je me retire pour peindre dans
ma maison de Formentera.
N.E. : à quoi allez-vous consacrer ce Grand Prix de Peinture
qui vous a été décerné par l’Académie des Beaux-Arts ?
Erró
 : J’étais très content de recevoir ce Prix, qui tombe
à point pour couvrir les réparations du toit de mon atelier !
Et c’était une belle cérémonie.
P
rix & concours
C’est toujours une grande joie pour
les académiciens de décerner des prix
d’encouragement à de jeunes confrères et
des prix de consécration couronnant des
créateurs à la carrière bien établie.
Ces prix concernent toutes les disciplines,
arts plastiques, musique, architecture,
cinéma, photo, ouvrages d’art.
Au total une cinquantaine de Prix a été
décernée, pour un montant d'environ
500 000 euros. Ils peuvent représenter
pour certains artistes une aide précieuse.
Ils nous incitent à rester à l’affût de tous
les nouveaux talents et nous permettent
d’aller à la rencontre de ceux qui
construisent l’art de demain.
Ils témoignent enfin de l’admiration et
de la fraternité de notre Compagnie
envers ceux qui, dans ces temps difficiles,
perpétuent la recherche d’absolu qui est
au centre de la démarche artistique.
Laurent Petitgirard
Compositeur, Chef d’orchestre
Président de l’Académie des Beaux-Arts
Les Prix de la
Fondation Simone
et Cino del Duca
Page de gauche : lors de la
cérémonie de remise des prix, les
membres de l'Académie Laurent
Petitgirard, Arnaud d'Hauterives,
Michaël Levinas et Edith Canat de
Chizy, recevaient les lauréats des
Prix d'encouragement.
Photo Juliette Agnel.
Ci-contre : le sculpteur
Jean-Paul Philippe
(DR)
et le
compositeur Philippe Boesman
Bernard Coutant)
.
à droite : le peintre Erró à l'œuvre.
Photo DR.
&
Prix
concours
2011
1,2-3,4-5,6-7,8-9,10-11,12-13,14-15,16-17 20-21,22-23,24-25,26-27,28-29,30-31,32
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