Hiver_2011 - page 30-31

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Fumio Otani, Vincent Batbédat, Les Simonnet, de même
que Patrick Guérard, Marcel Dupertuis, Victor Roman et
d’autres ont, en deux parcs différents, ouvert la voie de l’art
dans la ville, d’une manière - disons - « classique » à l’image
des Tuileries ou du Luxembourg. Puis, José Subira Puig,
Dietrich Mohr, Marcel Van Thienen - et d’autres encore - ont
répondu à une demande reformulée de l’EPA : investir des
lieux dispersés de la ville et travailler sur des thèmes naturels
ou symboliques : le vent, les sons, la Paix...
En 1983 enfin, les urbanistes imposent le thème de l’eau
comme fil directeur du projet artistique dans le cœur de
ville. En transcendant l’espace qui les accueille pour attein-
dre la symbiose art/urbanisme, quatre œuvres majeures
ponctuent le parcours d’un canal fédérateur :
L’Arche
de
Piotr Kowalski,  une porte de ville, reflets et lumières ;
Meta
de Nissim Merkado, un météore de granit noir d’où
sourd le canal ;
La Perspective
de Marta Pan, une interface
ambivalente ville-nature ;
Le Carré urbain
de Dani Karavan,
un épurement graphique du paysage.
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Grande salle des séances, le 9 novembre 2011
S
aint-Quentin-en-Yvelines abrite plus de quatre-vingts
œuvres. En majorité sculpturales, elles reflètent
l’évolution de la commande publique, du symposium
d’Elancourt en 1974, à l’achèvement du centre-ville en 1994.
Soutenus par le Groupe central des villes nouvelles, Serge
Goldberg et Pierre Linden (directeurs généraux de l’Etablis-
sement Public d’Aménagement), en connivence avec Denys
Chevalier - fondateur du Mouvement de la Jeune Sculpture -
furent les initiateurs éclairés et l’âme du projet.
La progressive symbiose de l’art et de l’urbanisme est
le fruit d’une mutation qui, partant de l’œuvre - objet
sculptural - tend à devenir aménagement de l’espace urbain
dans lequel elle s’insère. L’art n’est plus seulement objet
sculptural. Il transcende sa seule qualité esthétique pour
devenir
constituant
de l’espace public. Il sublime le lieu de
son implantation en resignifiant sa valeur urbaine. Il dépasse
la valeur de la forme seule, de la matière seule, pour enfan-
ter un lieu onirique. Outrepassant le sens théologique, on
peut dire que l’art devient consubstantiel à l’espace urbain
qu’il génère.
Cette ultime évolution passe par un renouveau radi-
cal de la pratique. L’artiste ne peut plus réaliser seul. La
conception implique une collaboration avec l’urbaniste, le
paysagiste, l’architecte ; la réalisation impose permis de
construire, projets et études techniques, entreprises, etc.
S
e poser une telle question revient à se demander
dans quelle mesure le socle humaniste sur lequel la
Revue
a été fondée est encore de taille à affronter la
haute mer du nouveau siècle. Il est impossible de répondre
à cette question avec désinvolture, paresse intellectuelle
s’en remettant pour les mauvais jours à la robustesse des
charpentes qui en ont déjà tellement vu. Le vieux socle
humaniste supposait de faire confiance, en quelque sorte,
à l’échelle humaine : point de surnature pour venir à l’aide,
seulement la puissance et la faiblesse de la nature humaine.
D’une certaine façon, on pourrait dire que les sommaires
de la
Revue
depuis le début ont obéi à un tel principe en
examinant sous toutes leurs coutures la façon dont s’y pre-
naient les sociétés pour vivre et durer. Et c’était bien là une
façon de reprendre en effet le grand projet encyclopédique
des Lumières, en lui ajoutant de nouvelles pages. Un tel
projet présupposait aussi bien que l’échelle humaine pouvait
se montrer capable d’encaisser de gros coups. C’est ce qui
donne au regret que l’affaire Dreyfus ait malheureusement
eu lieu un air terriblement touchant, d’une si honorable vul-
nérabilité. Comment être fort et puissant tout en restant un
« honnête homme » ? Je crois que s’il y a eu une « politique »
des Deux Mondes, elle est à chercher là dans une certaine
tradition française héritée de Fénelon, de La Fontaine dont
Marc Fumaroli a si bien parlé dans son ouvrage sur l’auteur
des
Fables
,
Le poète et le roi
[...]
C’est une sorte d’exploit extraordinaire que la
Revue
soit
parvenue à se garder elle-même au fil des ans, fidèle au vieux
socle, à la fois si fragile et si irrésistiblement nécessaire.
Y a-t-il une quelconque raison de s’en éloigner à présent
que la notion même d’individu, de sujet est devenue si
improbable ? Bien au contraire, nous avons plus que jamais
besoin qu’il existe de telles revues où le sens « politique »
des affaires du monde est pour ainsi dire protégé. Le XX
e
siècle a été un siècle anti-politique du fait même de sa
violence idéologique : le sens du compromis, qui caractérise
la dimension du politique, le courage de la discussion
démocratique, ont été les parents pauvres de ce siècle,
quand ils n’ont pas été purement et simplement détruits. Le
sens même de l’inquiétude qui signale l’existence d’un esprit
en alerte a été l’une des principales victimes du XX
e
siècle :
est-ce mettre la barre trop haut que de plaider aujourd’hui
pour un sens de la modération qui fasse pleinement droit aux
exigences risquées de la réflexion ? La modération, le sens
du compromis, le courage d’assumer que l’on ne dispose pas
d’une pleine maîtrise des affaires sans en faire un prétexte
à l’immobilisme : ce sont là les vraies charpentes, celles qui
peuvent permettre le renouvellement nécessaire [...]
De s’être toujours trouvée à l’épicentre de l’histoire, de la
politique et de la littérature, la
Revue
a incarné de la sorte
un esprit « français » dont il est stupéfiant de constater qu’il
irradie encore à travers le monde, dans les bibliothèques,
les instituts, les fondations : comme l’on dit qu’il existe des
« cages dorées », on pourrait dire de l’image de la revue
qu’elle est une « image dorée » en droite ligne du XIX
e
siècle, j’allais dire d’un « éternel dix-neuvième siècle ». Il est
vrai qu’avoir eu à son sommaire Hugo et Musset, parmi tant
d’autres, a de quoi vous marquer à jamais.
u
Grande salle des séances, le 5 octobre 2011
La progressive symbiose
de l’art et de l’urbanisme à
Saint-Quentin-en-Yvelines
Par
Yves Draussin
, architecte et urbaniste
Sous le titre « L’art renouvelle la ville »
s’est tenu à Paris à l’automne 1992 un col-
loque mémorable traitant de la relation
entre urbanisme et art contemporain. Le
sculpteur Piotr Kowalski suggéra que le
titre devrait être inversé, affirmant que
« c’est la ville qui renouvelle l’art ». Les
deux thèses, toutes deux valides, démon-
trent l’intrication de l’art et de la ville dans
l’urbanisme renaissant des villes nouvelles.
L’esprit de la
Revue des
Deux Mondes
Par
Michel Crépu
, écrivain, critique littéraire
et directeur de la
Revue des deux Mondes
Quel peut-être aujourd’hui le rôle d’une
Revue née il y a deux siècles ? Comment
imaginer cet « honnête homme » du XXI
e
siècle que les pionniers de la Revue des
origines appelaient déjà de leurs vœux ?
Retour sur l’histoire de la
Revue des Deux
Mondes
, toujours pertinente, et bien pré-
sente dans le champ intellectuel français.
En haut : Marta Pan,
La Perspective
, 1990,
Montigny-le Bretonneux.
Photo DR
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