Hiver_2011 - page 4-5

Le 16 novembre, sous la Coupole de l’Institut
de France, a eu lieu la séance solennelle de
l'Académie des Beaux-Arts.
Photos Juliette Agnel
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A
u cours de cette séance, Laurent Petitgirard, Président
de l’Académie des Beaux-Arts et membre de la sec-
tion de Composition musicale, a rendu hommage aux
membres de notre Compagnie récemment disparus.
Le palmarès des nombreux prix et récompenses décernés
par l’Académie des Beaux-Arts a été proclamé par François-
Bernard Michel, Vice-Président, membre de la section des
membres libres.
Le programme musical de cette séance était assuré
par l’Orchestre Colonne, sous la direction de Laurent
Petitgirard, avec
Nuages
et
Fêtes
(extrait des
Nocturnes
)
de Claude Debussy, et par l’ensemble vocal Sequenza
9.3, dirigé par Catherine Simonpietri, qui a interprété le
Mouvement N°7
du
Cantique des Cantiques
de Daniel
Lesur,
Rechants N°3
d’Olivier Messiaen, et
Ubi Caritas
de
Maurice Duruflé, pour se terminer comme à l’accoutumée
avec la
Fanfare de La Péri
de Paul Dukas.
u
A
ctualités
Extrait du discours prononcé par le Secrétaire
perpétuel Arnaud d’Hauterives et intitulé :
Les
animaux dans l’art
Les ensembles exceptionnels de peintures pariétales
qu’offrent les grottes ornées en témoignent : les
hommes peignent des animaux depuis plus de 30 000 ans.
Et l’animal est leur thème principal. Les arts historiques
feront pourtant de la peinture animalière un art mineur,
jugeant plus noble la représentation de la figure, des
actions et des pensées humaines. Ne faut-il pas, pourtant,
une maîtrise remarquable pour saisir sur le vif les
mouvements et les expressions d’animaux, familiers ou
sauvages qui ne posent pas ? Un dessinateur de génie
comme Dürer ne s’y est pas trompé. Par ailleurs, pour
un peintre, la distinction entre la figure animale et la
figure humaine est-elle si nette ? Rubens propose une
esquisse significativement intitulée
La Beauté humaine
imitée de celle du cheval
tandis que Le Brun prononce
devant l’Académie royale de Peinture et de Sculpture une
conférence sur la
Physionomie de l’homme
et ses rapports
avec celle des animaux.
Ainsi, en plein classicisme, le
Directeur de l’Académie, Premier Peintre du Roi, conçoit-il
des portraits fascinants inspirés des dessins animaliers
rapportés de ses séjours à la ménagerie de Versailles.
En dépit des classifications, l’apparence, l’« 
élégance
souveraine »,
la variété infinie des couleurs, des motifs,
des formes, des matières et des mouvements de l’animal
alimentent depuis toujours l’imaginaire artistique. Le
motif de l’animal, précisément parce qu’il est en marge des
grands genres fixés par l’académisme, s’affirme d’ailleurs
à l’époque moderne et contemporaine comme une source
d’inspiration et de renouvellement pictural d’autant plus
puissante qu’elle autorise toutes les investigations formelles.
L’ancienneté de la représentation animalière dans
l’histoire de l’art est frappante, bien sûr. A l’exception
de motifs géométriques et de rares figures humaines, les
sujets représentés dans la grotte Chauvet sont de grands
mammifères qui évoquent une faune en majeure partie
disparue. Comme le dit Jean Clottes, « l’animal est roi dans
l’art paléolithique » et le bestiaire que nous découvrons est
extraordinaire : 9 espèces seulement à Lascaux contre au
moins 14 à Chauvet, dont un
Grand-duc
et une
Panthère
,
représentations uniques dans l’art pariétal connu [...]
Si l’image a pour fonction de représenter mais aussi de
donner sens et forme à la pensée symbolique, quelle était la
fonction sociale, culturelle, religieuse des représentations
de Chauvet ? C’est une question à laquelle il n’est guère
possible de répondre. Nous savons que la grotte n’était
pas habitée par les hommes. S’agissait-il d’un sanctuaire
naturel comme le disait André Leroi-Gourhan ? La
caverne était-elle un lieu sacré où se seraient déroulées
des cérémonies ? Un symbole de l’espace matriciel ? Et
comment l’homme considérait-il ces animaux si finement
observés ? Nous savons qu’il ne les réduisait pas à
des proies. 70% des animaux représentés à Chauvet,
lions, rhinocéros, mammouths, ours des cavernes, tous
prédateurs dangereux, n’étaient pas chassés par l’homme.
L’animal admiré et redouté était-il un intermédiaire
entre le monde naturel et le monde des esprits ? On a
bien l’intuition, à Chauvet, d’être face à deux systèmes de
représentation. L’un, réaliste, se fonde sur une observation
naturaliste et sur une grande connaissance de l’éthologie ;
l’autre, souligne Joëlle Robert-Lamblin, semble décrire,
sur le mode symbolique, une relation particulière entre
l’homme et l’animal, une possible transmutation entre ces
deux règnes. Cette hypothèse est confirmée par la présence
du
Sorcier
découvert à Chauvet par Yanik Guillou, une
créature imaginaire composée d’une tête et d’un torse de
bison, de jambes humaines et d’un bras dont on distingue
nettement la main aux longs doigts. D’autres créatures
hybrides, dont l’énigmatique
Licorne
à deux cornes de
Lascaux, permettent de souligner que, dès les origines de
l’art, l’homme d’une part décrit ce qu’il voit et d’autre part
compose des chimères suggérant l’existence d’un autre
monde au-delà du monde sensible. »
Séance publique annuelle
de l’Académie des Beaux-Arts
à gauche : les membres de l'Académie réunis pour la traditionnelle séance photo et, en dessous,
eux-mêmes « immortalisés » par leur confrère Yann Arthus-Bertrand.
Ci-dessous : Laurent Petitgirard dirigeait l'Orchestre Colonne dans le programme musical.
à droite : Maxime Pascal, lauréat du Prix Simone et Cino del Duca, recevait son prix des mains de François-Bernard Michel.
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