Hiver_2011 - page 10-11

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C'est peu dire de l'importance, de la qualité et de la valeur
de nos collections. L'Institut possède là un vrai trésor, plus
encore par sa valeur historique et mémorielle que par sa
valeur pécuniaire. Même si, comme le faisait remarquer
récemment un visiteur américain, la protection de ce
patrimoine mériterait que l'on y apporte plus d'attention.
Dans l'introduction de l'ouvrage mentionné ci-dessus,
Pierre Messmer, à l'époque Chancelier de l'Institut de
France, mentionnait « quarante mille photographies,
conservées à la Bibliothèque, dans les archives et dans les
fondations-musées » . Depuis, comme
le soulignait Lucien Clergue dans l'in-
troduction au précédent numéro de la
Lettre
, d'autres chiffres moins importants
ont été avancés. On n'en connaîtra vrai-
ment la teneur que lorsqu'un inventaire
scientifique aura été réalisé. Il s'avère de
toute façon indispensable, accompagné de
son indexation, avant toute entreprise de
numérisation.
Madame
Mireille
Pastoureau,
Conservateur général, directeur de la
Bibliothèque, résume bien la difficulté de
l'entreprise. Elle réside dans la façon par
laquelle, à travers le temps, la Bibliothèque
s'est construite, sans perdre de vue ses
origines de Bibliothèque générale et savante. Bien avant
l'arrivée de la photographie, legs, dons, achats, documents
internes, comptes-rendus de séances en provenance des cinq
Académies constituent le noyau central de ces fonds.
Une mémoire qui, depuis des siècles, repose sur une
architecture de manuscrits au sein desquels on incorpore
documents, planches de dessins, gravures, plans... et tout
naturellement à partir de 1839 des photographies.
On se retrouve donc confronté aux problèmes de l'infor-
matique qui veut que tout fichier non ou mal indexé soit
considéré comme introuvable, donc inexploitable. Comment
en effet retrouver une photographie, document d'un dossier
médical ou archéologique ou partie intégrante d'un legs sans
inventaire précis ?
Par bonheur le compte-rendu des séances, institué à
l'initiative de François Arago à partir de 1835, devient
souvent un subtil fil conducteur.
Sinon, seules des expositions comme « Éclats d'Histoire »
ou des recherches dans le cadre de thèses, comme ce fut
récemment le cas, permettent de découvrir ce qui se cache
à l'intérieur de ces innombrables dossiers et d'en faire
l'indexation. Sans oublier les travaux de chercheurs comme
ceux d'Anne Cartier-Bresson, Paul-Louis Roubert, Sylvie
Aubenas ou de Nancy Keeler qui, en 1984, découvrit vingt-
quatre « dessins photogéniques » inédits sur papier salé du
photographe anglais Sir William Henry Fox Talbot, adressés
à l'Académie des Beaux-Arts le 25 mars 1840. Par cet
envoi, il sollicitait Désiré Raoul Rochette, alors Secrétaire
perpétuel de l'Académie, pour faire reconnaître son procédé
qui ouvrait la voie de la reproduction.
Bien qu'il fût aux sources de l'invention, au sein même
de l'Institut de France, les références autour de l'inventeur
Louis-Jacques-Mandé Daguerre et surtout ses images ne sont
pas légion. Mais, comme François Arago l'avait suggéré dans
sa déclaration du 19 août 1839, de nombreuses applications
scientifiques du procédé ne tardèrent pas à se développer
au cours du XIX
e
dans tous les domaines. « Pour copier les
millions de millions d'hiéroglyphes qui couvrent, même à
l'extérieur, les grands monuments de Thèbes, de Memphis
et de Karnak etc., il faudrait des vingtaines d'années et des
légions de dessinateurs. Avec le daguerréotype, un seul
homme pourrait mener à bonne fin cet immense travail... »
Dans les décennies qui suivirent la révélation du procédé,
l'Académie des Sciences reçut de nombreuses inventions
ou améliorations qui furent sans lendemain, du moins sur
le plan commercial. Parmi elles, nous retiendrons celle
Les photographies dans les
collections de l'Institut de France
Des trésors à redécouvrir
Par
Bernard Perrine
, photographe, journaliste, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts
L
'exposition « Éclats d'histoire, les collections photo-
graphiques de l'Institut de France » présentée sur
les cimaises du Musée Marmottan-Monet du 30 mars
au 27juin 2004 et son catalogue
1
accompagnés de textes
précieux et renseignés
2
ont permis et permettent encore de
lever le voile sur les photographies et les collections photo-
graphiques conservées dans les bibliothèques de l'Institut
de France ou de Condé à Chantilly. Cependant, si l'on
connaît parfaitement la teneur, la diversité et la qualité des
images conservées par cette dernière, il n'en va pas de même
pour la première. Certes, l'exposition du
Musée Marmottan a permis d'apercevoir
quelques incunables, tout en laissant la
certitude que de précieuses pépites restent
encore à découvrir et à révéler. Une (mau-
vaise) habitude très française qui consiste,
souvent par manque de moyens ou pour
d'autres raisons obscures, à ne faire ni
inventaire précis ni récolements, permet
néanmoins de temps en temps de redécou-
vrir des pièces importantes, ignorées ou
déclarées perdues. C'est aussi comme cela
que certaines peuvent se retrouver mises
aux enchères sur des marchés étrangers.
Grâce aux récents travaux de jeunes
chercheurs, des nouveaux pans de la pho-
tographie du XIX
e
ont révélé leur importance en confortant
ou en amenant un éclairage nouveau sur l'histoire de la
photographie. Laquelle importance a également été perçue
par le marché qui, comme on a pu le constater dans les
ventes récentes, toutes réalisées en France, ont battu tous
les records pour des photographies de cette période.
D
ossier
Pages précédentes : Gustave Le Gray,
Flotte française en rade
de Brest
, 1856-1857, épreuve sur papier salé, 31,6 x 41,7 cm,
(Chantilly, musée Condé).
©
RMN (Domaine de Chantilly) / droits réservés.
En haut : G. Rémy et C. Contremoulins,
Réduction photographique d'une
radiographie d'un cadavre de femme
,
1896, aristotype, 28,1 x 22,7 cm,
d'après neuf négatifs sur plaque de verre de 24 x 30 cm, pl. 36 de l'album
Radiographies
(Bibliothèque de l'Institut).
Photo David Bordes.
En haut : William Henry Fox-Talbot,
Abbey,
17 March
, façade sud de Lacock Abbey, 17 mars 1840,
épreuve sur papier salé, (Bibliothèque de l'Institut).
Ci-dessus : Louis-Auguste Bisson,
Honoré de Balzac,
1842
, daguerréotype sous écrin en trois volets, intérieur
en velours et soie violets avec cadre ouvragé en métal,
8,2 x 6,7 cm (Bibliothèque de l'Institut, Lovenjoul,
objet 1).
Photo David Bordes.
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