Hiver_2011 - page 12-13

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de Firmin Boussigues qui, en 1850, proposa une déclinai-
son du procédé de Daguerre qui voyait le papier remplacer
la plaque pour obtenir un positif direct. Une voie déjà
explorée par Bayard qui ne sera pas commercialisée mais qui
apparaîtra, beaucoup plus tard avec... le polaroïd.
De 1840 à 1875, l'Académie des Sciences a reçu plus de
500 communications parmi lesquelles on retrouve nombre
de celles qui firent progresser le procédé. Elles constituent
une sorte d'histoire de la photographie dont bien souvent
les documents ont disparu. À ses débuts, la photographie
était en effet une pratique de savants et on ne s'étonnera
pas d'apprendre qu'elle passionna de nombreux membres de
l'Académie des Sciences, avec à leur tête Victor Regnault,
leur Président - également Président de la société française
de photographie - qui s'y exercèrent.
On a ainsi pu recenser environ six cents photographies
à caractère scientifique, présentant un intérêt primordial,
conservées à l'Institut de France. Elles constituent en soi
une sorte d'histoire des sciences.
Elles touchent l'astronomie qui fut une des premières
disciplines scientifiques à être présentée à l'Académie des
Sciences. C'est en effet le 9 janvier 1839 que François
Arago montra à ses confrères la première photographie
de la lune prise par Daguerre. Plus tard, le 2 avril 1845,
Hippolyte Fizeau et Léon Foucault, montrèrent les premiè-
res photographies du disque solaire complet. Puis vinrent les
photographies d'éclipses de lune de Quinet et De Lépine
datant du 13 octobre 1856.
Elles concernent également les sciences naturelles avec
de précieux documents d'animaux rares du Museum d'his-
toire naturelle datant de 1853 ; la géologie avec les vues du
Mont-Blanc des frères Bisson ; la physiologie et la méde-
cine avec les travaux de Guillaume-Benjamin Duchenne
de Boulogne
Mécanismes de la physiologie humaine,
paru en 1862, dont un rare exemplaire est conservé à la
Bibliothèque. Ceux de Jules Bernard Luys, avec notam-
ment l'ouvrage
Iconographie des centres nerveux
paru en
1873. La photomicrographie avec le
Cours de microscopie
publié par Alfred Donné en 1844 avec des illustrations de
Léon Foucault physicien et daguerréotypiste.
Parmi les améliorations significatives du procédé, l'Institut
conserve les étapes importantes du développement de la
photographie en couleurs avec les travaux de Louis Ducos
du Hauron et Charles Cros. Présentés en 1869 à la Société
française de photographie, ces essais de Ducos du Hauron
furent violemment critiqués en 1876 par Becquerel à
l'Académie des Sciences. Néanmoins, pour faire valoir
l'antériorité de sa découverte, il adressa à l'Académie des
Sciences dix « héliochromies » accompagnées d'un mémoire
Photographies des couleurs, reproduction photomécanique
des couleurs en nombre illimité d'exemplaires
.
Les académiciens soutinrent également une autre amé-
lioration significative apportée par Louis-Désiré Blanquart-
Évrard et rapportée par François Arago, le perfection-
nement du procédé négatif-positif sur papier. Bien que
peu différent de ceux présentés par Sir William Henry
Fox Talbot et celui d'Hippolyte Bayard, écarté pour avoir
voulu garder son procédé secret, celui de Blanquart-Évrard
fut retenu par la commission composée de membres de
l'Académie des Sciences et de l'Académie des Beaux-Arts.
Ce soutien le conforta dans son projet de diffusion de
la photographie à grande échelle. En 1851, il créa une
imprimerie photographique à Loos-lès-Lille avec Hippolyte
Fockedey et fit entrer la photographie dans l'ère industrielle,
comme en témoignent les premières éditions des travaux
de Maxime Du Camp et de John B. Greene, conservées
dans la Bibliothèque de l'Institut. Le remplacement du
négatif-papier par le négatif sur verre, introduit en 1847
par Abel Nièpce de Saint-Victor, offrait des potentialités de
reproduction quasi illimitées, du moins le pensait-on !
Ces perfectionnements dans la diffusion, couplés au carac-
tère d'objectivité inhérent au procédé (la mécanisation de
l'enregistrement étant censée être garante de son aptitude
à « reproduire sans faille le réel » ), ouvrirent la voie à de
nouvelles utilisations.
Ce furent d'abord les missions à l'étranger et en particulier
en Orient pour accompagner les archéologues qui virent les
Cependant cet Orient ne fut pas la seule destination des
missions. Elles s'intéressèrent aussi à l'archéologie en Italie,
en Grèce, en Afrique du nord ou en Asie Mineure.
On retrouve ainsi les albums d'Eugène Piot sur
L'Italie
monumentale
en 1853 ou sur
L'Acropole d'Athènes et des
temples grecs
. Ou le fonds Théophile Homolle qui renferme
quelque six mille photographies. Ou encore une trentaine
de grands formats de Séraphin Médéric Mieusement sur les
Monuments antiques et arabes
.
Les missions franchirent également l'Atlantique comme
en témoigne le fonds du duc Joseph-Florimond de
Loubat, riche de quelque quatre cents photographies
prises au cours des missions d'exploration au Mexique
et en Amérique centrale, dans la seconde moitié du
XIX
e
siècle. Il en fit don à l'Académie des Inscriptions et
Belles-lettres en 1916. À côté de ce fonds, on retrouve
les documents déposés par Claude-Joseph-Désiré
Charnay, Teobert Maler ou Alfred Percival Maudsley.
photographes déposer leurs travaux à la Bibliothèque. Ainsi
Maxime Du Camp, peu avant sa mort, légua à l'Académie
française tous ses manuscrits y compris ses propres photo-
graphies et celles qu'il utilisa pour illustrer ses livres, soit
deux cent quatorze négatifs, un album complet de tirages et
son exemplaire de
Egypte, Nubie, Palestine et Syrie. Dessins
photographiques recueillis pendant les années 1849, 1850 et
1851
, imprimé par Blanquart-Évrard et édité par Gide et
Baudry en 1852.
Il en fut de même pour John Beasley Greene qui adressa
régulièrement à l'Académie des Inscriptions et belles-
lettres les résultats de ses travaux et ses albums, également
imprimés par Blanquart-Évrard, notamment
Sculptures
et inscriptions égyptiennes
regroupant deux cents vues et
Monuments et paysages de la Nubie et de la Haute-Egypte
en
1854. Ce fut aussi le cas pour les albums d'Henri Cammas,
qui viennent de battre des records de prix lors des dernières
enchères à Paris, ou ceux d'Aymard de Banville.
à gauche : John. B. Greene,
Louqsor, Sculptures historiques du Pylône.
Massif de gauche
, 1854, épreuve sur papier salé virée à l'or d'après
négatif papier, tirée de l'album
Sculptures et inscriptions égyptiennes
,
n° 75, 30,4 x 23,4 cm (Bibliothèque de l'Institut, Rés. Fol. Z 129C).
Photo David Bordes.
Ci-dessus : Non identifié,
Retour du bal costumé
, (mention autographe
de Gustave Schlumberger sur la page de l'album), épreuve aucaustiquée
sur papier albuminé, 20,4 x 16,7 cm (Bibliothèque de l'Institut,
Schlumberger).
Photo David Bordes.
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