Hiver_2011 - page 14-15

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publièrent à partir de 1854 plusieurs ouvrages conservés
à la Bibliothèque de l'Institut sous le titre:
Reproductions
photographiques des plus beaux types d'architecture et de
sculpture d'après les monuments les plus remarquables de
l'Antiquité, du Moyen Age et de la Renaissance exécutés
par MM Bisson frères, sous la direction de MM Duban, De
Gisors, Labrouste, Lassus, Lefuel, Vaudoyer, Viollet Le Duc
etc. : cent soixante-treize images d'édifices religieux ou civils,
parfois royaux, principalement français mais aussi belges,
suisses, italiens ou allemands
 ». C'est également cette mis-
sion qui fut un peu à l'origine de collections comme celle du
duc d'Aumale, conservée au Musée Condé à Chantilly, celle
d'Adolphe Thiers ou celle d'Auguste Ehrard, photographe
de l'urbanisme haussmannien.
D'autres fonds conservés à la Bibliothèque de l'Institut se
sont construits autour du portrait : portraits d'académiciens,
de personnalités du monde des arts, de l'écriture voire de
la politique. Le fonds constitué par le vicomte bruxellois
Charles Spœlberch de Lovenjoul autour des écrivains
(essentiellement Balzac, Gautier, Sand...) recense mille cinq
cent manuscrits, quarante mille imprimés, neuf cents titres
de périodiques et trois cent soixante photographies.
La bibliothèque conserve également treize albums regrou-
pant des informations sur les académiciens et des vignettes
où ils posent pour la promotion de la marque Félix Potin
dans le célèbre format (95 x 60 mm) inventé par André
Adolphe Eugène Disdéri.
Bien que les photographies de guerre de Roger Fenton
soient conservées au Musée Condé à Chantilly, la Bibliothèque
de l'Institut n'en contient pas moins des photographies garan-
tes des évènements et de l'actualité de cette seconde moitié
du XIX
e
et de la Première Guerre mondiale.
On trouve ainsi le fonds Maxime Du Camp avec
L'expédition des Deux-Siciles
paru en 1861. Le fonds
Adolphe Thiers relatant la guerre de 1870-1871 et la
Commune de Paris. Et les tirages photographiques réali-
sés par la section photographique de l'armée ouverte au
printemps 1915, dans le but de contrôler la production
et la diffusion des photographies prises sur le front et de
constituer des archives historiques.
Chef d'œuvre à Chantilly, la photographie de paysage,
considérée comme un genre mineur réservé aux amateurs,
est peu présente au sein de la Bibliothèque de l'Institut. À
l'exception des fameuses
Promenades poétiques et daguer-
riennes. Bellevue, avec sept vues au daguerréotype
d'Auguste
D
ossier
Martin, édité en 1850 et constituant peut-être un des tout
premiers livres illustrés par la photographie.
La Bibliothèque possède également des collections réalisées
par des particuliers éclairés comme Gustave Schlumberger
qui, en 1929, légua à l'Institut de France trente-cinq recueils.
Considéré comme un des premiers collectionneurs, sa quête,
remontant aux origines, comprenait quelque cinq mille tira-
ges, des portraits et des vues prises sur les cinq continents.
En dehors de la riche collection du Musée Condé à
Chantilly que nous décrivons en annexe, quelques autres
lieux rattachés à l'Institut de France conservent également
des fonds photographiques.
Tel est le cas des vues des Pyrénées prises par le comte
Joseph Vigier durant l'été 1853 et déposées par la Fondation
Dosne-Thiers au Musée d'Orsay en 1983.
Tel est le cas également des autochromes du jardin de
Claude Monet à Giverny, réalisés dans les premières années
du XX
e
siècle et conservés au Musée Marmottan-Monet.
Enfin, le banquier Jacques Siegfried, en léguant à l'Institut
de France le château de Langeais en 1904, léguait en même
temps un beau fonds photographique conservé dans la biblio-
thèque de son bureau. Trois cent cinquante tirages rassemblés
en sept albums dédiés respectivement à l'Italie, à l'Egypte, à
l'Inde anglaise, à la Chine et au Japon, à la Grèce et à la Terre
Sainte, et à Singapour, Java, Saïgon et Yokohama.
Ce rapide survol montre la richesse des collections photo-
graphiques conservées dans la Bibliothèque de l'Institut de
France et dans les lieux qui lui sont rattachés.
Il montre également l'ampleur du travail à accomplir pour
révéler toutes ses potentialités : recherches, indexations,
récolements...
Il montre également sa fragilité : protection d'incunables
atteignant une valeur inestimable, protection contre les atta-
ques du temps nécessitant une conservation préventive.
Il permet également de constater la relative stagnation des
apports significatifs à partir du début du vingtième siècle.
Il pose enfin la question de la numérisation des photogra-
phies et de ses conditions de réalisation ainsi que celle du
stockage des données. Cela implique donc la nécessité de
s'entourer d'un comité scientifique compétent.
u
Références et sources :
Madame Mireille Pastoureau, Conservateur général,
directeur de la bibliothèque de l'Institut de France.
Institut de France / Actes Sud
Textes de Laurence Desroy-Hamouda, Catherine Dalarun-Mitrovista,
Nicole Garnier-Pelle.
1)
Éclats d'Histoire
, Actes Sud / Institut de France, achevé d'imprimer
fin 2003, présentation et contributions par Anne Cartier-Bresson,
Laurence Desroy-Hamouda et Catherine Dalarun-Mitrvitsa.
2) Contributions de Hélène Carrère d'Encausse, Jean Leclant,
Jean Dercourt, Arnaud d'Hauterives, Jean Cluzel, Jean-Pierre Babelon,
Pierre Léna, membres de l'Institut de France. Ainsi que Nicole Granier-
Pelle (musée Condé de Chantilly) Françoise Heilbrun (musée d'Orsay)
Isabelle-Cécile Lemée (Centre des monuments nationaux) Paul-Louis
Roubert (Président de la Société française de Photographie).
Néanmoins, si importantes soient-elles, ces missions
et ces explorations à l'étranger demeurent postérieures
à la mission diligentée sur notre territoire pour recenser
le patrimoine architectural. En effet, dès 1834, Prosper
Mérimée, nommé inspecteur des Monuments historiques,
en imaginait le recensement. Lors de la révélation au monde
de la photographie en 1839, Arago envisageait déjà son
application à ce recensement : « ... d'un seul coup d'œil,
chacun apercevra alors l'immense rôle que les procédés
photographiques sont destinés à jouer dans cette grande
entreprise nationale... »
La mission héliographique fut la première commande de
l'État et la Bibliothèque de l'Institut conserve les résultats
de cette mission, mise en place en 1851. On trouve ainsi les
lithographies des négatifs d'Henri Le Secq, réalisées par
Lemercier, Lerebours, Barreswill et Davanne.
La Mission composée des cinq photographes (Edouard
Baldus, Hippolyte Bayard, Gustave Le Gray, Auguste
Mestral et Henri Le Secq) eut également l'intérêt de sensi-
biliser l'opinion au patrimoine architectural et de favoriser
des vocations. C'est ainsi que « La maison Bisson frères »
commença à pratiquer la photographie d'architecture à
partir de 1852. Sans commande officielle ni subvention, ils
à droite : Nadar,
George Sand
, vers 1864, épreuve sur papier albuminé, avec traces de retouches à l'encre,
timbre sec du photographe sur le carton de montage, 24,7 x 19,3 cm (Bibliothèque de l'Institut, Lovenjoul).
Photo David Bordes.
Ci-dessous : Louis Ducos du Hauron,
Vue prise d'une lucarne de ma maison, Agen
, 1874, héliochromie,
9,5 x 11,7 cm (Archives de l'Académie des Sciences).
Photo David Bordes.
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