Hiver_2012 - page 12-13

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L’œuvre d’art, une notion obsolète ?
« Je suis né dans une société où ce qu’était une œuvre d’art semblait admis sans problème par tous. Elle
se définissait selon quatre ou cinq critères sur lesquels régnait un apparent consensus. Tout d’abord
l’œuvre d’art ne servait à rien, sinon à donner un plaisir de la’imaginaire chez son auteur comme parmi
son public. C’était un jeu, mais un jeu réputé supérieur par sa richesse symbolique.
En second lieu, l’œuvre d’art procédait d’une compétence exceptionnelle. L’artiste se distinguait des
autres ouvriers par une virtuosité rare, à laquelle peu pouvaient accéder, et qui nécessitait une formation
difficile. Son travail ne pouvait en aucun cas être confondu avec une production de la nature due au
hasard.
L’œuvre d’art s’évaluait selon son originalité. Elle devait surprendre au point d’infléchir les goûts, de
modifier la sensibilité et même le cours de l’histoire. Baudelaire a écrit : « Le beau est toujours bizarre »,
et « créer un poncif, voilà le génie ». L’œuvre d’art était une sorte de message inattendu, mais qui finissait
par atteindre tout le monde. » [Extrait]
François-Bernard Mâche
,
membre de la section de Composition musicale
Une journée
à l’Académie des Beaux-Arts
D
ossier
Le projet est né de la commission des Débats et Travaux,
animée par le Professeur François-Bernard Michel qui réunit
tous les mois, ses confrères membres et correspondants de
l’Académie des Beaux-Arts pour débattre de sujets artistiques
en relation avec l’actualité.
Les travaux de l’année ont porté sur la place et le rôle joués par
l’Académie des Beaux-Arts sur la scène artistique nationale.
Les participants ont manifesté activement une volonté de
dialogue et d’échange avec l’extérieur.
Initiée par le Professeur Michel, cette journée de débats ouverte
au public était relayée par Canal Académie, 
Connaissance des
Arts
 et Radio Classique, tous partenaires de l’événement.
Le matin était consacré à la présentation des membres des
huit sections, « L’Académie des Beaux-Arts se présente », par
Lydia Harambourg et Robert Werner, correspondants. L’après-
midi était animé par Guy Boyer, directeur de la rédaction de
Connaissance des Arts
. Sur le thème « l’Académie des Beaux-
Arts et la création aujourd’hui » sont intervenus Claude Abeille,
François-Bernard Mâche, Pierre Carron, François Chaslin
et Bernard Perrine. Cette jounée, inédite dans son principe,
devrait faire date dans l’histoire de l’Académie des Beaux-Arts.
À gauche : le décor authentique de la Salle des
séances de l'Institut de France.
Photo CmPezon
Ci-contre : Alberto Giacometti (1901-1966),
Homme qui marche I
, 1947, bronze.
Photo DR
Pérennité de la sculpture :
l’homme qui marche !
« Je me suis trouvé au début de mon travail devant le choix
à faire entre un art qui continuerait à essayer de rendre
compte de la présence physique charnelle de l’homme et
un autre art qui revendiquant une absolue liberté tentait
de prolonger les découvertes de l’abstraction faites avant la
guerre, celles de Kandinski, Mondrian et d’autres artistes. Je
me souviens encore par exemple des expositions organisées
par la galerie Denise René et de l’admiration que j’éprouvais
pour beaucoup des œuvres exposées.
Mais d’un autre côté, j’étais conscient de ce que peut avoir
d’arbitraire cette débauche de manipulations du langage
plastique, à l’image des mouvements littéraires comme le
structuralisme et autres remises en question de la langue qui
finalement, mettaient entre parenthèse la question pourtant
essentielle du sens.
En contrepartie je voyais bien la réalité bien présente
de l’œuvre de sculpteurs comme Giacometti, Germaine
Richier, Robert Couturier, qui n’ignorant rien des combats
esthétiques du moment affirmaient avec force la pérennité
de la sculpture. J’avais à l’esprit la réponse de Giacometti à
André Breton qui lui avait demandé : « Que faites-vous en
ce moment ? » Giacometti : « Je fais des têtes. »
André Breton : « Mais tout le monde sait ce que c’est qu’une
tête ! »
Giacometti : « Moi je ne sais pas ! »
Ce qui voulait dire : Qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que
la nature ? Qui sommes-nous au juste ? La peinture et la
sculpture sont des langages indissolublement liés au mystère
de la réalité. » [Extrait]
Claude Abeille
, membre de la section de Sculpture
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