Hiver_2012 - page 16-17

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dédié à Marianne Stein - 15 minutes en 6 mouvements dans
lesquels le silence joue un rôle fondamental. Kurtág passe
l’essentiel des décennies suivantes à Budapest, d’abord
comme répétiteur, puis comme professeur à l’Académie de
musique Franz-Liszt : il y enseigne le piano et la musique de
chambre, et non la composition. La pédagogie joue un rôle
capital dans sa vie : non seulement il est un professeur doté
d’une capacité d’inspiration prodigieuse, mais il est animé
par le souci constant de transmettre lui-même ses œuvres
à ses interprètes, quitte à les modifier si besoin est ; depuis
1974, il poursuit aussi la composition de pièces pour piano,
notamment les 8 volumes de
Játékok
(
Jeux
), créés à l’origine
comme instrument pédagogique pour faire découvrir le
piano aux enfants.
Pendant ce temps, sa musique reste très peu connue aussi
bien en Hongrie qu’à l’étranger. Ce n’est qu’en 1981 que les
Messages de feu Demoiselle Troussova
, envoyés au comité de
lecture de l’Ensemble intercontemporain, attirent l’attention
de Pierre Boulez, stupéfait de découvrir cette musique
magnifique d’un compositeur de sa génération dont il ne
connaissait pas encore le nom. Il décide d’en programmer
la création, c’est un triomphe. Depuis lors, Kurtág devient
un compositeur de renom international : le Festival de
Salzbourg lui consacre ainsi des séries de concerts en 1993
et 2004 ; de 1993 à 1995, il est compositeur en résidence
auprès de l’orchestre philharmonique de Berlin et de son
chef Claudio Abbado, pour lequel il écrit une de ses rares
C
haque année, la Fondation Simone et Cino del
Duca, sur proposition de l’Académie des Beaux-Arts,
décerne trois grands prix de consécration à un peintre,
un sculpteur et un compositeur pour l’ensemble de leur
œuvre, ainsi que des prix de Musique à de jeunes musiciens.
Sous l’égide de l’Institut de France depuis janvier 2005, la
Fondation poursuit fidèlement l’action de Simone del Duca,
correspondant de l’Académie des Beaux-Arts décédée en
2004, en conduisant d’importantes actions de mécénat dans
le domaine des arts, des sciences et des lettres.
Le
Prix de Peinture 2012
est décerné à
Antonio
Segui
, né en 1934 à Córdoba en Argentine. Il arrive en
France en 1951 pour étudier la peinture et la sculpture.
En 1952, il part aussi étudier en Espagne. En 1957, il fait
sa première exposition individuelle en Argentine. En 1958,
il effectue un long voyage dans toute l’Amérique du Sud et
l’Amérique centrale, avant de s’installer au Mexique, où il
étudie les techniques de la gravure. En 1961, il retourne
travailler en Argentine, avant de s’installer définitivement à
Paris en 1963.
Au début de sa carrière, influencé par des artistes comme
George Grosz ou Otto Dix, il pratique une figuration expres-
sionniste empreinte d’ironie, qui peu à peu évolue vers
l’absurde, construisant une sorte de théâtre sur la scène
duquel s’ébat un homme en mouvement recherchant sa
place dans le monde. La facétie et l’humour supplantant
l’angoisse existentielle, il tente d’orchestrer à sa façon les
espoirs et les folies d’une comédie humaine, ironique,
faussement naïve et inquiétante. Il est bientôt interdit
de séjour par la dictature argentine, mais chacune de ses
œuvres porte en elle les images de son pays natal. Utilisant
le fusain, le pastel, le crayon ou la plume, il fait vivre sur un
fond d’agitation urbaine, un monde coloré et graphique qui
semble surgir de l’univers de la bande dessinée.
Le
Prix de Sculpture 2012
est
décerné à
Jean
Anguera
, né en 1953 à Paris. Il s’oriente d’abord vers des
études d’architecture qu’il poursuit jusqu’en 1978. Entre-
temps, il fréquente l’atelier du sculpteur César à l’ENSBA.
Il est aussi marqué par l’enseignement de Jacques Bosson,
architecte et scénographe, et les cours de Jacques Lecoq et
Gérard Koch.
Les sculptures de Jean Anguera émergent de la surface
plane du lieu où elles sont exposées, mer ou plaine méta-
phorique, comme un archipel d’îles, de récifs et d’écueils
ou plutôt comme un ensemble de collines isolées, de massifs
plus ou moins abrupts, paysages imaginaires la plupart du
temps anthropomorphes. Résultant d’un long procédé de
fabrication, de maturation, ses sculptures sont mystérieuses,
hermétiques ; elles n’énoncent rien, elles suggèrent. Leur
texture extrêmement travaillée, striée, comme érodée,
due à un matériau de traduction, la résine polyester, qui
paradoxalement rappelle la pierre, l’ardoise, le schiste, cette
texture donc crée souvent comme un voile, une écorce,
une peau qui enveloppent de mystère des formes massives,
naturellement inventées. Les titres, très important dans
l’œuvre de Jean Anguera, autant penseur que sculpteur,
donnent une direction, une piste de lecture, un premier sens
à ses œuvres mais ils n’épuisent pas toute la signification ni
surtout l’émotion, la sensualité d’une œuvre polysémique,
ambiguë, minérale et charnelle.
Le
Prix de Composition musicale 2012
est décerné à
György Kurtág
, compositeur hongrois né en 1926 à Lugoj.
C’est à Budapest, dès la fin de la guerre, qu’il fait ses études
musicales, dans un conservatoire profondément marqué par
Les Prix de la fondation
Simone et Cino del Duca
Au cours de la Séance publique annuelle
de l’Académie sont remis plus de
cinquante prix qui récompensent des
artistes de toutes les disciplines et des
auteurs d’ouvrages consacrés à l’art.
A ces prix prestigieux s’ajoutent des
aides personnalisées attribuées à
des artistes sur critères sociaux.
L’Académie accompagne ainsi chaque
année plus de cent artistes dans leur
démarche de création, leur fournissant
un revenu complémentaire et les aidant
à se lancer dans leur carrière.
Retour sur les principaux Prix décernés
par l’Académie des Beaux-Arts en 2012.
&
Prix
concours
2012
la figure de son grand compatriote Béla Bartók, alors en exil
aux États-Unis (où il meurt en 1945) : il y rencontre notam-
ment sa femme, Márta, pianiste, et fait la connaissance
d’un autre jeune compositeur, György Ligeti. Parmi ses
professeurs, on peut citer Sándor Veress ou Ferenc Farkas.
Les premières années du régime communiste hongrois
sont marquées par une grande fermeture aux influences
occidentales, notamment dans le domaine musical ; Kurtág
compose alors très peu, d’autant qu’il ne se sent pas de
taille à affronter les grands modèles que sont pour lui
Bartók et Anton Webern, dont il recopie toute l’œuvre
pour s’en imprégner. Le moment fondateur de son œuvre
sera la bourse d’études qui lui est accordée en 1957/1958 :
il passe un an à Paris, où il n’ose pas se présenter devant
Pierre Boulez, qui domine la scène contemporaine, faute
de pouvoir lui présenter une œuvre qui le satisfasse. Il
rencontre à cette occasion la psychologue Marianne Stein,
qui libère sa capacité créatrice en l’encourageant à se
concentrer sur des formes courtes : la première œuvre
écrite à son retour à Budapest est le
Quatuor à cordes op. 1
,
œuvres pour grand orchestre,
Stele
. La Cité de la musique
à Paris ou le Konzerthaus de Vienne l’accueillent pour
d’autres résidences.
Membre de l’Académie des arts de Berlin depuis 1971,
György Kurtág vit actuellement dans la région de Bordeaux.
En 2011, le nouveau directeur du Festival de Salzbourg
Alexander Pereira lui commande un opéra, sur un texte
de Samuel Beckett, qui sera créé lors de l’édition 2013 du
Festival. De nombreux prix prestigieux, hongrois et étran-
gers, l’ont récompensé. En 2006, l’Université de Louisville
dans le Kentucky lui a décerné le « Grawemeyer Award in
Music Composition », pour
Concertante op. 42
pour violon,
alto et orchestre.
Les
Prix de musique
2012 sont partagés entre
Georges
Bériachvili
,
Thomas Lacôte
,
Diego Tosi
et
Karen
Wierzba
.
u
En haut : les compositeurs Laurent Petitgirard et
François-Bernard Mâche entourent les jeunes musiciens lauréats
des Prix de Musique de la Fondation Simone et Cino Del Duca, Thomas
Lacôte, Diego Tosi et Georges Bériachvili.
Photo Juliette Agnel
À gauche : le peintre Antonio Segui (
Photo Mariano Garate)
,
le compositeur György Kurtág (
Photo DR)
et le
peintre Jean Anguera (
Photo Haris Yiakoumis)
.
P
rix & concours
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