Printemps 2006 - page 6

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Dossier
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endant des siècles, l’outil et le lieu de travail du scien-
tifique et ceux de l’artiste n’avaient strictement rien
de commun. Pourtant la recherche artistique était, on
le savait depuis Michel Ange, “una cosa mentale” tout comme
la recherche scientifique, l’invention et la création faisant
travailler les mêmes neurones…
Les nouvelles technologies ont changé la donne, et mettent
en évidence la proximité des artistes et des scientifiques,
chacun cherchant dans son propre champ à créer et à décou-
vrir des entités qui n’existent pas encore... De part et d’autre
de la rue Erasme, l’Ecole Normale Supérieure
et l’Ecole Nationale Supérieure des Arts
Décoratifs, toutes deux rue d’Ulm, les contextes
se sont harmonisés. Chez nous à l’ENSAD, un
ordinateur (une “machine”) pour deux étudiants
(sans compter les portables), tout comme en
face, sans doute. Des salles à peu près sembla-
bles équipées des mêmes distributeurs de fluides
ou de
wi-fi
!
De même, entre les différentes pratiques artis-
tiques enseignées à l’école, les barrières sont tombées. L’élève
du secteur vidéo comme celui du secteur textile ou du secteur
mobilier ont à la base le même outil : l’ordinateur ; l’un est
branché sur un moniteur, l’autre sur une machine à tisser,
l’autre sur la scie en trois dimensions ! Et les apprentissages
liés à nos onze secteurs (Animation, Architecture intérieure,
Art/espace, Design graphique/multimédia, Design objet,
Image imprimée, Photographie, Scénographie, Textile,
Vêtement, Vidéographie) passent avant toute chose par la
pratique de logiciels adaptés aux différentes disciplines,
parfois les mêmes d’un champ à un autre.
Le numérique et l’art ont désormais partie liée, font bon
ménage, et même parfois fusionnent tant il est vrai que les
recherches artistiques les plus novatrices actuellement jouent
avec ces machines, les possibilités phénoménales qu’elles
offrent, parmi lesquelles l’interactivité, qui fait l’objet d’un
post-diplôme à l’ENSAD (ARI, Atelier de Recherches
Interactives, un des premier à s’occuper de ce sujet et qui
a produit dans nos murs l’année dernière une exposition d’en-
vergure : “Jouable” qui a beaucoup surpris les visiteurs - et
n’est-ce pas ce qu’on attend de l’art : nous étonner encore et
toujours, malgré les années et les siècles qui
passent, qui pourraient nous faire croire que
l’homme a déjà tout dit, tout fait, tout inventé ?).
Art et numérique, sont donc maintenant indis-
sociables dans nos murs. Mais notre école (créée
sous Louis XV par l’artiste Bachelier) ne s’ap-
pelait-elle pas déjà à l’origine : Ecole gratuite
de dessin et de mathématiques ? L’informatique
n’a-t-elle pas réintroduit à point nommé des
considérations logiques, rationnelles et techno-
logiques, parfois mises à mal par certaines pratiques “débri-
dées” de l’art ?
En dehors de tous les élèves formés par notre école qui se
sont fait remarquer dans les filières du design ou des
industries culturelles, on peut constater que les artistes formés
à l’ENSAD et qui accèdent actuellement aux meilleures
places de la scène artistique internationale - Claude Closky
(prix Marcel Duchamp 2006), Xavier Veilhan (Exposition au
Centre Pompidou en 2005) Pierre Bismuth (Biennale de
Venise) ou Pierre Huygue (Pavillon français à la Biennale de
Venise et Exposition actuelle au Musée d’art moderne de
la ville de Paris) - maîtrisent au plus haut point la pluridisci-
plinarité, passant de la sculpture au dessin animé, du texte
au film, de l’installation à la photographie, etc., en utilisant
pour chaque projet la technique la plus apte à mettre en
œuvre leurs idées, leurs concepts, leurs sensations, et
in fine
,
leur conception du monde.
Cette interdisciplinarité ou pluridisciplinarité très repré-
sentative de l’art d’aujourd’hui n’aurait sûrement pas vu le
jour si l’outil informatique n’était entré en force et depuis
plus de dix ans dans les écoles d’art, et singulièrement dans
la nôtre qui a été et demeure pionnière en la matière, boule-
versant l’apprentissage et l’enseignement de l’art, mais aussi
et surtout la nature même des œuvres produites par les
artistes eux-mêmes.
L’outil numérique à l’Ecole Nationale
Supérieure des Arts décoratifs
Par Patrick Raynaud, Artiste plasticien, Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs,
Ministère de la Culture.
Le numérique
et l’art ont
désormais partie liée,
font bon ménage,
et même parfois
fusionnent...”
Vues de l’exposition
Jouable
produite dans le cadre de l’ARI,
Atelier de Recherches Interactives.
Cet atelier fait l’objet d’un post-diplôme
à l’ENSAD.
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