Printemps 2007 - page 11

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Q
uel est l’état de santé de l’opéra en ce début du XXI
e
siècle ? Paradoxalement deux visions presque oppo-
sées se remarquent :
1) une très bonne santé des grandes scènes internationales.
2) un problème récurrent pour la création lyrique et la
carrière des compositeurs.
Le bon état du premier vient essentiellement de la média-
tisation qui entame toutes productions nouvelles des
grandes scènes.
En tout premier lieu vient la présentation scénique, la
place accordée aux metteurs en scène – la toute première –
avant que soit consulté le chef d’orchestre qui
devrait pourtant être le principal meneur de
jeu d’une nouvelle présentation. Le choc
surprenant d’une nouvelle vision est le but
principal d’un metteur en scène, s’opposant
évidemment à une tradition scénique qui était
avec les ans devenue surannée, ce qui est une
bonne chose à la condition de ne pas tourner le
dos à la vie primordiale d’une œuvre, c’est-à-
dire à la conception première du compositeur.
J’entends bien que la transposition d’époque
est possible et souvent souhaitable, mais il convient dans ce
cas là qu’un lien existe sur le plan social par des présentations
fondamentales du cadre de vie. Le compositeur au début
de son travail place une situation donnée dans un cadre
humain qui de ce fait devient intemporel.
La profondeur d’un sentiment qui propulse une action est
hors du temps tant les actions dramatiques sont fortes et
dominantes. Cela est si important que si l’on se place cette
fois au niveau du spectateur, on s’aperçoit que ce dernier
souhaite avant tout qu’une tranche de vie lui soit offerte.
Sans quoi, quelle serait l’utilité d’un théâtre lyrique ?
Certains ouvrages (dont les plus importants musicalement)
donnent bien plus à penser lors d’une audition discogra-
phique ou radiophonique que lors d’une vision qui très
souvent gêne le déroulement de la pure pensée musicale.
Nous avons tous, je pense, dans nos souvenirs, des auditions
d’œuvres lyriques qui nous ont semblé bien au-delà d’une
vision théâtrale, tant est grand le pouvoir de l’imagination et
la plénitude de la satisfaction musicale ressentie dans sa
propre intimité.
Ne va-t-on pas jusqu’à faire dire à un metteur en scène
fort connu : “Je vais réinventer Mozart” !
Pour ma part, j’ai toujours considéré que la musique
était présente avant toute chose et ce genre de propos ne
peut qu’irriter un compositeur.
L’opéra aujourd’hui
Par
Charles Chaynes
, membre de la section de composition musicale
Mais comment vont et que pensent les compositeurs en ce
début de siècle ? La deuxième moitié du XX
e
siècle a été un
moment néfaste pour la création et surtout la diffusion. Il
était de bon ton dans la période d’après-guerre, parmi les
nouvelles générations, de se détourner du théâtre lyrique.
Le renouveau pour l’appétit de création est venu par le
théâtre musical soutenu fortement par Radio France et le
festival d’Avignon, qui ont œuvré en commun pendant ces
années de renouveau. Il s’agissait là de vision théâtralisée de
la musique et de sa vie transposée à la scène.
La place de l’opéra revenait dans l’esprit d’une génération
de créateurs. Pour ma part, étant à ce jour auteur de cinq
opéras, c’est au début des années 1980 que ce
désir d’écrire (irrésistible), se manifesta.
Lequel désir ne m’a pas quitté depuis. Je dois
avouer que l’envie d’écrire un opéra existait
depuis de nombreuses années, mon atavisme
musical ayant joué un grand rôle. Mais, les
circonstances de ma vie professionnelle me
faisaient toujours repousser ces projets.
Me voici donc à la tête de cinq ouvrages dont
le premier,
Erszebet
créé au Palais Garnier en
1983 marqua, je crois, cette reprise des respon-
sables de scènes lyriques dans leur goût pour le théâtre
contemporain. La mise en scène de Michael Lonsdale
apporta beaucoup à mon opéra, et d’ailleurs le deuxième,
Noces de Sang
fut également réalisé avec ce même Michael
Lonsdale. Ce furent deux grands moments de collaboration ;
comme également
Jocaste
à l’Opéra de Rouen avec Marc
Adam et surtout
Cecilia
créé à Monte Carlo avec Jorge
Lavelli et rejoué depuis quatorze fois ! Ainsi que vous le
voyez, je n’ai eu que de bons rapports avec mes metteurs en
scène et je pense que cela va continuer à l’Opéra de Metz
en 2007.
Je n’ai eu qu’à me louer également de mon travail avec
mon librettiste pour deux opéras, Eduardo Manet, ayant le
sens inné de la valeur du texte lyrico-théâtral.
Pour conclure, après mes inquiétudes de départ, j’espère
que l’évolution des ententes entre compositeurs vivants et
metteurs en scène continuera à faire progresser cet art si
complet et si passionnant que doit être l’opéra aujourd’hui.
u
Page de gauche : Charles Chaynes, Christiane Eda-Pierre,
Michael Lonsdale et Jean-Pierre Capeyron à l’issue d’une représentation
de
Erszebet
. Opéra de Paris - Palais-Garnier, 1983.
Photo Colette Masson.
Il était de bon ton
dans la période
d’après-guerre,
parmi les nouvelles
générations, de
se détourner du
théâtre lyrique.”
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