Printemps 2007 - page 3

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Dossier
Quand sortit sur les écrans l’adaptation cinématographique de
Boris
Godounov
, l’affiche ne mentionnait que trois noms : ceux du
producteur (Toscan du Plantier), du metteur en scène (Zulawski), et du
chef d’orchestre (Rostropovitch). Le nom de Moussorgski avait été tout
bonnement “oublié”. L’image est certes caricaturale ; elle n’est pas
moins révélatrice d’une tendance certaine qui s’est manifestée
parallèlement au regain d’attrait pour le spectacle d’opéra, où les
grands titres du répertoire se trouvent “revisités” au prisme
d’interprètes et de metteurs en scène dont la renommée suffit au succès
du spectacle, l’intégrité de l’œuvre musicale dût-elle en pâtir.
La relecture à l’aune de l’originalité et de la modernité à tout prix a
trop souvent débouché sur les “malversations scéniques” que dénonce
ci-après Rachel Yakar.
Pourtant, et très paradoxalement, c’est parfois grâce à de semblables
perversions que le genre Opéra a reconquis droit de cité, jetant
définitivement aux oubliettes les oripeaux poussiéreux de l’époque où
Malraux le qualifiait de “divertissement pour concierges”.
Mais il s’est opéré entre-temps une mutation essentielle, sous la
bannière du “théâtre musical”, laquelle, exploitant les
expérimentations sonores des “dramatiques radiophoniques”, ouvrit un
espace nouveau au spectacle lyrique que l’on croyait définitivement
figé dans ses conventions d’antan. Avignon fut le lieu d’élection de ce
décapage fondamental du genre, où s’illustrèrent des créateurs aussi
divers qu’Aperghis, Arrigo, Mâche, Malec, Ohana, Prey...
A partir de cette approche nouvelle qui détermina une cohésion plus
étroite entre les différents créateurs du spectacle, compositeur,
librettiste, scénographe, décorateur, costumier, s’est amorcé un retour
vers le théâtre lyrique comme lieu idéal de fusion entre toutes les
formes d’expression artistique, bénéficiant en outre des possibilités
élargies de la technologie scénique en matière d’image et de son.
On assiste, en quelque sorte, à la concrétisation du spectacle total
qu’avait rêvé Diaghilev dans les années vingt du siècle passé.
Mais plus profondément, ce “besoin d’opéra” répondait aussi chez les
compositeurs à un désir de communication plus direct, et pourquoi pas
universel, avec le public. Comme le souligne Pascal Dusapin,
“l’opéra est la forme idéale pour parler du monde”.
Edith Canat de Chizy,
membre de la section de Composition musicale
L’opéra
,
création contemporaine
La construction de l’Opéra de Pékin, conçu par l’architecte Paul Andreu,
également membre de l’Académie des Beaux-Arts.
Photo Paul Andreu
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