Printemps 2008 - page 11

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De l’image plane à l’image en creux
P
ar la ponction et l’emprunt d’image récurrente et
symptomatique, il s’agit de questionner la prolifération
de la production imprimée ; de faire glisser l’image du
champ de l’information vers le lieu de son ambiguïté ;
de rejouer par l’usage et l’usure d’une matrice le statut de
cette image imprimée.
Et pour ce faire :
Mêler et superposer les temps de l’image.
Manipuler les moyens de sa fabrication, dans leur
quotidienneté (le jet d’encre), dans leurs technicités
industrielles (la photogravure), dans ce qu’ils ont de
fondamental : le geste qui creuse et celui qui épargne.
Mettre en jeu cette suite de procédures et processus qui
toujours cachent et recréent l’image : ce va-et-vient
constant entre une image dévoilée à la surface du papier et
une image qui se dissout dans l’acide ; cette concordance
entre des moyens mécaniques et physico-chimiques, et les
fragilités, les défaillances du geste manuel…
Vincent Busson
L’eau-forte permet d’être à la fois
inventeur et artisan
A
la recherche de constructions minutieuses, je suis
entrée dans l’univers de l’eau-forte.
Graver est pour moi imaginer, réinventer la matière.
Lorsque je grave, j’aime cette forte intimité qui se crée
entre moi et la plaque. Je me sens travailler sur des choses
précieuses, sensibles et importantes, à la fois comme un
inventeur et un artisan.
Dans l’élaboration de mes gravures, ma manière de
procéder est structurée dans une durée de travail.
La gravure me cadre dans la construction de mes images.
Je travaille au rythme de cette discipline longue et
méthodique. Ce temps nécessaire à la réalisation de mes
plaques correspond à mon temps de réflexion, de rêveries...
La fabrication d’une gravure relève pour moi d’une forte
abstraction : on ne voit le résultat seulement qu’après
l’impression. La distance qui s’effectue entre l’acte de
graver et le moment d’imprimer me permet mentalement
et avec pudeur de m’éloigner du résultat.
En ayant le sentiment de travailler à des choses sérieuses
et maîtrisées, la gravure me joue parfois des tours...
Je me laisse alors surprendre par elle et déjoue son
caractère définitif. Ce sont ces paradoxes qui me portent
aussi dans la création de mes œuvres.
Muriel Moreau
Comprendre l’envers du trait
L
a gravure s’est imposée à moi comme une évidence,
un sillon obligatoire pour tracer mon chemin.
Mon travail commence dans l’atelier au milieu des
tarlatanes, des buvards, des griffonnages des papiers
tachés. Toutes ces choses forment un ensemble hétéroclite
qui nourrit mon imaginaire.
Graver, griffer, blesser, sont les actes qui décrivent
mon écriture.
Etre graveur, c’est aller chercher dans les entrailles du
métal le trait qui exprimera les mouvements de l’âme.
C’est voir l’image dans son intimité, dans sa profondeur.
C’est comprendre l’envers du trait, savoir sa force,
sa faiblesse. C’est savoir que chaque geste est sans retour.
Etre graveur aujourd’hui, c’est être moderne car la gravure
bien qu’ancestrale est inépuisable dans ses techniques.
A l’ère du résultat immédiat, la gravure implique des
étapes qui sont autant de moments pour trouver de
nouveaux espaces d’expression. Etre graveur n’est pas une
option, c’est un choix, un engagement.
Catherine Nesa
Une approche poétique du monde
R
épondre à la question “Pourquoi graver ?”, c’est
comprendre ce qui se joue lors de la confrontation du
graveur avec le cuivre. Dans les traces d’un dessin esquissé
sur la plaque, je trouve la liberté d’exalter une matière,
de révéler un gris, de donner plus d’énergie à une ligne...
Le cuivre est un partenaire très sensible et très exigeant,
il s’ouvre sous la poussée du burin pour la plus grande
délectation de l’artiste.
Outre ce rapport à la matière, l’acte de graver directement
induit un rapport au temps bien particulier. La lenteur du
processus permet une compréhension plus profonde du
dessin. Une sorte de vacuité s’installe dans laquelle je
trouve pacification et ressourcement. Ces instants de
profonde écoute sont vécus comme une approche poétique
du monde, au plus près de soi, avec le secret espoir
d’atteindre les autres.
Nathalie Grall
Paroles de graveurs
Dossier
René Quillivic, eau-forte
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