Printemps 2008 - page 14

27
26
A Albert Féraud
Le monde de la mémoire est heureusement sans
limites et le temps n’a pas non plus de prise sur nos
souvenirs. Nous as-tu quittés tout récemment ou en un
temps lointain ? Ta présence est toujours là, par tes œuvres
bien sûr, mais aussi par ta personnalité dont la vitalité
marque toujours notre vie quotidienne.
Les premiers pas de notre rencontre se situent dans notre
chère Villa Médicis où nous avons vécu plusieurs années
d’affection profonde. Cette vie romaine était si pleine de
joies artistiques et de moments de vie, de détente et de
découverte commune d’une nouvelle existence. Comment
l’oublier alors que trône dans notre pavillon le magnifique
buste que tu fis d’Odette ? C’était alors ta période de
bronze et de pierre, que tu as quittée assez vite pour l’âge
du fer et de l’inox, dont César dit que tu as été le premier
à maîtriser les courbes, les surfaces et les volumes.
Tant de belles œuvres ont suivi, du monument du Général
Kœnig (porte Maillot) au plafond du RER à Saint-
Germain, à la belle sculpture réalisée pour le siège de la
SACEM à Neuilly, sans oublier les sculptures qui
marquent toujours ma vie ; la flèche de la porte d’or au
Plateau d’Assy, et ma préférence qui va à la monumentale
réalisation en hommage au physicien qui au XVIII
e
siècle
découvrit la gravitation de la lune, monument splendide
que je vois tous les ans à Bourg-en-Bresse sur la route de
mes vacances.
Tu le vois, si tu n’étais toujours là en notre cœur, tes œuvres
se chargeraient de marquer ta présence indélébile.
Charles Chaynes
, membre de la section de
Composition musicale
Florence Van der Kemp
Avec le départ de Florence Van der Kemp, c’est en
effet un chapitre de l’histoire de Giverny qui se
tourne. Et quel chapitre ! Celui de sa renaissance. Ce
Giverny qui se trouvait en 1976 entièrement à l’abandon et
que Gérald et Florence s’appliquèrent, méthodiquement, à
ressusciter selon l’esprit de Claude Monet ; ce Giverny
délabré, dont le jardin, œuvre adorée de son créateur, avait
disparu, envahi par les herbes folles, et qui est aujourd’hui
un des fleurons du patrimoine français et l’un des lieux les
plus visités au monde.
Au nom de toute l’Académie des Beaux-Arts, je salue et
exprime notre profonde gratitude à notre chère
correspondante, à celle qui, de la splendeur de Versailles à
l’intimité de Giverny, consacra sa vie, son talent et son
énergie à la sauvegarde et à l’enrichissement du patrimoine
français et à la poursuite d’une certaine idée de la beauté.
Car c’est bien l’idée que je conserverai de Florence, cette
quête perpétuelle de la beauté ; et cette impression rend ma
tristesse aujourd’hui plus légère face au souvenir de celle
qui restera pour moi l’incarnation de l’énergie, de la
drôlerie, de l’élégance, du charme, de celle qui réussit,
grâce à son optimisme, son talent et son opiniâtreté à faire
de sa vie une magnifique promenade au service de la
beauté. Ce n’est pas donné à tout le monde.
Quelle consolation également de penser que cette beauté
est vivante, que le flambeau transmis par Gérald à Florence
ne s’éteindra plus, grâce à toutes les énergies que ce couple
hors du commun sut réunir et fédérer.
Tous ceux qui les ont connus savent que Gérald et Florence
formaient plus qu’un couple, qu’ils constituaient une véritable
association au sein de laquelle chacun apportait à l’autre les
conditions de son propre épanouissement, de son propre
rayonnement. Tout ce qu’ils firent, ils le pensèrent ensemble,
soudés par cette même passion qui les rapprocha et que
chacun sut faire grandir aux côtés de l’autre. Comment ne pas
sourire, comment ne pas être ému aujourd’hui par la poésie
de leur ultime réunion, à deux pas de ce qui fut leur dernière
œuvre et qui devait être, aussi, leur dernier refuge ?
Bientôt le printemps, comme chaque année, apportera au
jardin de Giverny sa brassée de fleurs nouvelles qui
éblouira, après tant d’autres, l’énième visiteur de la maison
de Claude Monet. J’ai plaisir à penser que ce sera grâce à
une grande dame qui, éprise de beauté, eut la bonne idée de
traverser un océan pour venir cultiver un jardin dans un
petit coin de Normandie. Dans chacune des fleurs de ce
jardin, je verrai désormais le sourire de Florence.
Arnaud d’Hauterives
, Secrétaire perpétuel
Elections
Au cours de sa séance plénière du 21 novembre,
l’Académie des Beaux-Arts a procédé à
l’élection de trois nouveaux membres associés
étrangers : les mécènes Karim Aga Khan et
La Cheikha Mozah, et l’architecte britannique
Sir Norman Foster.
Le Prince Karim Aga Khan IV
, Imam des Ismaïlis,
dirige l’Aga Khan Development Network, un groupe
d’institutions qu’il a fondé afin de contribuer à l’essor
des pays en voie de développement. En 1977, est créé
le Prix Aga Khan d’Architecture qui récompense les
projets architecturaux des sociétés musulmanes. Depuis
2005, l’Aga Khan s’est engagé dans la rénovation du
domaine de Chantilly, propriété de l’Institut de France,
par l’intermédiaire de la Fondation pour la sauvegarde
et le développement du Domaine de Chantilly.
La Cheikha Mozah Bint Nasser Al-Missned
,
épouse de l'Emir du Qatar, œuvre en faveur du peuple
du Qatar notamment dans les domaines de la famille, de
l'éducation, de la science et de la santé. La Cheikha
Mozah apporte également son soutien sur la scène
internationale à des projets de développement.
Sir Norman Foster
fonde en 1963 le cabinet Team
4, avec Richard Rogers et leurs épouses respectives,
Wendy Cheesman Foster et Su Rogers. Le projet des
usines Reliance, situées à Swindon, leur permet de
poser les bases de l'architecture dite “High tech”, qui
sera par la suite la marque de fabrique de Foster et
Rogers. À partir de 1968, le cabinet Foster Associates,
aujourd'hui rebaptisé Foster and Partners, assiste
l'architecte visionnaire Richard Buckminster Fuller
dans ses travaux théoriques, dont le projet
d'Autonomous House. Auteur de nombreuses
réalisations dans le monde entier (la Hearst Tower de
New York achevée en 2006), Sir Norman Foster jouit
d’une réputation internationale indiscutée.
Fondation
Claude Monet
à Giverny
Suite au décès de Florence Van
der Kemp,
Hugues R. Gall
,
membre libre, a été élu à la direction de la Fondation
Claude Monet à Giverny.
Abbaye de La Prée
Rencontres Musicales autour de La Prée
Autour de La Grande Russie, sous la direction artistique
de Ludmila Berlinskaïa et Dominique de Williencourt.
Partenaire depuis 2002 de l'Académie des Beaux-Arts,
la résidence de La Prée a accueilli depuis 16 ans plus de
40 artistes de toutes disciplines pour des périodes d'une
ou deux années.
.
L’Académie des Beaux-Arts est endeuillée par la
récente disparition du sculpteur Albert Féraud,
élu en 1983, dont les œuvres monumentales ont
marqué l’époque, ainsi que par deux
correspondants, Florence Van der Kemp, qui
aux côtés de son époux Gérald Van der Kemp,
puis seule, a présidé, dans l’esprit de Claude
Monet, à la destinée du magnifique domaine de
Giverny, et le conservateur et critique d’art
Jean Rollin.
Jean Rollin
J
ean Rollin, critique d'art et conservateur, avait été élu le
21 février 1990 correspondant de l'Académie des Beaux-
Arts dans la section des Membres libres. Il était né en 1922
et avait mené une carrière de journaliste dans différentes
revues artistiques, puis à l’Humanité. Il fut conservateur,
puis conservateur en chef du Musée d'Art et d'Histoire de la
Ville de Saint-Denis. Pour saluer cette direction exemplaire,
il reçut en 1983, à Milan, le Prix principal du Musée
européen de l’année, sous les auspices du Conseil de
l’Europe et de l’UNESCO, parmi 42 candidats des pays
d’Europe, décerné par un jury d’experts internationaux. Il
était Chevalier dans l'Ordre national du Mérite, et Chevalier
dans l'Ordre des Arts et Lettres.
… Rédacteur au journal
Ce Soir
en 1947, puis à
La Nouvelle Critique
en 1957, c’est à l’occasion
d’un débat pour cette revue que j’ai fait ta connaissance, à
la Galerie
La Demeure
, rue Cambacérès, le 5 mai 1966, en
présence de Denise Majorel, Tourlière et Borderie. Le
thème traitait des rapports entre peintres, liciers et
galeries. Ta connaissance des problèmes abordés m’avait
vivement surpris, de même que ta clarté de vue et ton
impartialité. Et tu as publié cet entretien dans
La
Nouvelle Critique
.
En 1986, tu fus nommé Conservateur en Chef du Musée
de Saint-Denis où tu organisas une quarantaine
d’expositions dont les plus importantes, pour n’en citer
que quelques unes, furent celles de Desnoyer, Picasso,
Francis Jourdain, Steinlen, Collamarini, Ottaviano,
Mentor, Oguiss, Heaulmé, Picart le Doux, Saint Saëns,
Despierres, ces deux derniers ayant été mes professeurs.
C’est à l’occasion de l’exposition Despierres que nous nous
retrouvâmes et que tu me consacras une partie de l’après-
midi pour me montrer “ton musée” dans les détails et en
particulier les sentences religieuses peintes, sentences
restaurées par tes soins, d’une manière rigoureuse,
scientifique, authentique...
Yves Millecamps
, membre de la section de Peinture
H
ommages
Albert Féraud
.
Photo DR
.
1...,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13 15,16,17
Powered by FlippingBook