Printemps 2008 - page 2

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Lettre
de
l'
ACADEMIE
des
BEAUX-ARTS
I N S T I T U T
D E F R A N C E
La gravure occupe une place originale
dans l’histoire des arts.
Place originale que soulignait déjà
l’institution de sa section au sein de
l’Académie des Beaux-Arts, en 1803 seulement, sous le Consulat,
“pour réparer – a écrit le Secrétaire perpétuel de l’Académie,
Bernard Zehrfuss, dans l’
Histoire des Académies
– l’injuste exclu-
sion des graveurs”. Instituée historiquement cinquième section
après celles de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de
la composition musicale depuis longtemps établies, elle comporte
quatre titulaires, trois à ce jour après la disparition récente de
Jean-Marie Granier : Pierre-Yves Trémois, René Quillivic et
Louis-René Berge.
Selon Littré – qui cite Voltaire – “la gravure en estampes inventée
à Florence, au milieu du XV
e
siècle, était un art nouveau qui était
alors dans sa perfection”. Au siècle précédent, on relevait le
terme de “graveure”, dans le sens de crevasse qui matérialisait le
geste du buriniste sur l’acier ou le bois.
Est-ce cette perfection qui pouvait susciter ce commentaire : “La
gravure tue le peintre qui n’est que coloriste” ? En fait, peintres et
graveurs se sont naturellement rapprochés, unis ; les grands
maîtres de la gravure, Dürer, Rembrandt, Goya… jusqu’à Picasso
et Soulages, l’étaient aussi dans la peinture.
Mais l’originalité est aussi dans la technique et il a paru utile de
préciser la nature, l’esprit des recherches et de leurs instruments.
Un Grand Prix fondé par la mécène et correspondante de
l’Académie Nahed Ojjeh, à l’initiative du Secrétaire perpétuel,
viendra prochainement compléter les Grands Prix que décerne
l’Académie des Beaux-Arts et distinguera l’art de la Gravure.
LETTRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS •
Directeur de la publication :
Arnaud d’Hauterives •
Comité de rédaction
: délégué Paul-Louis Mignon ;
membres : Louis-René Berge, Yves Boiret, Edith Canat de Chizy, Gérard Lanvin, François-Bernard Michel, Lucien Clergue •
Conception
générale, rédaction et coordination
: Nadine Eghels •
Conception graphique, réalisation
:
Impression :
Imprimerie Delcambre
ISSN 1265-3810 •
Académie des Beaux-Arts
23, quai de Conti 75006 Paris •
ht t p : / /www. academi e - de s - beaux - ar t s . f r
sommaire
page 2
Editorial
page 3
Réception sous la Coupole :
Brigitte Terziev
pages 4 à 25
Dossier : “Et la Gravure ?”
Regards croisés sur une
discipline artistique méconnue
pages 26, 27
Hommages : Albert Féraud,
Florence Van der Kemp
et Jean Rollin
Elections :
Le Prince Karim Aga Khan IV
La Cheikha Mozah
Bint Nasser Al-Missned
Sir Norman Foster
Hugues Gall à la direction de
la Fondation Claude Monet
à Giverny
L’Abbaye de La Prée
page 28
Expositions :
Musée Marmottan-Monet
“Voyage à Giverny, de
Claude Monet à Joan Mitchell”
Bibliothèque Marmottan
“Charles Meynier”
pages 29 à 32
Communications :
“Symbolique et rhétorique dans
l’œuvre de Jean-Sébastien Bach”
par Gilles Cantagrel
“Les églises menacées”
par Béatrice de Andia
“La sculpture après la
Seconde Guerre mondiale”
par Lydia Harambourg
page 32
Calendrier des académiciens
Editorial
E
lue dans la section de sculpture le 4 avril 2007 au
siège créé par décret du 8 juin 1998, Brigitte
Terziev est née en 1943 à Paris d’une mère peintre
et pianiste et d’un père sculpteur qui avait été l’élève de
Bourdelle. Plongée ainsi très tôt dans le monde des arts,
c’est de ce dernier qu’elle apprendra les premiers rudi-
ments de la taille de pierre et les secrets du métier.
Brigitte Terziev fréquente ensuite l’Ecole des Beaux-
Arts où elle étudie dans l’atelier du sculpteur Robert
Couturier. C’est le début de sa vie d’artiste qui ne se borne
pas à la sculpture. Attirée par les arts vivants, la danse
contemporaine et la danse africaine, elle apprend la
gestuelle du corps et en tire l’enseignement qu’elle intèg-
rera plus tard dans son vocabulaire plastique. Elle part à
l’étranger, notamment en Yougoslavie, où elle collabore
avec des auteurs et metteurs en scène de théâtre à diffé-
rentes manifestations.
Elle revient à Paris en 1970, retrouve la sculpture et
travaille le bois dur sur les conseils du sculpteur Coutelle.
Après avoir été tentée par l’abstraction, l’artiste n’aura
ensuite de cesse de poursuivre ses recherches sur la forme
et la lumière dans le seul but d’analyser et de parvenir à
traduire les sentiments humains. Ses œuvres sont bientôt
remarquées et en 1997, Brigitte Terziev reçoit le Prix
Bourdelle. Plusieurs galeries défendent son travail, entre
autres la galerie Art Public et la galerie Alain Margaron.
Brigitte Terziev a également réalisé trois courts-métrages
sur son travail :
Ocre de chair
(1996),
Spectres
(1998),
Jehann
(2000).
Extrait du discours de Claude Abeille
Toutes ces plaques, tous ces morceaux de
matière rongée, boursouflée ou lissée, dans
lesquels viennent s’incruster des clous, des couteaux,
des tubes de ferraille, ne sont pas rassemblés au hasard
ni par un souci de pittoresque. Ils sont orientés par un
sculpteur qui manie les plans de lumière, les surfaces
d’ombre, tout comme un cinéaste organise le scénario
de son film selon une succession de plans calculés par
la ferveur, ou comme le poète Racine qui dans sa pièce
Andromaque découpe et tranche en scènes et en actes
le destin malheureux d’Oreste et d’Hermione.
Maintenant naissent sous ses doigts ce qu’elle appelle
ses spectres. Ses spectres. Il ne faut pas je crois
prendre trop à la lettre ce mot dans son sens habituel,
qui pour tout un chacun évoque des fantômes, mais
plutôt dans l’acception propre dont on se sert quand
on parle d’analyse de la lumière. Car les formes qui se
dressent devant nous sont bel et bien une analyse des
sentiments qui nous traversent tout au long de notre
vie. Sentiments non plus vraiment traduits par des
attitudes de théâtre, mais révélés par la présence des
volumes, gonflés de sensualité, des plans éraflés ou
bousculés, entassés selon des aplombs indécis, des
porte-à-faux inquiétants.
Les volumes ne sont pas seulement mis là pour eux-
mêmes, ils sont aussi souvent traversés par des objets
reconnaissables, des objets figuratifs comme des
reliques ; celles-ci ne sont plus dissimulées ni
protégées, mais au contraire mises en évidence. Elles
accentuent l’action et transfigurent le schéma abstrait
qui les sous-tend”.
Brigitte
Terziev
Le mercredi 12 mars 2008, sous la Coupole de
l’Institut de France, le sculpteur Brigitte Terziev
est reçu à l’Académie des Beaux-Arts par son
confrère Claude Abeille.
Photos Brigitte Eymann
R
éception
sous la
C
oupole
Hugues Gall, Claude Abeille, Arnaud d’Hauterives et
François-Bernard Michel accueillent leur consœur Brigitte Terziev.
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