Printemps 2009 - page 18-19

E
n 2008, la Fondation Pierre Gianadda a célébré ses
trente ans. Au départ, elle s’était surtout fixé comme
objectif de protéger les vestiges du passé gallo-ro-
main de Martigny, en offrant un écrin aux multiples objets
découverts dans la ville au cours des fouilles archéologiques
entreprises depuis le XIX
e
siècle. L’édifice construit autour
des ruines d’un temple celte s’est très vite révélé idéal pour
accueillir expositions et concerts, grâce à l’atmosphère
particulière qui s’en dégage et au vif intérêt
qu’il suscite auprès de ses visiteurs. Restaient
à aménager les espaces extérieurs des vergers
qui se déployaient autour de la Fondation, au
pied du Mont-Chemin boisé qui lui sert de
décor naturel.
C’est là que les premières grandes sculp-
tures ont été érigées. Le
Grand Coq IV
de
Constantin Brancusi y dresse fièrement sa
crête, rejoint par la
Colonne
à éléments inter-
changeables de Jean Arp,
La Méditation avec bras
d’Auguste
Rodin,
De Música II
d’Eduardo Chillida,
Large Reclining
Figure
de Henry Moore,
Tête
de Joan Miró ou
Le Grand
Double
d’Alicia Penalba…
Au fil du temps, au gré des expositions, des coups de cœur
et des opportunités, la collection s'est enrichie de nouvelles
sculptures. Pièces d’eau, végétation luxuriante et arbres
fruitiers ont crû, repoussant les limites d’un jardin qui ne
pouvait s’étendre à l’infini. Bientôt, le parc fut agrémenté
d’une terrasse ouverte sur les antiques constructions ro-
maines et d’allées bordées de sculptures d’Arman, César,
Marini, Chagall, Laurens, Venet, Calder, Poncet, Dubuffet,
Szafran, Niki de Saint-Phalle et bien d’autres encore, que les
visiteurs découvrent au hasard de leur promenade.
Plus tard, j’ai remarqué que cet ensemble d’une qua-
rantaine d’œuvres, acquises au cours d’un quart de siècle,
formait un véritable parcours de la sculpture internationale
du XX
e
siècle, tant par la diversité des courants représentés,
de la figuration à l’abstraction, que par la variété des ma-
tériaux utilisés : marbre, granit, béton, bronze, acier poli,
aluminium, pâte de verre, résine de polyester, epoxystone
ou céramique.
En vertu de ses trois dimensions, la sculpture se prête à
une découverte sans cesse renouvelée. A chaque mouvement
de celui qui la contemple, à chaque heure du
jour, elle présente d’autres faces qui se trans-
forment par l’absorption de la lumière ou le
changement du décor.
Au moment où les urbanistes se mirent à re-
dessiner les artères de notre cité, remplaçant
les feux de signalisation par des ronds-points,
le parc de la Fondation avait atteint sa pleine
maturité. Les giratoires qui surgissaient à
chaque angle de rue offraient l'occasion inespérée de faire
essaimer l’art dans la ville, hors des enceintes qui lui étaient
jusqu’alors réservées. C’est ainsi qu’aujourd’hui automo-
bilistes et passants qui traversent Martigny découvrent,
à une échelle souvent monumentale, et sous toutes leurs
perspectives, treize œuvres de sculpteurs suisses, tels Erni,
Luginbühl, Ramseyer, Staub, Favre, Dana ou Raboud.
La plupart de ces réalisations sont le fruit de commandes
aux artistes, qui les ont pensées en fonction du lieu où elles
seraient exposées. Ainsi,
Triangle
, de Silvio Mattioli, placé
à la sortie de Martigny au carrefour du passage obligé entre
l’Italie, la France et la Suisse, porte les couleurs de ces pays
et en indique la direction.
Si la sculpture s’adresse tout d’abord au regard, elle invite
également au toucher. On peut aisément expliquer aux en-
fants de ne pas trop s’approcher d’un tableau fragile. Il est
en revanche plus difficile de leur interdire de caresser les
formes arrondies et lisses d’un Moore ou de chevaucher les
moutons de Lalanne. « On peut marcher sur les pelouses »,
indiquent les écriteaux bordant les allées du parc. Enfants et
pique-niqueurs ne s’en privent pas. La sculpture s’inscrit à la
fois dans la distance, nécessaire pour l’englober tout entière
d’un seul regard, mais aussi dans la proximité d’un monde
familier et convivial.
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La sculpture urbi et orbi
Par
Léonard Gianadda
, Président de la Fondation Pierre Gianadda,
associé étranger de l’Académie des Beaux-Arts
Depuis sa création, la Fondation Pierre Gianadda à Martigny en Suisse réserve
une place de choix à la Sculpture. De nombreuses pièces sont présentées dans le
cadre des expositions et ont rejoint les collections permanentes, mais ont éga-
lement investi les espaces extérieurs, jardins, allées et terrasses. Ici, on peut
marcher sur les pelouses, pour le plaisir du regard, mais aussi du toucher.
D
ossier
Si la sculpture
s’adresse tout
d’abord au
regard, elle invite
également au
toucher.
Niki de Saint-Phalle,
Les Baigneurs
, , 300 x 300 x 300 cm,
polyester peint et fibres de verre, 1983.
Photo Arnaud Carpentier.
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