Printemps 2009 - page 26-27

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D
ossier
L
a sculpture a-t-elle encore un avenir dans le monde
virtuel émergeant ?
La sculpture elle-même porte sa réponse. Le geste
pérenne du sculpteur inscrit la sculpture dans l’éternité d’un
langage que pratiquèrent, sans exception, toutes les cultures
depuis que l’homme se saisit d’un outil et rêva de donner vie
à la matière. Ce rêve génésique qui fut celui de Pygmalion,
habite toujours le sculpteur. Si le
temps n’infléchit en rien sa volonté
légitime de rivaliser avec le créa-
teur, l’ambiguïté inhérente au mot
modernité
vient mettre en abyme
les notions de passé et d’avenir au
cœur de notre interrogation. Un
exemple suffit pour balayer toute
notion de progrès, sinon d’évolution
à laquelle nous serions tentés de
recourir : c’est celui du raccourci
vertigineux offert par les sculptures
des Cyclades avec la forme cellu-
laire de Brancusi. Ce balancement
dans le temps et l’espace réaffirme
que toute l’histoire de la sculpture
est liée à celle de l’homme, à ses
actions sociales, politiques et religieuses. Dès les origines, il
tend par son geste démiurge à conjurer le temps, à rivaliser
avec la nature, à inscrire son devenir à partir de la matière
dont il se rend maître.
Geste intemporel, geste inouï, geste libre qui s’approprie
le droit de créer des formes avec lesquelles le dialogue
puisse s’établir, avec les hommes mais aussi avec les dieux. Du
sculpteur égyptien à Rodin, Arp, Giacometti, du tailleur de
pierre roman à Michel Ange, jusqu’aux sculpteurs de marbre
toujours actifs à Pietra Senta, il y a le même héritage partagé
par les fonderies actuelles qui pratiquent la fonte au sable et
à la cire perdue, à l’instar de leurs aînés ancestraux sassanides,
perses, et chinois.
Le geste du sculpteur est autant manuel que réfléchi, le
fruit d’un métier maîtrisé ouvert sur l’intuition. D’ordre,
éthique, spirituel, manichéen parce qu’engagé, il scelle le face
à face du sculpteur avec la matière, inerte, rebelle, pour un
pacte avec l’éternité. Pour l’affronter, le sculpteur a créé ses
propres outils, inchangés mais efficaces, le ciseau, la masse,
pour des techniques éternelles. Il taille, modèle, fond, con-
fronté à la réalité transcendante. La relation du matériau au
corps passe par ses gestes éternels, transmis, repris, réinven-
tés, prêts à accomplir la métamorphose du bloc de marbre, de
la terre, du métal, auxquels les industries récentes ont ajouté
des matériaux nouveaux comme les aciers et les plastiques.
La sculpture convoque l’espace, dialogue avec l’architec-
ture, inscrit sa présence dans la cité où elle nous accompagne
au quotidien. Elle y enracine son identité. Profane ou reli-
gieuse, civile et utilitaire, elle est présente dans les églises
et les cathédrales, dans les palais et les édifices publics, les
parcs. Figurale ou abstraite, elle cultive l’alternative de l’ap-
parence et de l’essence, de la réalité et de la transcendance,
elle revendique une lecture plurielle, subjective et sensitive,
contemplative. Elle est là où l’homme a dispensé du sens pour
célébrer la vie.
Hier, aujourd’hui, et demain, le
temps n’a eu, et n’aura aucune prise
sur le langage pérenne de la sculp-
ture parce qu’il me semble que ce
langage appartient aux fondements
mêmes de l’humanité. Par la main
qui pactise avec la matière, la sculp-
ture s’approprie l’espace mais aussi
le temps. C’est le geste du sculpteur
qui authentifie la présence de l’hom-
me et son épiphanie au monde. La
permanence de la sculpture inscrit
l’osmose entre un savoir faire et la
pensée. La matière et l’esprit,
la
main et l’œil
disait Bourdelle, sont
garants de la continuité de l’histoire
humaine. La sculpture m’apparaît comme le dépositaire de
toute la mémoire universelle. Elle scelle son éternité à celle
de l’homme.
La sculpture ne peut impunément être niée, sans entraîner
dans son rejet la part d’humanisme qui lui incombe, sauve-
garde irréversible pour l’avenir.
Si aujourd’hui les manifestations autour de la sculpture se
font rares, si sa visibilité est confidentielle, du fait de l’ab-
sence de galeries s’y consacrant, la sculpture actuelle est bien
vivante, active et aussi créatrice que par le passé. Depuis la
disparition en 1978, du Salon de la Jeune Sculpture, animé
par son fondateur Denys Chevalier, qui l’avait créée en 1948,
des initiatives témoignent de la permanence de la vitalité de
la sculpture. Sans parler des symposiums, j’évoquerai plus
particulièrement le
Parc de sculptures
initié par Leonard
Gianadda à Martigny (Suisse), l’itinéraire proposé depuis
1973 par
Sculptures en montagne
à Passy en Haute-Savoie. La
création en 2007 d’une Biennale de Sculpture à Yerres dans
la Propriété du peintre Caillebotte renoue avec la tradition
d’un salon de sculpture consacré aux sculpteurs en activité.
D’autres événements manifestent une volonté de mise en
lumière d’un langage qui a l’avenir pour lui.
En haut : Denis Monfleur (Prix Pierre Cardin - Académie des Beaux-Arts
de Sculpture 2003),
Comme dans un rêve
, 160 x 101 x 59 cm, granit, 2005.
L’avenir de la sculpture
Par
Lydia Harambourg
, Présidente fondatrice de la Biennale de Yerres (Essonne),
correspondante de l’Académie des Beaux-Arts
B
IBLIOTHÈQUE
M
ARMOTTAN
Charlet
A
UX
ORIGINES
DE
LA
LÉGENDE
NAPOLÉONIENNE
Consacrée au peintre-graveur Nicolas-Toussaint
Charlet (1792-1845), cette exposition, qui a
d'ores et déjà obtenu le label d'intérêt natio-
nal, présente plus de 200 œuvres de l’artiste :
tableaux, dessins et surtout une importante
collection d'estampes.
F
ondateur de la légende napoléonienne et de son icono-
graphie, Charlet fut l’un des artistes les plus populaires
de la première moitié du XIX
e
siècle, l'égal dans les arts gra-
phiques de Béranger en littérature. Il pratiquait la lithogra-
phie, technique alors d'avant-garde dont il fut avec Daumier
parmi les plus habiles et inspirés adeptes. Élève un moment
de Gros, ami de Géricault, il a été un des fondateurs de la
légende napoléonienne et de son iconographie. Opposé
au régime des Bourbons, il n'a en effet cessé de magnifier
Napoléon et ses grognards dans des images qui resteront les
références obligées et connaîtront une étonnante diffusion.
Dans ses albums lithographiques publiés chaque année,
généralement composées de douze planches (une par mois),
Charlet montre la diversité de son inspiration : scènes de
genre, de l'enfance dont il fut l'un des narrateurs les plus
sensibles, de la vie des recrues, satires politiques et sociales
se succèdent. L'illustrateur du mythe napoléonien est aussi
un narrateur attentif, critique et amusé de son temps.
La Bibliothèque Marmottan s’est particulièrement consa-
crée à la mise en valeur de la légende napoléonienne. Elle
eut l’opportunité en 2001 d’acquérir un fonds considérable
de plusieurs centaines de planches, rassemblées par un
grand amateur du XIX
e
siècle, le capitaine Bocher. Ce fonds
est la base et la révélation de cette exposition, qui rend hom-
mage à un artiste oublié par le XX
e
siècle.
Bibliothèque Paul Marmottan
du 5 mars au 27 juin 2009
01 55 18 57 61 -
En haut :
Grenadier de la garde
, Huile sur toile,
81,5 x 65,2 cm, Musée du Louvre.
Andrew
Wyeth
Le peintre américain Andrew Wyeth (1917-
2009), associé étranger de l'Académie des
Beaux-Arts, est décédé le 16 janvier en
Pennsylvanie. Hommage par l'un de ses
confrères, le peintre Vladimir Velickovic
A
ndrewWyeth, assez proche de Edward Hopper (1882-
1967), a poursuivi toute sa vie un travail, injustement
considéré comme régionaliste, basé en général sur la
représentation très réaliste de la figure humaine, peinte avec
une précision virtuose, et des paysages, dont la fameuse toile
Christina's World
(1948, ci-dessus). On connaît l'historique
de cette magnifique peinture qui représente une jeune
femme, atteinte de poliomyélite, que l'on sent incapable
d'atteindre la maison qui se dessine au loin, dans l'horizon.
L'exécution du tableau est proche de l'hyperréalisme, mais
avec une sensibilité beaucoup plus grande que celle que l'on
trouve chez les peintres de ce mouvement.
Formidable dessinateur, aquarelliste et peintre à la palette
très réduite, dans les tonalités de la terre, des ocres, des
marrons, riche en nuances et valeurs, Andrew Wyeth
avait choisi de rester en marge des grands mouvements
qui ont surgi avec le XX
e
siècle (expressionnisme,
surréalisme, cubisme... ). Son œuvre s'inscrivait dans le
registre classique, très mélancolique et sans aucun souci
d'expérimentation dans le sujet, ni dans les formes.
Icône incontournable de la peinture américaine moderne,
il reste, en dépit d'une œuvre abondante et remarquable, le
peintre d'un seul tableau...
Distinctions
Charles Chaynes
, membre de la section de
Composition musicale, a été fait chevalier dans
l’ordre des Palmes académiques par Xavier Darcos,
Ministre de l'Education nationale.
A
ctualités
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