Printemps 2009 - page 28-29

L’Académie des Beaux-Arts a engagé une réflexion
sur le thème du futurisme, dont nous rendrons
compte dans un prochain numéro. En 1909, l’avant-
garde italienne avait inventé l’adjectif « futuriste »,
vite passé dans le langage courant, pour désigner
ce qui est radicalement neuf. Notre confrère Pierre
Cardin s’est associé à cette réflexion. Le concept
de sculptures utilitaires l’a guidé dans sa création
depuis plus de soixante ans. Il présente ici son
nouveau projet : la conception d’un Palais Lumière,
exemple d’architecture futuriste.
L
es sculptures sont rendues utiles par la fonction
qu’on leur attribue : vêtement, flacon de parfum,
meubles. Par son échelle, ce nouveau projet est
l’expression maximale de ce concept : on peut l’habiter, y
travailler, établir des liens sociaux.
Il s’agit en effet de la conception d’un Palais-ville. La
tour ou le gratte-ciel sont conçus à l’origine avec une
volonté d’économie du coût de construction et d’économie
d’énergies, en étant utilisés par le plus grand nombre de
personnes possible.
Le Palais Lumière ajoute à ces premières contraintes la
qualité de rassembler, dans un espace limité, tout ce dont
l’individu a besoin dans son environnement, en lui permet-
tant d’y accéder très rapidement sans véhicule. Pour cette
raison, il était nécessaire d’alterner les espaces d’habitation
et de travail avec des espaces publics recevant un grand
nombre de personnes.
Le palais est conçu en 8 disques distants, de 34 m de
hauteur, soutenus par trois tours similaires de hauteurs
différentes disposées en forme d’étoile. Entre les trois tours
un espace libre facilite le passage du vent et permet l’instal-
lation de 21 ascenseurs pour l’accès direct aux huit grands
étages circulaires dédiés en grande partie aux activités publi-
ques et commerciales.
28
|
A
ctualités
C
’est un musicien qui, s'étant soumis à une autocri-
tique sans faille, apparaît exemplaire. Nulle part le
moindre bluff, la moindre affectation (même si on
prétendit le contraire !), jamais la moindre faiblesse, tant au
niveau de qualité mélodique que de la perfection de la réali-
sation : concision, netteté du chant, fermeté du rythme, tous
nés du souci de faire mieux et plus grand que le projet l’avait
supposé. Devant l’exemple moral d’une telle démarche, ce
qui compte, ce sont les intentions.
Il aimait les notes “à côté”, un peu fausses, voire très
fausses, quitte à les justifier dans les mesures suivantes en
consolidant l’harmonie ainsi distendue. Cette hardiesse
agaça d’autant plus qu’elle élargissait l’ espace des possi-
bles alors que Debussy (que l’on commençait seulement
à tolérer) explorait, plutôt dans le malaise, l’épaisseur de
l’accord. Là où, schématiquement, Debussy étoffe, Ravel,
au contraire, dénude, gratte la musique jusqu’à l’os au lieu
de lui ajouter chair et sensualité. Parallèlement, dans le do-
maine du timbre, Ravel proclame son goût pour les pianos
un peu cul-de-bouteille, les hautbois nasillards, les couleurs
tour à tour rompues et épicées. Voilà qui est tout général,
bien sûr, mais on peut dire que Debussy se situe volontiers
entre l’éclat et l’intranquillité (
Iberia, La Mer
etc.) alors que
Ravel tend à un discours impératif :
Jeux d’eau, La Valse,
Main gauche
...
Ce petit homme était de fer (...) et cela se sent dans sa
musique, toujours nette, surtout lorsqu'elle se met en co-
lère (...). Il fut le chef d'œuvre de l'école de Jules Ferry, le
triomphe d'un enseignement laïque et général, capable de
magnifier le plus rare de tout un chacun. À ce titre Ravel
exprime avec acuité le plus éclairé des idées de son époque :
né en 1875, il fut l'un des rares grands artistes à mettre de
côté le caractère revanchard d'une certaine France issue de
la défaite de 70, militant spontanément aussi bien pour les
musiques étrangères que pour le capitaine Dreyfus, quand
tous les artistes se refermaient sur eux-mêmes. Un quart de
siècle plus tard, Ravel prenait position vis à vis des premiè-
res révoltes coloniales (Guerre du Rif, 1925),
Méfiez-vous
des blancs
, la seconde de ses Chansons madécasses suscitant
l’indignation lors de la première audition parisienne.
Tout aussi parlante, la façon dont Ravel traita la com-
mande d’un
Concerto pour la main gauche
, conçu pour un
pianiste (autrichien) auquel la guerre de 14 avait arraché un
bras. Richard Strauss, Franz Schmidt et Prokofiev avaient
été sollicités avant Ravel mais aucun d’entre eux n’avait
songé à inclure, dans la musique elle-même, le drame vécu
par l’interprète (et, par delà, à faire surgir le spectre d’une
nouvelle Guerre Mondiale, deux ans avant l’accession des
nazis au pouvoir).
Ces incidences politiques, ravivées par sa participation à
la guerre de 14, vont le convaincre que la musique du XX
e
siècle n'a plus le droit de vivre dans une tour d'ivoire. À par-
tir de 1920, notamment, son œuvre, sans le dire forcément,
sera intimement militante :
La Valse
(orchestre) mais aussi
la
Sonate pour violon et piano
(qui mêle le jazz aux “clartés
françaises” et aux traditions savantes) reflètent mieux que
bien des discours notre civilisation mise en question par la
Grande Guerre (...).
Ainsi, chez Ravel, tout signifie, tout éveille, et avec tant
d'éloquence que trop de commentateurs effarouchés (...)
n'ont fait, de ce créateur exemplaire, qu'un “artiste”, un
aboli bibelot d’inanité sonore, facilement diminué face à
maintes manifestations réputées plus conquérantes (...).
L’approche de ses contemporains n’en fut que plus distraite
et plus réductrice (...) d’autant que ses origines modestes
(sa mère modiste, son père ingénieur malchanceux, dépos-
sédé de ses recherches concernant ce qui sera l’automobile)
n’étaient pas faites pour l’installer dans le « monde ».
En 1921, l’héritage inattendu qui lui vint d’un oncle
(Edouard Ravel, peintre suisse) (...) fait l’un des hommes les
plus célèbres de la France des Paul Morand, des Proust, des
Cocteau, Abel Gance et autres Gide, s’installer à Montfort
l’Amaury, un mesnil chic à quelques 40 kilomètres de Paris.
Son modeste Belvédère exigera bien des travaux et Ravel,
qui n’a plus un sou, doit se faire peintre, maçon, architecte...
Après quatre ans de bricolages, ce gîte exigu devient demeure,
demeure d’une bizarrerie à la Edgar Poe, à la fois béante (sur
l’extérieur) et confinée sur ses secrets (...). C’est là que va
naître le plus significatif de son œuvre, entre des promenades
en forêt de Rambouillet et des crises de cafard qu’il combat
en fuyant, à Paris, s’arsouiller au « Bœuf sur le toit »... Une
désinvolture dont on s’enchante, Ravel fit toujours litière des
idées reçues. Dès lors, à lui seul, il suffirait à prouver que
l’essentiel n’est pas de savoir mais de trouver.
Grande Salle des séances, le 14 janvier 2009
C
ommunication
Les trois tours ont des fonctions différentes : la plus haute,
de 306 m avec 80 étages, est destinée à l’utilisation résiden-
tielle, une deuxième, de 272 m avec 71 étages, est conçue
pour des bureaux et des services tertiaires, la troisième, de
238 m avec 62 étages, est dédiée à l’hôtellerie.
Les plans des rez-de-chaussée, des mezzanines et des
premiers étages sont réservés aux commerces et à l’activité
artisanale. La circulation et le stationnement d’au moins
5 000 véhicules sont assurés par 9 niveaux souterrains.
Sur le plan énergétique, toutes les parois verticales vitrées
extérieures (l’enveloppe) de 90 000 m
2
sont conçues en double
vitrage avec un système de polarisation électrique pour piéger
les rayons lumineux et d’éviter entre autre l’effet de serre.
Pour réduire l’utilisation d’accumulateurs à hydrogène
qui sont situés dans les planchers de chaque niveau, le
Palais Lumière utilise l’énergie géothermique, qui permet
la réduction d’énergie nécessaire au chauffage et au refroi-
dissement de l’eau, et l’énergie éolienne, qui permet une
production importante d’énergie électrique, même la nuit,
grâce au grand courant d’air de l’axe vertical du Palais.
Faux-jours et
pleine lumière :
Maurice Ravel
Par
Marcel Marnat
, écrivain
Une approche
originale du
musicien français
qui, avant tout autre,
a réconcilié l'ordre
et l'aventure, tant
par son œuvre que
par la dignité d'une
vie réputée secrète...
Photo D.R.
UN
PROJET
DE
P
IERRE
C
ARDIN
Le Palais Lumière
| 29
1...,8-9,10-11,12-13,14-15,16-17,18-19,20-21,22-23,24-25,26-27 30-31,32
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