Printemps 2009 - page 4-5

E
xposition
L
’exposition « Divers tissés » s’inscrit dans le cadre
d’un projet culturel européen initié par l’Académie
des Beaux-Arts autour de la Tapisserie contempo-
raine et l’art textile en Europe.
Elle a été présentée du 25 au 28 février 2009 à l’Académie
des Beaux-Arts, dans la salle Comtesse de Caen du Palais de
l’Institut de France, et a permis de découvrir les œuvres de
quatre jeunes artistes européens bénéficiaires de résidences
en France, en Belgique et en Lituanie, sélectionnés par un
Conseil artistique composé d’experts européens.
Ces œuvres ont été réalisées pendant les séjours des ar-
tistes, d’une durée de trois à quatre mois, au cours desquels
ils ont pu développer une technique propre, une inspiration
individuelle et une démarche spécifique.
Elles témoignent, à travers leur diversité, d’une même
volonté de se réapproprier un héritage ancestral.
Quatre artistes textile, quatre personnalités européennes,
quatre regards croisés sur la tapisserie contemporaine :
une artiste lituanienne et une artiste roumaine en France,
une artiste polonaise en Belgique, un artiste uruguayen
en Lituanie, qui nous montrent que la pratique du tissage,
longtemps tombée en désuétude, revit aujourd’hui à travers
de nouvelles sensibilités et acquiert une dimension contem-
poraine incontestable.
En avril 2009, l’exposition sera également présentée à
Kaunas (Lituanie). Un catalogue édité par l’Académie des
Beaux-Arts accompagne l'exposition.
La genèse du projet
Dans le cadre du projet européen « Tapisserie contempo-
raine et art textile en Europe, soutenu par le programme
Culture (2007-2013) de l’Union Européenne, l’Académie
des Beaux-Arts, la faculté d’Art de Kaunas et l’Académie
Royale des Beaux-Arts de Bruxelles ont lancé fin 2007 un
appel à candidatures proposant des résidences artistiques
croisées, dans le domaine de l’art textile, avec pour thème :
« Le dialogue interculturel ». En janvier 2008 le jury euro-
péen, réuni à Bruxelles, a sélectionné les quatre artistes
résidents de Chars, Bruxelles et Kaunas.
Le jury européen était composé de Yole Devaux, respon-
sable de la finalité Tapisserie à l’Académie Royale des
Beaux-Arts de Bruxelles, Ecole supérieure des Arts, de
Michel Baudson, directeur honoraire de l’Académie Royale
des Beaux-Arts de Bruxelles, Ecole supérieure des Arts,
d’Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel de l’Académie
des Beaux-Arts, d’Yves Millecamps, Président de l’Acadé-
mie des Beaux-Arts en 2008 et de Laima Orzekauskiene,
professeur à l’Institut d’Art de Kaunas, ancienne respon-
sable du département de Tapisserie.
En France, la fondation Dufraine a accueilli deux jeunes
artistes au domaine de Chars, dirigé par notre confrère Jean
Cardot, du 1
er
mars au 30 juillet 2008.
Résidences croisées de jeunes artistes dans
le cadre du projet européen « Tapisserie
contemporaine et art textile en Europe »
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Rasma Noreikyte
,
Métis
Cette tapisserie s’intitule
Métis
. C’est la fusion de
deux portraits de deux personnes différentes en
apparence, mais qui sont profondément connectées. Les
couleurs dialoguent entre elles pour souligner l’harmonie et
l’unité du monde à l’instant donné. Les portraits évoquent le
temps suspendu où deux personnes expriment leur intimité
physique, la tendresse et la sincérité. Les matériaux utilisés
cherchent à rendre les aspects physiques de la peau et à
dépasser le bidimensionnel. Je souhaite que le spectateur
puisse se sentir concerné ; qu’il devienne partie prenante de
ce moment suspendu dans le temps ».
Ludwika Zytkiewicz
,
Mes impressions de Bruxelles
Le
shibori
japonais offre de nombreuses techniques
complexes dont la teinture à réserve par ligature du
tissu. J’ai utilisé le
shibori
pour créer de nouvelles surfaces
uniques avec des formes sculpturales extraordinaires. Les
pièces tridimensionnelles sont fabriquées à partir de soie
teintée bleue, et deviennent des formes abstraites. Certaines
sont fabriquées de textiles perforés ou découpés et devien-
nent des sculptures illuminées. Je travaille également sur un
autre groupe d’œuvres, les objets. A l’intérieur de chaque
objet, je montre un arrangement différent du tracé. Chaque
objet définit un espace, accentué par la lumière, et dont
les formes sont adoucies par les ombres. L’art du
shibori
est devenu ma profession, mon obsession, ma vie. Cela me
surprend toujours lorsque je ne reconnais pas ce matériau
de soie que j’utilise, car les effets qu’il produit sont à chaque
fois très différents. J’aime jouer avec la couleur et la forme
pour construire mon monde. » […]
D
ivers
tissés
Aranka Ravai Nagy
,
Conversation de miroirs
Afin d’organiser un dialogue, je propose d’utiliser
le concept des miroirs. Mon miroir ne reflète pas,
cependant, l’image stylisée et décorative de la nature, mais
ouvre un espace de dialogue qui cherche la vérité ou l’illu-
sion, afin de se voir tout entier, se connaître, s’identifier.
Des tons variés et bleus forment des vagues de velours parmi
les fils noueux et rampants. Il y a une fenêtre, une grande
porte en verre, une ouverture pour regarder au loin. Un cou-
loir dans lequel le regard se focalise, un miroir qui change en
fonction de la lumière, ouvrant des perspectives différentes,
un labyrinthe de visions nouvelles. La même image a été
réalisée en parallèle, dos à dos, en opposition. Ainsi créées,
les deux images sont fixées des deux côtés d’un cadre, et j’ai
tissé des formes similaires en symétrie mais également en
opposition. Les formes sont semblables mais pas identiques,
car le reflet est le résultat de deux moments. »
David-Elliot Salamanovich,
Pas plus qu’un violoniste sur le toit
Dans ma carrière, j’essaie de traduire dans une langue
textile légendes et symboles, histoires contemporaines
et fantasmes ; simple jeu technique, pièce artistique ou objet
de design.
Un jour j’ai rencontré les rubans, et j’ai commencé à les
tester, à essayer d’aller au-delà de leur taille restreinte.
Traduction du chant grégorien, tressage d’histoires, armures
de tissu qui se dévoilent et s’élargissent, un nouveau langage
qui met en relation tout ce que je découvre.
Tisser c’est créer des formes nouvelles. Le travail du tissage
est un travail de création et un enfantement. Lorsque le
tissu est terminé, la tisserande coupe le fil qui le relie au
métier, et en le faisant prononce la même formule que la
sage-femme en coupant le cordon ombilical. Tout se passe
comme si le tissage traduisait en langage simple l’anatomie
mystérieuse de l’homme. »
De gauche à droite et de haut en bas :
Rasma Noreikyte,
Metis
, 2008, technique personnelle, fils synthétiques, thé,
café 155 x 116 cm | David-Elliot Salamanovich,
La Belle Au Bois Dormant
(pendant qu’elle dormait)
, 2008, techniques personnelles d’entrelacement et
montage-rubans, feutre.
Photo Redas Vilimas.
| Aranka Ravai Nagy,
L’entrée
du labyrinthe
, 2008, techniques mixtes, coton, laine 2 x (210 x 120) cm |
Ludwika Zytkiewicz,
Ciel belge
, 2008, shibori, soie, 9 x (36 x 36) cm
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