Printemps 2009 - page 12-13

A
NTOINE
P
ONCET
(né en 1928 à Paris, élu en 1993 au fauteuil de
Louis Leygue)
Prix Henry Moore en 1983. Reconnu internationalement,
il s’inscrit dans la tradition de la taille du marbre pour
une sculpture informelle organique. Son langage naît
des formes dynamiques, d’ordre végétal ou humain
dispensant élan et vitalité. Courbes et spirales appellent
un dialogue avec la nature pour un hymne à la vie. Le
poli du bronze répond à l’enveloppe mystérieuse, dont la
plénitude plastique est source de beauté. L.H.
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Pour transmettre cette lumière et cette sève dans
une œuvre d’art, je suis fidèle au « sillon » que j’ai
découvert, le creusant sans relâche à la recherche
du « diamant enfoui dans ses entrailles »…
Pour éviter de m’isoler dans cette fouille, je
m’évade vers une étoile invisible… je sais ne jamais
pouvoir l’atteindre…
Cependant l’espérer est chaque jour une aide pour labourer
à nouveau la terre redevenue vierge de mon sillon !
Le plaisir est de retour…
Ce que nous faisons n’est justifié que s’il y a un accès au
rêve, au spirituel, à un certain humour à la poésie.
Les mains malaxent chaque jour un peu plus la terre
porteuse de formes, avec les autres matières, plâtre,
bronze, marbres.
Ma recherche incessante est celle de la sève, c’est sa
présence invisible qui transforme l’objet en sculpture…
Je crois en la jeunesse bouillonnante de passions et
de doutes.
En cherchant sa route elle va dépolluer l’art et…
le reste…
I
l y a le langage de la sculpture et celui de la littérature. Il
m’est toujours difficile de parler de la sculpture, ma re-
lation avec l’œuvre n’est pas du domaine du verbe. Pour
moi, la création s’inscrit directement dans le trait du dessin,
dans la cire, la pierre, la terre. Les mots du sculpteur, ce sont
le vide et le plein, ses phrases s’écrivent dans l’espace. En
écoutant Didier Bernheim expliquer que la création, pour le
droit, c’était la mise en forme de l’idée (1), je me demandais
si, pour le sculpteur, et peut-être aussi pour d’autres auteurs,
la forme ne précédait pas l’idée. Certaines de mes sculptures
sont nées d’un objet, d’un outil, d’une pierre ramassée sur le
sol. Est-ce que l’idée n’est pas révélée par la forme ? Comme
beaucoup d’autres sculpteurs l’ont dit avant moi, la création
est faite de doutes, d’hésitations. On ne sait pas au départ
où elle nous conduira. C’est un peu ce que disait César à sa
manière : « Je pars d’une idée qui est en moi, d’un néant et
je pars à l’aventure jusqu’au moment où je me trouve face à
quelque chose qui m’est étranger. C’est justement ce qui en
fait une réalité. Cette chose distincte de moi, elle existe dans
sa matière, son contenu, son espace. Car en fin de compte une
sculpture doit prendre possession de son espace ». Dans cette
expression, il est remarquable que pour César l’idée n’est
rien. C’est un néant. Est-ce que Giacometti n’exprimait pas
le même sentiment lorsqu’il disait : « Une sculpture ne m’in-
téresse vraiment que dans la mesure où elle est, pour moi, le
moyen de rendre la vision que j’ai du monde extérieur. Ou
plus encore, elle n’est aujourd’hui pour moi que le moyen de
connaître cette vision. Je ne
sais ce que je vois qu’en tra-
vaillant ». Pour le sculpteur
l’instrument de la connais-
sance ce n’est pas le verbe,
c’est la forme. En faisant ce
qui peut paraître l’apologie
de la forme, je ne prends pas le contre-pied de l’art concep-
tuel, je m’intéresse à toutes les formes de création, mais j’ai
reçu mon premier salaire d’un tailleur de pierres. Si l’acte de
création est un acte de liberté, ce qui m’a donné la liberté de
créer, c’est la connaissance du métier. Le processus de créa-
tion par le travail sur la forme n’est d’ailleurs pas le propre
des plasticiens, Paul Valéry décrit la même expérience. Il
parle de « la résonance de l’exécution ». J’ai noté cette phrase
que j’ai trouvée saisissante de vérité. Dire que l’on ne sait pas
où nous conduit la création peut paraître paradoxal pour un
sculpteur qui a beaucoup travaillé sur commande. On pourrait
croire que dans la commande tout est dit, ou presque, mais
l’œuvre ne perd son statut d’objet que lorsqu’elle est habitée.
Les contraintes de la commande nous font peut-être, plus
encore, ressentir la nécessité de l’apport créatif du travail.
C’est aussi ce que je ressens dans la création monumentale,
lorsque se met en place un travail d’équipe passionnant,
avec les assistants et le fondeur. A ce moment c’est toute
une équipe, avec ses différents corps de métiers, qui entre
en résonance dans cette convivialité, tellement féconde, du
métier de sculpteur.
(1) Voir page 30.
Jean Cardot,
Petit centaure
, bronze cire directe, 30,5 x 24 x 9 cm,
Fonderie de Coubertin, 1970.
Photo Pascal Bories
.
D
ossier
Apologie de la forme
Par
Jean Cardot
, membre de la section de Sculpture
3
P
IETRO
C
ASCELLA
Nous avons perdu, le 10 mai 2008, un des plus grands
sculpteurs italiens de l’après guerre élu en 2004
correspondant de notre Académie. Ce fut un de nos amis
de Pietrasanta (ville au cœur de la Versilia Italienne,
voisine de Carrare, patrie des sculpteurs du monde
entier.) Son œuvre de sculpteur de marbre est reconnue
en Italie et dans le monde entier. Son monument le plus
connu est le Monument aux martyrs d’Auschwitz
(ci-dessus), réalisé à la suite d'un concours international.
Photos D.R.
J
EAN
C
ARDOT
(né en 1930 à Saint-Etienne, élu en 1983 au
fauteuil de Paul Belmondo).
Prix Bourdelle en 1961. Formé aux techniques du
modelage et de la taille directe dont il a transmis le noble
héritage, Cardot incarne la grande sculpture avec des
commandes internationales. Son parcours officiel se
double d’une recherche plus intimiste enracinée dans un
humanisme universel. Un dialogue entre la forme et la
pensée où l’humour discret est au service de sa fascination
pour la vie avec des formes plus abstraites et lyriques.
L.H.
Pour le sculpteur
l’instrument de la
connaissance ce
n’est pas le verbe,
c’est la forme.
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