Printemps_2003 - page 4

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nouvellement élus
(suite)
culturel, car ces avis émanent de ses propres membres, qui y
ont posé leur candidature. En outre, les récipiendaires ont reçu
des félicitations qui les unissent dans l'admiration des mérites
communs de l'Académie et de leur propre personne.
Lorsqu'en cette circonstance l'absence de témoignage, par
nature muet, peut paraître significatif d'un jugement critique,
ce peut être seulement le résultat d'une neutralité indifférente.
Il est donc très malaisé de ressentir le poids réel du jugement
porté sur l'Académie lorsque l'on y est partie prenante.
Si l'on tente néanmoins d'analyser impartialement ce qu’elle
représente, on observe plusieurs niveaux d'appréciation : super-
ficiellement, tout d'abord, une ironie condes-
cendante née d’un jugement primaire la taxant
de ne se préoccuper que d'un art académique,
ce terme étant employé, alors, dans son accep-
tion devenue aujourd'hui péjorative. C’est éga-
lement l'apparence solennelle des manifestations
académiques.
Ces jugements critiques simplistes ne justi-
fient pas que l'on s'y attarde.
En revanche, c'est de façon plus subtile et réa-
liste que s'exprime, à l'intérieur même de ses
rangs, le rêve de ce que pourrait être la com-
position, le rôle, l'influence, caractérisant l'ac-
tion concrète de l'Académie : il peut justifier cer-
tains regrets actuels, et aucune institution (elle
est sans conteste parmi les plus prestigieuses) n'échappe aujour-
d'hui à la critique, résultant probablement d'une évolution ver-
tigineuse de notre temps qui parfois provoque l'essoufflement.
Il est important d'y prêter attention et de savoir trouver les
remèdes éventuellement nécessaires, sans pour autant porter
atteinte aux valeurs traditionnellement confirmées de cette
Académie depuis sa fondation.
Son maintien au plus haut niveau nécessite aujourd'hui de l'y
perpétuer, dans une évolution nécessaire.
3) Quelles sont vos attentes par rapport à l’Académie des
Beaux-Arts ?
- Une Académie n'est pas uniquement représentative du seul
talent de ses membres : elle doit être également un lieu, fruit
de leurs expériences, travaillant, échangeant, écoutant et témoi-
gnant par des avis.
- Maintenir cette institution à sa place suppose donc qu'elle
sache s'insérer et jouer son rôle dans l'évolution actuelle des
idées et des actions. Evoluer, c'est vivre avec son temps en
sachant apprécier ce qui y est bon et ce qui y est mauvais.
Ce que l'on peut donc souhaiter pour l'avenir de cette
Académie, c'est la lucidité dans l'observation des problèmes de
notre temps, dans le rôle qui lui est propre et dans son domaine
de compétence ; une lucidité vigilante car la pertinence de ses
traditions favorise l'unité de ses membres dans une riche hété-
rogénéité, caractéristique de leurs disciplines respectives et de
leurs talents personnels ; une large ouverture vers l'extérieur,
favorisant son rôle d'organe de réflexion et d'appréciation sur
l'évolution en cours dans le domaine des Arts.
4) Quelles sont vos propositions d’évolution pour
l’Académie des Beaux-Arts ?
Brièvement énoncées, quelques-unes des propositions qui sui-
vent, peut-être utopiques, et certainement pas exhaustives, cor-
respondent aux "attentes" précédemment évoquées :
- Développer les occasions de réflexion collective, dans un
esprit communautaire entre les sections. En consacrant pério-
diquement certaines séances du mercredi à des échanges d'idées
(organisés !) entre des membres des sections, sur des sujets rele-
vant des disciplines respectives, on exploiterait mieux l'hétéro-
généité enrichissante de ses membres.
- Dynamiser le bilan de ces séances en synthétisant (si pos-
sible ?) le résultat dans des comptes rendus, laissant les traces
des travaux de l'Académie, chronologiquement archivés, éven-
tuellement publiés.
- Faire entendre spontanément la vision de l'Académie sur les
problèmes de notre temps qui relèvent de sa compétence. Si elle
n'est pas consultée, la formuler par voie de presse, quitte à pro-
voquer des controverses qui intéressent toujours les médias.
- Entretenir l'esprit communautaire entre les sections dans
l'organisation de projets communs, tels le Grand Prix
d'Architecture qui doit être rigoureusement conservé dans son
adaptation aux méthodes de composition actuelle.
- Favoriser une meilleure connaissance, à l'ex-
térieur, du rôle de l'Académie : trop souvent
considérée comme la récompense honorifique
d'éminentes personnalités en fin de carrière, l'ex-
plication de ses activités diverses, dont bénéfi-
cient certains à l'extérieur, garantirait mieux sa
raison d'être.
5) Pourquoi vous êtes-vous consacré à
l’architecture ?
Des exemples familiaux m'y ont incité : ceux
d'un grand-père et d'un père architectes...
Dès l'âge de quinze ans, la passion du dessin
aidant, l'usage du T, de l'équerre, du calque, et
la traduction figurée des formes m'attirent vers l'agence pater-
nelle, chaque fois que les études secondaires me le permettent.
Le baccalauréat réussi, il faut choisir entre deux orienta-
tions car, si l'exercice du métier d'architecte avec ses exi-
gences n'a pas pour moi de secret, la médecine m'attire.
Une nuit d'insomnie précède un choix délicat : l'architec-
ture l'emporte.
Mais l'avenir sera révélateur de cette hésitation : en complé-
ment de l'exercice libéral courant, la réussite en 1963 du concours
de recrutement au poste d'Architecte en chef des Monuments
historiques m'ouvre un éventail plus large au métier choisi : c'est
un exercice quasi médical pratiqué sur des œuvres architectu-
rales du passé dont il faut diagnostiquer les pathologies, pré-
coniser des remèdes, imaginer des adaptations fonctionnelles
permettant de garantir la permanence de la vie, en transmettant,
dans le respect de leur authenticité préservée, ces créations
de talentueux confrères.
Tel est ce métier qui permet de soigner, de créer dans le créé,
et de vivre, en permanence, dans la beauté
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1)
Pourquoi êtes-vous entré à l’Académie des
Beaux-Arts ?
J’ai eu le plaisir, à l’initiative de Marcel Landowski et de Serge
Nigg, d’être élu correspondant dans la section de Composition
musicale en 1995.
Assistant régulièrement aux séances, je me suis rapidement
intéressé aux travaux de l’Académie. La maladie de Daniel-Lesur
et de Marius Constant, puis l’élection de Charles Trenet en 1999,
ont fait que peu de membres de la section participaient aux com-
missions musicales. J’eus alors le privilège d’y être associé et
d’être intégré dans les faits, même si je ne l’étais pas encore dans
les formes.
Après le décès de Charles Trenet, qui n’avait jamais été ins-
tallé officiellement, et n’avait participé à aucune séance, j’ai
eu la joie que la section de composition musicale soutienne
ma candidature et j’ai été très flatté et honoré d’être élu membre,
au premier tour de scrutin en novembre 2001.
2) Que représente l’Académie des Beaux-Arts aujourd’hui,
quelle position occupe-t-elle dans le monde artistique
et culturel ?
3) Quelles sont vos attentes par rapport à l’Académie
des Beaux-Arts ?
4) Quelles sont vos propositions d’évolution pour
l’Académie des Beaux-Arts ?
Je pense qu’il est très difficile de dissocier les trois questions
qui doivent prendre en compte le passé, le présent et le futur
de l’Académie. Aussi j’essayerai d’y répondre globalement.
Au-delà de son histoire, et à travers elle la gloire, le prestige
et surtout le talent des membres qui l’ont composée depuis sa
création, le rôle et l’image que l’Académie des Beaux-Arts assume
et représente sont ceux que ses membres vivants en donnent
collectivement et individuellement.
La vocation et les missions de l’Académie ont été définies dans
ses statuts. Sont-elles toujours respectées ou assumées ? Notre
mission de conseil et d’observation, notre rôle consultatif sont
globalement inexistants, tant vis-à-vis des médias que des ins-
tances gouvernementales ou territoriales. La visite prochaine du
Ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, à notre compagnie
pourrait lever l’ambiguïté, permettre d’exprimer la vision éclai-
rée et les positions impartiales de notre compagnie, et de prendre
en compte notre volonté d’être présents par une réflexion col-
lective sur les grands thèmes et orientations de politique
Jacques Taddei
Membre de la section de composition musicale,
élu le 28 novembre 2001.
Maintenir
cette institution à
sa place suppose
donc qu'elle sache
s'insérer et jouer
son rôle dans
l'évolution
actuelle des idées
et des actions.”
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