Printemps_2003 - page 6

Arnaud d’Hauterives,
secrétaire perpétuel,
et Jean Foyer entourés
par le Chœur grégorien
de Paris - Voix de femmes.
Le jardin de “La Chatonnière”,
à Azay-le-Rideau, près de Saché,
en Touraine.
11
10
L
e chant grégorien est un chant liturgique dont les textes, en
langue latine, sont pour la plupart extraits de la Bible. Il n’est
vraiment lui-même que chanté dans les actions liturgiques,
car il est une prière chantée. En lui le texte a l’importance première.
Plus d’un millénaire nous sépare de sa naissance. Plus près de nous,
le Concile Vatican II a précisé que le chant grégorien, chant propre
de l’Eglise romaine, doit obtenir la première place dans les actions
liturgiques. Mais il a en fait été emporté avec le latin, et rares sont
désormais les églises dans lesquelles on entend encore une mélodie
grégorienne. Cependant, moins le chant grégorien est usité dans la
liturgie, mieux il est étudié scientifiquement dans les conservatoires,
les centres de recherches, les universités, les monastères en France
et à l’étranger. Des travaux considérables et une bibliographie
abondante lui sont aujourd’hui consacrés, à tel point que l’on a pu qua-
lifier ce phénomène de “redécouverte du chant grégorien”.
Les études récemment menées ont permis de préciser les étapes
de l’histoire du chant grégorien, qui a commencé bien avant l’unifi-
cation appelée improprement grégorienne ; le Pape Grégoire le Grand
n’est en effet pas le compositeur des mélodies désignées de son nom.
L’étude du chant grégorien passe d’abord par le déchiffrement de
la notation neumatique ; les neumes sont des idéogrammes, dont l’écri-
ture est subtile, très fine et toute en nuances. La connaissance des
modes grégoriens est, elle aussi, particulièrement importante.
Les mélodies grégoriennes, depuis douze siècles, ont connu de mul-
tiples évolutions, et le fonds véritablement grégorien a été altéré et
même complètement dénaturé au cours des âges. Au milieu du
XIX
e
siècle, sous l’influence de Dom Guéranger, premier abbé de
Solesmes, on a commencé à restituer les mélodies premières. Ce tra-
vail, prolongé par l’édition, se poursuit encore aujourd’hui
u
Grande salle des séances, le 4 décembre 2002.
Œ
uvre de la nature remodelée par l'homme, les jar-
dins jonglent avec les éléments premiers : la lumière
et le vent, la terre et l'eau ! Ils conjuguent les senti-
ments les plus divers. Entre la clarté et l'ombre dense, ils évo-
luent du sacré au profane. Tout en poésie et en technique, ils
mettent en œuvre la plupart des arts et des sciences : architec-
ture et sculpture, musique et peinture, botanique et agriculture.
Sous leurs parures éphémères, ils sont un langage éternel, reflet
de l'âme des peuples qui les ont engendrés.
I. En Perse et dans l'Islam, en Chine et au Japon, en Toscane,
en Angleterre ou en France, comme dans la plupart des civili-
sations, les jardins reflètent des croyances ou des mythes.
II. A l'aube du XV
e
siècle, la Touraine est surnommée par
Rabelais, “le jardin de la France”. Depuis lors, soit depuis un
demi-millénaire, l'Indre-et-Loire confirme sans cesse son talent
jardinier. Nombreux et superbes, ses jardins reflètent ou devan-
cent leurs siècles : Amboise et Chenonceau pour le XVI
e
,
Communication
Richelieu pour le XVII
e
; Chanteloup pour le
XVIII
e
, Langeais pour le XIX
e
et Villandry
pour le XX
e
. A la fin de ce millénaire, le
Conseil Général d'Indre-et-Loire, lance au
pays des châteaux le groupe des dix jardins
“extraordinaires” qui sont aidés, restaurés et
promus par leurs propriétaires respectifs. Or,
un seul de ces dix jardins “extraordinaires” n'a
pas de passé : celui de La Chatonnière, créé
il y a dix ans.
III. A quelques pas de Saché, où Balzac écrit
Le lys dans la vallée
, la Chatonnière est placée sous le signe du
lys et de la rose. Au cœur de la Touraine et de ses bons vins, ses
neuf jardins s'étendent sur 15 hectares, entre la Loire et l'Indre,
dans le périmètre classé patrimoine mondial par l'UNESCO. Ils
sont réalisés par un seul jardinier, Ahmed Azéroual, et un pay-
sagiste, Béatrice de Andia qui, avec une approche féminine, a fait
alterner les terrasses chères à la Touraine et les parterres à l'an-
cienne avec des dessins modernes et un paysage bouillonnant de
vie, de couleur et de naturel. Pour y parvenir, elle a d'abord sculpté
le paysage, première étape vers la création d'un jardin. Pendant
six hivers consécutifs, dans les flancs de la conque - au creux de
laquelle est blotti le château Renaissance doté de six tours -, neuf
parcelles de terre sont excavées. Entourées de murets, tour à tour
carrées ou rectangulaires, en demi-lune ou triangulaires, leurs ter-
rasses étagées sont la première ébauche. Les plantations sont la
seconde : elles permettent d'équilibrer les volumes et de répartir
les couleurs. Car créer un jardin, c'est constituer un bouquet de
fleurs à l’échelle de l'horizon, brosser un tableau dont les
teintes doivent s'alterner au fil des floraisons. C'est donc choisir
les espèces qui se succèdent pendant trois semaines ou trois mois
selon les variétés. Inspirée par les toiles de Manet et de Monet,
La Chatonnière est un jardin de fleurs. Folles ou ordonnancées,
elles fleurissent en massifs multicolores de Pâques à la Toussaint.
Fleurs cultivées ou fleurs sauvages, leur abondance, leurs cou-
leurs et leurs parfums différencient La Chatonnière des autres
jardins de Touraine. Le long d'un parcours initiatique, ces neuf
jardins symbolisent, tour à tour, le Silence, l'Élégance, les Sens,
l'Intelligence, les Sciences, l'Abondance, l'Invraisemblance,
l'Exubérance et les Romances
u
Grande salle des séances, le 15 janvier 2003.
La re
découverte
du
chant grégorien
La communication a été
illustrée musicalement
par les interventions du
Chœur grégorien de
Paris - Voix de femmes.
La publication de
l’intégralité du texte de
Jean Foyer, avec les
exemples musicaux
chantés par le chœur est
en cours.
Par Jean Foyer,
membre de l’Académie
des Sciences morales
et politiques
Créer un jardin
en Touraine
Communication
Par
Béatrice de Andia,
délégué général à l’Action
artistique de la Ville de Paris.
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