Printemps_2003 - page 7

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es textes de l’Antiquité attestent que plusieurs peintres peignirent leur auto-
portrait au IV
e
siècle avant J.C.. Puis, après une disparition, une absence de plu-
sieurs siècles, c’est par des enluminures, dans les marges de psautiers, qu’au XII
e
siècle, le peintre, le portrait du peintre par lui-même est réapparu. Reste que, très étran-
gement, le thème de l’autoportrait a longtemps été négligé. Peut-être parce que le mot
“autoportrait” lui-même n’a été entériné par les dictionnaires que dans les années 50 du
XX
e
siècle.
Or, l’autoportrait est un enjeu singulièrement important dans l’histoire de la pein-
ture occidentale. Il en est le plus intense révélateur des enjeux, comme il l’est des défis
de toutes sortes que le peintre doit, siècle après siècle, relever. Face à des autopor-
traits qui n’ont que faire de l’Histoire, ce dont il faut tenir compte et ce qui implique que
l’histoire de l’art ne puisse rendre compte de leur complicité, il faut encore ne pas être
dupe d’une maldonne psychologique. Il faut sans doute se souvenir de cette formule
de Socrate reprise par Cioran
(1)
qui peut tenir lieu d’exergue - ou de conclusion : “Connais-
toi toi-même”. Faut-il en faire le devoir de chacun ? Sans doute que non. Ce n’est que
dans la mesure où je ne me connais pas moi-même que je peux me réaliser et faire quelque
chose. Se connaître est fort heureusement une impossibilité. Car rien ne nous paralyse
autant que de savoir où nous en sommes, de peser nos défauts et nos mérites, d’avoir une
vue exacte de nos capacités. Seul celui qui se trompe sur soi, qui ignore les motifs de ses
actes, peut œuvrer. Un créateur qui est transparent à lui-même ne crée plus
u
(1)
Cahiers 1957-1972
, p. 228, 9 mai 1964, Gallimard, Paris, 1997.
Grande salle des séances, le 12 février 2003.
R
ésultat de trois siècles de persévérance, le palais des
Tuileries est inséparable des noms de Philibert de
l'Orme, Bullant, du Cerceau, Le Vau, Fontaine, Lefuel.
Inséparable du Louvre mais aussi des principes de 1789. Il était
un monument de mémoire. Il fut le siège du pouvoir central sous
tous les régimes de 1789 à 1870. Napoléon III l'a qualifié d'œuvre
nationale et a souligné que l'histoire des monuments a sa phi-
losophie comme l'histoire des faits.
Aucune loi n'a décidé de supprimer les Tuileries. L'esprit de
sauvegarde de la V
e
République nous a valu la restauration des
beaux
Appartements Napoléon III
du Musée du Louvre. Le
retour du palais des Tuileries ne ferait pas appel à d'autres prin-
cipes. Tous les plans sont conservés. En première analyse, le
coût serait de l'ordre du quart du montant des travaux du Grand
Louvre. L'ensemble Louvre-Tuileries est conçu pour être une
enceinte d'art. Il reste dénaturé et affaibli par cette déperdition
que constitue ce vide de 260 mètres de largeur. Peut-on rai-
sonnablement penser que la cour carrée gagnerait à être ouverte
par l'arasement de l'un de ses côtés pour dégager une pers-
pective vers le palais de l'Institut?
La restitution des Tuileries telles qu'elles étaient sous le
Second Empire ne serait ni un pastiche, ni une dépense dérai-
sonnable. Elle procurerait une relance de l'activité artistique
menacée. Ce serait un chantier de taille moyenne. L'Allemagne,
la Hongrie et la Russie nous en donnent l'exemple. Le baron
Haussmann, membre de l'Académie des Beaux-Arts, a expliqué
de manière convaincante que la perspective des Champs-Elysées
exige la reconstruction des Tuileries. La plus longue perspec-
tive de Paris ne serait pas obturée par le palais des Tuileries.
Elle serait rendue à elle-même. Il a également souligné que l'es-
sentiel est de conserver et de transmettre aux nouvelles géné-
rations la pensée de l'architecte, même si le support (la
pierre) n'est pas d'époque. Ce qui importe n'est pas la matière,
c'est l'expression du sentiment de l'auteur.
Communication
Communication
Une terrasse de 100 m
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pourrait être aménagée au sommet du
dôme de Philibert de l'Orme pour magnifier la perspective, mais
cette fois dans les deux directions : vers l'Arc de triomphe de
l'Etoile puis vers l'arc de triomphe du Carrousel, la cour
Napoléon et sa pyramide, la cour carrée, la mairie du 1er arron-
dissement et Saint-Germain l'Auxerrois.
Pour faire voter la loi d'arasement des ruines, en 1882, Jules
Ferry, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, s'est
engagé devant le Parlement, au nom du gouvernement, à recons-
truire les Tuileries, soit à l'identique, soit sous une forme plus
ramassée. La V
e
République ne contredirait donc pas son
aînée. Aucun régime n'est propriétaire du patrimoine, dépôt sacré
et indivis
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Grande salle des séances, le 26 février 2003.
L’autoportrait
Par
Pascal Bonafoux,
historien d’Art.
Faut-il reconstruire
les Tuileries ?
Par
Alain Boumier,
Président de
l'Académie du Second Empire
Rabier Serra de Rives,
Disposition pour un D,
1988.
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