Printemps_2004 - page 2

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Lettre
de
l'
ACADEMIE
des
BEAUX-ARTS
I N S T I T U T
D E
F R A N C E
Favoriser le développement de la
personnalité des jeunes artistes a été,
dès l ’ or i g ine , une mi s s i on de
l’Académie des Beaux-Arts. Une
longue histoire depuis la fondation l’Académie de France à
Rome, en 1666.
Les générations d’aspirants architectes, sculpteurs, peintres,
graveurs, compositeurs, sont venues à Rome, puis à Madrid,
confronter leur recherche aux chefs-d’œuvre qui y sont ras-
semblés, s’imprégner de la vie artistique, des mentalités, des
sensibilités dans les paysages auxquels elles sont liées.
Après la Villa Médicis, à Rome, jusqu’en 1968 –date de la sup-
pression des Prix de Rome par André Malraux-, la Casa de
Velazquez, à Madrid, est aujourd’hui le lieu privilégié ; elle
célèbre son soixante quinzième anniversaire. Son directeur,
Gérard Chastagnaret, rappelle à grands traits l’histoire de cet
établissement et précise son statut et ses orientations.
Ce qu’apporte, ce qu’exige le séjour à la Casa, des académi-
ciens qui ont été pensionnaires, en témoignent : “Ces deux ans
à la Casa m’ont vraiment permis de me trouver”, dit Jean
Cardot, et Guy de Rougemont : “la Casa de Velazquez a sauvé
ma vie de peintre”. Arnaud d’Hauterives a vécu à Rome et à
Madrid, il montre combien ses expériences commandées par
la nature, l’esprit, la tradition des deux temples, ont eu leur
caractère propre : “Si j’ai découvert le monde méditerranéen
en Italie, c’est en Espagne que je me suis trouvé picturale-
ment… je m’y suis véritablement ressourcé”.
Les uns et les autres tirent des leçons.
Deux récents pen-
sionnaires, Christophe Rameau et Véronique le Rétif, les ont
sans doute pressenties. Les regards ne peuvent être les mêmes.
Mais à la différence d’époque et d’âge, si l’on croit ressentir
chez les cadets une pression du métier qu’ils s’apprêtent à pra-
tiquer, ils partagent avec leurs aînés le bonheur qu’ils doivent
à la Casa de Velazquez pour la richesse de ce qu’ils y ont acquis.
LETTRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS •
Directeur de la publication :
Arnaud d’Hauterives •
Conception générale, rédaction et
coordination
: Nadine Eghels •
Conception graphique
: claude matthieu pezon • Imprimerie CL2 • ISSN 1265-3810 •
Photos
:
page 1, 12-13, 14 en haut, 14 en bas et 24 : Francisco Javier Ferreras Fincias / page 3 : Juiliette Agnel / pages 4, 5, 20, 22 et 23 :
Brigitte Eymann / pages 6 à 11 : Institut de France / pages 16, 17 : droits réservés / page 18 : Christophe Rameau / page 19
Véronique le Rétif •
Académie des Beaux-Arts
23, quai de Conti 75006 Paris
sommaire
page 2
Editorial
page 3
Réception sous la coupole :
Francis Girod
page 4
Réception sous la coupole :
François-Bernard Mâche
page 5
Séance commune en l’honneur de
l’Académie Roumaine
La réforme de la Réunion
des musées nationaux
Décorations et distinctions
Publications
pages 6 à 11
La photographie dans les
collections de l’Institut de France
pages 12 à 19
Dossier : le 75
e
anniversaire
de la Casa de Velazquez
page 20
Décès de Sir Peter Ustinov
page 21
Visites d’expositions :
Joan Miró, la naissance du monde
Aux origines de l’abstraction 1800-1914
pages 22 et 23
Prix de portrait en peinture
Paul-Louis Weiller
Grand Prix d’Architecture 2003
page 24
Calendrier des académiciens
Editorial
E
lu le mercredi 27 novembre 2003,
membre de la section des créations artistiques
dans le Cinéma et l’Audiovisuel, au fauteuil précédemment occupé par Claude
Autant-Lara, Francis Girod est né le 9 octobre 1944 à Semblaçay, Indre-et-Loire.
Il commence sa carrière, au début des années soixante, comme assistant réalisateur
d’Alex Joffé, Jean Pierre Mocky, Roger Vadim et Pierre Grimblat.
Il est par la suite journaliste au
Nouvel Observateur
et à l’O.R.T.F de 1964 à 1966.
Producteur associé, des films de Jacques Rouffiaux notamment, il passe à la réalisation en
1974 avec un premier film,
Le Trio infernal
, avec Michel Piccoli et Romy Schneider, film
qui fit sensation par sa liberté de ton inhabituelle dans le cinéma français. Ce non-confor-
misme cinématographique sera d’ailleurs une des constantes de l’œuvre de Francis Girod.
Parallèlement à la réalisation de films, son pragmatisme et son engagement dans le
monde du cinéma le poussent à occuper de nombreuses fonctions. Après avoir été membre,
à deux reprises, de la commission d’avances sur recettes, d’abord
sous la direction de Christian Bourgois puis sous celle d’Isabelle
Huppert, il mène une action importante au sein de la Société fran-
çaise des réalisateurs de films, qu’il préside de 1983 à 1989.
De 1991 à 1994, il est membre du conseil d’administration
de la cinémathèque française.
Depuis 1997, il est membre du
comité de sélection de Arte France Cinéma. Au cours des dix
années (1983-1993) qu’il consacre à l’enseignement du métier d’acteur, dans le cadre
de la classe caméra au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il rencontre
plusieurs générations de jeunes comédiens. En présidant actuellement la commission
cinéma à la Société des Auteurs et Compositeurs d’A rt dramatique, il poursuit son enga-
gement dans la défense des droits d’auteurs, problème d’une brûlante actualité.
Francis Girod est chevalier de la légion d’honneur, officier de l’ordre national du mérite
et commandeur des arts et lettres,
membre du conseil de l’ordre des arts et lettres.
Sa filmographie comprend nombre de films qui ont été très appréciés du public comme
de la critique, parmi lesquels :
Le Trio infernal
(1974),
L’Etat sauvage
(1978),
La Banquière
(1980),
Le Grand frère
(1982),
Le Bon plaisir
(1984),
L’Enfance de l’art
(1988),
Passage
à l’acte
(1995),
Mauvais genres
(2001)...
En 2003, il a réalisé pour Arte un film documentaire,
Claude Chabrol,
mon premier
film
, qui inaugure une série consacrée aux grands cinéastes contemporains.
Extrait du discours prononcé par Laurent Petitgirard
Vous recevoir sous cette prestigieuse coupole, c’est enrichir l’Académie des
Beaux-Arts non seulement d’un grand cinéaste,
mais également d’un producteur
audacieux, d’un professeur émérite, d’un acteur original et d’une plume acérée.
Reconnaissez que tous ces talents réunis en un seul académicien représentent un amor-
tissement au fauteuil tout à fait exceptionnel et en parfaite conformité avec les talents
multiples des grands artistes qui composent la section des créations artistiques dans le
Cinéma et l’Audiovisuel de notre Académie […] Vous avez compris qu’un film s’écrit
aussi par la musique et que le metteur en scène se doit tout autant d’être un directeur
d’acteur qu’un directeur d’auteur, ce qui explique ces collaborations en “haute fidélité”
avec vos compositeurs comme avec vos scénaristes,
Georges Conchon, Françoise
Giroud,
Michel Grisolia, Jean-Loup Dabadie ou Gérard Miller. Comme l’affirmait
votre prédécesseur, “le cinéma est un art où il faut avoir du talent à plusieurs” […]
Francis
Girod
Réception
sous
la
Coupole
Le mercredi 17
décembre 2003, le cinéaste
Francis Girod était reçu
par Laurent Petitgirard,
membre de la section de
Composition musicale.
Extrait du discours prononcé
par Francis Girod
Je succède aujourd’hui à Claude
Autant-Lara, remarquable réalisateur
de cinéma, qui n’a jamais hésité à pro-
clamer haut et fort ce qu’il pensait. Il
aimait à se définir comme “le poivre sur
la plaie, l’huile sur le feu, le feu aux
poudres”. Ce serait donc une forme
d’irrespect à sa mémoire que de prati-
quer la langue de bois à son égard.
Alors parlons tout de suite, et sans com-
plaisance, de ce qui fâche et qui avait
tant peiné ses confrères de l’Institut sur
la fin de sa vie. Une amertume incom-
mensurable l’a irrésistiblement conduit
à une sorte de rage, aux relents antisé-
mites, à une paranoïa qui l’a aliéné, lui
dont la liberté de penser était la source
même de son œuvre. Ses
Mémoires
écrite sur la fin de sa vie, constituent un
document passionnant sur la création
artistique du siècle dernier, car il a
côtoyé les plus grands talents de son
temps, mais hélas, les souvenirs sont
gâchés par des délires contradictoires,
des bouffées de sénilité. On dirait alors
qu’il court après Céline, ce qu’il y a de
pire chez Céline. On souffre de voir
Claude Autant-Lara se présenter en
victime d’un complot mondial ourdi par
ce qu’il appelle “le triple pool”, repre-
nant à son compte la formule favorite
de Galtier-Boissière, le créateur du
Crapouillot
, pour dénoncer la toute
puissance des financiers juifs, protes-
tants et catholiques. Ces jérémiades
agressives sont indignes de lui. Les erre-
ments de la fin de vie de Claude
Autant-Lara entachent l’image de
l’artiste et masquent la force d’une
œuvre qui a réjoui ma jeunesse et forti-
fié mon mauvais esprit du temps où,
jeune cinéphile, j’étais un pilier des
cinémathèques et des cinémas de
Belgique et de France. […]
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