Printemps_2004 - page 6

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La photographie dans les
collections de l’
Institut de France
(suite)
Une collection
d’un juste éclectisme
D
epuis toujours, la photographie est au cœur des col-
lections de l’Institut de France. Les liens entre l’Institut
de France et la photographie sont très anciens : c’est
en effet dans la grande salle des séances du palais du quai Conti
que fut révélé, le 19 août 1839, un tout nouveau procédé de
fabrication d’images dont la paternité était attribuée à Louis-
Jacques Mandé Daguerre ; la naissance de la photographie était
ce jour officiellement proclamée lors d’une séance désormais
historique de l’Académie des sciences. François Arago, secré-
taire perpétuel de l’Académie et instigateur de ce “lance-
ment” du daguerréotype, entrevit très tôt, comme de nombreux
académiciens, l’importance capitale de la photographie nais-
sante. Fidèle à sa mission, qui est
d’encourager les recherches et les
créations dans les domaines des
sciences, des arts et des lettres,
l’Institut prit une part active dans
l’essor de la nouvelle technique.
Dès lors, il n’est pas étonnant
de trouver certaines des toutes
premières photographies dans les
archives de l’Institut.
Durant la
seconde moitié du XIX
e
siècle, les cinq académies (Académie
française, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Académie
des Sciences, Académie des Beaux-Arts et Académie des Sciences
Morales et Politiques) reçurent chacune de nombreuses épreuves
liées à leurs différentes activités.
Une investigation systématique dans les bibliothèques, les
archives et les musées-fondations de l’Institut a révélé un for-
midable gisement. La recherche a été conduite avec opiniâtreté
pendant plusieurs années par deux professeurs mis à disposition
de l’Institut de France. Premiers essais photographiques encore
cachés dans les plis d’un courrier, portraits glissés par affection
parmi des papiers personnels..., cousus, épinglés, collés, rete-
nus par un ruban, tombant d’un volumineux rapport de mission,
soigneusement rangés dans un coffre du château de Langeais
ou une armoire de l’abbaye royale de Chaalis, des clichés anno-
tés de la main de Blanquart-Evrard, de Maxime Du Camp ou
de Gaston Maspero sont venus s’ajouter aux fonds déjà connus
et dûment répertoriés : en tout, quelque 40 000 images,
mettant
en œuvre les procédés les plus divers, furent ainsi répertoriées.
Cette collection inédite se distingue tout d’abord par son inté-
rêt historique ; des épreuves très anciennes, comme un néga-
tif d’Hippolyte Bayard d’octobre 1839, pourraient remettre en
question les dates clés de l’histoire de la photographie.
L’ensemble est également remarquable par la présence, la
beauté et l’état de conservation d’œuvres de très grands maîtres
(John B. Greene, Gustave Le Gray, Édouard-Denis Baldus, les
frères Bisson).
Son originalité essentielle réside cependant dans l’heureux
éclectisme des thèmes abordés : photographies scientifiques,
tours du monde archéologiques et architecturaux, prémices
du reportage de guerre, portraits, paysages, juste reflet de la plu-
ralité des compétences rassemblées à l’Institut.
En haut : Photographe non identifié,
Dignitaire
, sans date. épreuve encaustiquée
sur papier albuminé rosé, 21,3 x 16,3 cm.
Bibliothèque de l’Institut, Schlumberger .
Ci-dessus : Photographe non identifié,
Retour du bal costumé
, sans date. épreuve encaustiquée
sur papier albuminé, 20,4 x 16,7 cm.
Bibliothèque de l’Institut, Schlumberger.
A gauche : Photographe non identifié,
Découverte de l’Antinoüs
, 30 octobre 1894,
aristotype rose, 18 x 12,1 cm.
Bibliothèque de l’Institut.
Premiers essais
photographiques
encore cachés dans
les plis d’un courrier,
portraits glissés par
affection parmi des
papiers personnels...”
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