Printemps_2004 - page 8

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La Casa de Velazquez
(suite)
Le pays secret
Rencontres avec Arnaud d’Hauterives,
Jean Cardot et Guy de Rougemont,
anciens pensionnaires de la
Casa de Velazquez
Arnaud d’Hauterives,
membre de la section de Peinture,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts
Quel souvenir gardez-vous aujourd’hui de ce séjour à la Casa de
Velazquez, quelle influence a-t-il eu sur votre œuvre, comment
a-t-il été ou non déterminant pour votre itinéraire artistique ?
Mon séjour à Madrid a été capital, peut-être encore plus
probant que mon séjour à Rome. En effet dès ma sortie de l’Ecole
des Beaux-Arts, j’ai obtenu le Grand Prix de Rome et j’ai eu la
chance de séjourner quatre ans à la Villa Medicis. Quand je suis
arrivé à Madrid, j’étais déjà imprégné du monde méditerranéen
qui auparavant m’était totalement étranger puisque je suis ori-
ginaire du nord-est de la France. Si j’ai découvert ce monde médi-
terranéen en Italie, c’est en Espagne que je me suis trouvé pic-
turalement. J’y ai exploré un pays plus secret, plus fermé, qui
répondait parfaitement à ma personnalité, avec des paysages
amples et beaucoup moins fleuris. Je m’y suis véritablement res-
sourcé. Très amoureux de la peinture espagnole, je me retrou-
vais là dans un contexte beaucoup plus prenant que lors de mon
séjour en Italie. J’y suis resté deux ans. J’y ai beaucoup voyagé,
j’ai véritablement sillonné ce pays qui m’a profondément marqué.
Ce vaste territoire était encore essentiellement rural, avec des
traditions vivaces. Les artistes qui venaient à Madrid étaient pour
la plupart très attachés à ce folklore, nourri de tauromachie et de
flamenco, à cette authenticité qui n’existait pratiquement plus
en France. C’était vraiment la découverte d’un monde qui à cette
époque correspondait à ce que j’attendais.
Comment cette expérience s’est-elle transposée dans votre
peinture ?
Au retour de Rome, je pratiquais une peinture non figurative.
Je suis revenu ensuite à la figuration et c’est en Espagne que j’ai
fortifié ma démarche picturale et que j’ai véritablement
trouvé ma voie. L’expérience s’est révélée concluante puisqu’à
mon retour de Madrid j’ai obtenu le Prix de la Critique. C’est
en Espagne que j’ai entrepris cette envolée vers une autre vision.
Ce retour à la figuration a été inspiré par les scènes de vie et les
paysages, imprégné par les couleurs de l’Espagne. Avec mon
condisciple Guy de Rougemont, nous partions pour de grandes
ballades en voiture, qui se révélaient extrêmement enrichissantes
pour nos créations à venir.
Comment appréciez-vous le travail des pensionnaires actuels
de la Casa de Velazquez ?
L’attente n’est plus du tout la même qu’il y a quarante ans !
Nous étions attirés par la dimension folklorique de l’Espagne,
aujourd’hui c’est un domaine qui n’intéresse plus les pension-
naires. Ils vont là-bas où ils ont la faculté de pouvoir travailler
dans un cadre très chaleureux, à l’abri des soucis financiers,
La Casa de Velazquez, son
histoire et son projet
Par
Gérard Chastagnaret
, Directeur de la Casa de Velazquez
Son histoire
Les origines de la Casa de Velazquez remontent au début du
XX
e
siècle et, plus précisément, à la Première Guerre mondiale.
Le gouvernement français mobilise alors intellectuels et artistes
de renom au service d’une stratégie de rapprochement avec
l’Espagne. En 1916, dans le cadre d’une visite en Espagne de
membres de l’Institut, Charles-Marie Widor, Secrétaire perpé-
tuel de l’Académie des Beaux-Arts, exprime le vœu que les
artistes français puissent compléter leur formation en Espagne,
comme ils le faisaient à Rome.
Au terme d’une campagne menée par Pierre Paris, un archéo-
logue passionné d’Espagne, avec le plein appui de Charles-Marie
Widor, le roi et plusieurs responsables politiques espagnols adhé-
rèrent à l’idée d’une maison accueillant intellectuels et artistes
français. Alphonse XIII choisit lui-même, dans ce qui allait deve-
nir la cité universitaire de Madrid, un terrain de plus de 20.000m
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qui, par une loi de 1920, fut cédé à la France en usufruit, à condi-
tion d’y construire une résidence pour artistes et chercheurs.
Les premiers bâtiments furent inaugurés en 1928 et l’ensemble
terminé en 1935. L’année suivante commençait la guerre civile
espagnole. En première ligne dans la bataille de Madrid, la Casa
de Velazquez fut incendiée et entièrement détruite. Artistes et
hispanistes se replièrent d’abord à Fès, au Maroc, avant de reve-
nir à Madrid en 1939, pour s’installer dans un hôtel particulier.
En 1959, enfin reconstruite, elle réintègre son site d’origine.
Son statut actuel
Etablissement public à caractère scientifique, culturel et pro-
fessionnel dépendant du Ministère de l’Education nationale, la
Casa de Velazquez a pour mission de développer les activités
créatrices et les recherches liées aux arts, aux langues, aux lit-
tératures et aux civilisations de l’Espagne et des pays ibériques
et hispaniques et de contribuer à la formation d’artistes, de cher-
cheurs et d’enseignants chercheurs. Au regard des autres éta-
blissements qui font partie du même réseau, comme l’Ecole
française d’Athènes, l’Ecole française de Rome ou l’Institut
d’Archéologie Orientale du Caire, elle présente donc, par son
caractère doublement pluridisciplinaire, une nette originalité.
L’Académie des Beaux-Arts participe activement à la fois à son
conseil artistique et à son conseil d’administration.
La section artistique
Elle comprend treize membres : recrutés pour un an par le
conseil artistique, ils sont généralement renouvelés pour une
deuxième année. Toutes les disciplines artistiques peuvent être
représentées : peinture, sculpture, gravure, architecture,
musique,
cinéma, photographie. Les membres disposent à la Casa d’un
atelier ; ils participent à deux manifestations statutaires annuelles
(expositions ou concerts), à l’issue desquelles ils sont tenus de
laisser une œuvre réalisée pendant leur séjour. La Casa accueille
aussi, pour un séjour d’une année renouvelable, des artistes dési-
gnés et rémunérés respectivement par les villes de Valence et
Saragosse. Elle reçoit enfin des boursiers temporaires pour des
séjours allant de un à trois mois.
Les orientations présentes
La politique artistique de la Casa prend en compte les deux
missions fondamentales de la section artistique :
- offrir la possibilité à de jeunes artistes de se perfectionner
dans leur discipline au contact des réalités espagnoles tant
présentes que passées,
- stimuler les relations et les échanges culturels entre l’Espagne
et la France.
Plus largement, elle s’attache à concilier son ambition d’être
un pôle d’excellence de la création française avec un souci
d’ouverture sur la création espagnole et une volonté d’insertion
dans un réseau européen dont témoignent les partenariats. Les
expositions et les concerts réalisés en collaboration avec des orga-
nismes publics espagnols illustrent ce double but d’une insti-
tution à la fois exigeante et largement ouverte.
A gauche, de haut en bas : la bibliothèque ;
la façade, angle sud-est, vers 1940 ;
la façade en 1959 ; le patio.
Pages précédentes : la façade arrière.
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