Printemps_2005 - page 18

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Ingres, Delacroix, Moreau, Manet, Renoir, Toulouse-Lautrec
et Gauguin) pour souligner que l’anatomie – reproduction,
a fait place progressivement à d’autres enjeux, selon les
couleurs, les matériaux, les thèmes choisis, par ces peintres.
L’Olympia
de Manet, ou les nus de Gauguin aux Marquises,
ne se situent plus dans le champ de l’étude anatomique.
Enjeux métaphysiques
Pendant que certains s’égarent et égarent, d’autres artistes
inspirés quelquefois par écrivains et poètes, témoignent que
l’homme, irréductible à un
corps
, est doté de deux capacités
essentielles qui dans une certaine mesure, le soustraient au
déterminisme et lui ouvrent les voies de la créativité.
Métabiologie
L’homme ne possède pas un
corps
, il est ce corps, dont il
module le patrimoine génétique toute sa vie durant sous
diverses influences de comportement et d’environnement,
confirmant la plasticité du vivant (épigénétique).
Métapsychologie
Toute personne a une double vie secrète : l’une intime qu’il
tait, mais connaît ; l’autre, mal connue de lui-même, large-
ment in-sue, puisqu’il n’y accède qu’imparfaitement, comme
en témoigne sa parole, limitée par l’ineffable, ce qu’il ne peut
dire, parce qu’il n’a pas les mots pour le dire, ou ne sait pas
ce qu’il voudrait dire. Ce vouloir-dire qui ne parvient pas à
la parole, procède de l’inconscient d’un individu, sa méta-
psychologie, qui lui échappe et qu’il n’admet pas volontiers,
car il n’est pas facile d’admettre qu’un passager clandestin
se mêle de tenir la barre de votre bateau. Les artistes ont,
me semble-t-il, mieux perçu et pris en compte que les méde-
cins-anatomistes, ces données essentielles.’
Grâce à son ami Baudelaire, Gustave Courbet s’est intéressé
aux vulgarisations de recherches scientifiques relatives au rêve,
à l’hypnose et aux phobies (
Le désespéré
1844). Le peintre
P.A. Brouillet n’a pas le talent de Théodore Géricault, mais au
lieu de peindre des diagnostics sans fondement scientifique,
il peint la consultation du Professeur Charcot à l’hôpital de la
Salpêtrière, parce qu’il a compris l’importance du constat du
neurologue. Au-delà des apparences, la femme “paralysée”
qui est présentée ne souffre d’aucune lésion organique
décelable mais seulement d’hystérie, c’est-à-dire de troubles
cessant aussi spontanément qu’ils étaient apparus. Freud, qui
fut stagiaire de Charcot, montra comment ces paralysies hysté-
riques – si fréquentes de son temps et aujourd’hui quasiment
disparues –, résultaient de l’écart séparant l’anatomie réelle
des anatomistes, d’une autre anatomie, imaginaire, fondée sur
la place de l’image dans la problématique humaine. Une
anatomie psychique
en quelque sorte selon laquelle les mots
“cœur” ou “sein”, désignent une toute autre chose pour l’in-
dividu qui les prononce, que pour l’anatomiste.
Et ce ne sont pas les plasticiens ou les artistes, dont la créa-
tivité dépend des forces, aussi vives que mystérieuses, de son
imaginaire, qui nieraient l’importance essentielle de l’incon-
scient dans l’Art.
En haut, de gauche à doite :
Géricault,
La Parieuse
, huile sur toile, 1818.
André Brouillet,
La leçon de Charcot
, huile sur toile, 1887.
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