Printemps_2005 - page 22

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Dès 1971, René Huyghe s’interrogeait sur l’origine
des formes
2
et analysait en termes de formes et forces
la peinture française, des impressionnistes à
Toulouse-Lautrec
3
.
Pour un mathématicien, André Lichnerowicz, les deux
aspects de la création, scientifique et artistique, se
confondent et se sont toujours confondus
1
. Du début
du XVII
e
siècle jusqu’à Fresnel, la mécanique est la
discipline reine ; l’espace est celui de Newton, séparé
du temps. A cette permanence de la matière
répondent, dans le domaine de l’art, la science des
proportions, les règles de la perspective et les lois de la
beauté. 1870 : c’est l’impressionnisme, mais c’est aussi
la lumière, qui devient une onde électromagnétique.
Dans les années 1905-1925 “le réalisme de la matière
s’est dissout en art comme en science” et aux travaux
d’Einstein, à la fusion de l’espace et du temps
répondent en peinture cubisme, représentations
spatiotemporelles de Duchamp, chromatisme de
Delaunay, transfiguration surréaliste, écriture de
Malevitch et de Mondrian. “Dans ce dernier quart
du vingtième siècle, conclut Lichnerowicz,
malgré certaines apparences, science et peinture,
filles de notre esprit, continuent à évoluer dans une
étrange harmonie”.
Trois sculpteurs n’ont pas traduit la biologie de leur
époque, mais s’y sont confrontés : Constantin Brancusi,
Jean Arp et Etienne Hajdu. Chez Brancusi, le concept
de l’œuf, l’irruption de la vie dans son unité d’origine,
sa forme naissante, sa force élémentaire apparaissent
avec le
Nouveau-né
de 1912 et le
Commencement du
monde
de 1924. Il y a chez Arp, dans son œuvre en
ronde-bosse, une expérience presque biologique de la
création. “Il me faut des années pour mener à bien une
sculpture et je ne la lâche pas avant que soit passé dans
ce corps suffisamment de ma vie”. Les noms que donne
Arp à ces sculptures renvoient souvent aux choses de la
vie. Le terme de
concrétion,
qui recouvre une série
commencée en 1933, s’applique au cœur qui bat, au
sang qui coagule, ou au lait qui caille. Même élan vital,
mêmes forces de croissance qui emportent, brassent
animal, végétal et minéral dans
Torse avec bourgeons
(1961),
Torse gerbe
(1959),
Feuille se reposant
(1965)
ou
Le fruit qui marche
(1955). Hajdu fut sans doute le
premier sculpteur de la biologie cellulaire à laquelle il
s’était initié dans le laboratoire de Marcel Prenant.
Il part de l’œuf de Brancusi,“dans l’œuf il y a le germe
profond mais, ajoute-t-il, la coquille doit se briser car la
vie naît de la division” et, dès 1947, il se cherche un
nouvel alphabet, en référence à la cellule, son cycle, ses
mouvements. A partir de la structure du “fuseau”, il
développe un nouveau langage, qui renvoie parfois très
explicitement au monde biologique, sans s’y limiter.
Du côté de la peinture, deux membres de cette
compagnie ont pris des positions plus complexes.
Ci-dessous : Henry Moore,
Sulpture en deux parties n°2
, bronze, 1968.
En bas : reproduction en volume d’un ribosome, organite intra-cellulaire
constitué de deux sub-unités.
En bas, à gauche : Hans Arp,
Configuration
, huile sur toile, 1927.
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