Printemps_2005 - page 7

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Nul n’aurait la naïveté de croire qu’anato-
mistes et artistes ont accompli au cours des
siècles une démarche strictement parallèle, les
uns dans le domaine scientifique, les autres
dans le domaine de l’esthétique. Les uns et les autres n’ont pas
cessé d’utiliser les avancées de leurs progrès mutuels, tissant
des liens définitifs et féconds, dont est issu l’abondant et magni-
fique patrimoine artistique de notre civilisation occidentale.
Dans ce
regard
porté ici sur leur long compagnonnage, – et
qui ne saurait évidemment prétendre à l’exhaustivité – nous
proposons de souligner trois périodes-repères, correspondant
à trois révolutions de ces rapports réciproques.
La première est celle des prosecteurs, fruit des premières
dissections humaines pratiquées par les anatomistes, voire
par les artistes eux-mêmes. Après Leonard de Vinci,
Michel-Ange et Dürer, Vésale établit les bases d’une anatomie
scientifique, reprise par d’innombrables peintres et sculpteurs
recourant parfois aux artifices des écorchés ou des cires
peintes. Cette ère qui a érigé un
Homo Anatomicus
est évidem-
ment traversée par des enjeux politico-financiers (pouvoirs
divers) et socio-culturels (dérives phrénologiques et physiogno-
moniques) qui ont pérennisé une vision dualiste de l’être
humain constituée de la somme d’un “
corps
” et d’un “
esprit
”,
aux conséquences désastreuses évoquées plus loin.
La seconde révolution, celle des
radiologues-imageurs
, a
substitué à l’anatomie du cadavre, une anatomie du VIVANT.
Les tomographies du scanner et de l’I.R.M., sont plus incisives
et pénétrantes que le scalpel, imageant en quelques minutes,
sans souffrance ni cicatrice, l’être humain dans ses trois dimen-
sions et donnant de lui, par les images de construction virtuelle,
une vision égale sinon supérieure à la vision directe.
La troisième révolution, celle des
biologistes
, a suivi immé-
diatement la précédente, proposant une anatomie humaine
de l’infiniment petit, fondée sur les sondes de la biologie molé-
culaire et la connaissance de l’A.D.N. du génome, qui pénè-
trent jusqu’au plus intime de l’être et de ses fonctions, substi-
Dossier
Dossier réalisé par
François-Bernard Michel
,
Membre libre, avec la collaboration de
Emmanuel-Alain Cabanis
, Professeur de
Neuro-Radiologie au Centre hospitalier
national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts,
Jean-Paul Sénac
, Professeur de
Radio-diagnostic au CHU de Montpellier,
Pascal Demoly
Professeur
d’allergologie au CHU de Montpellier
et
Régine Detambel
, romancière, biographe et
essayiste, auteur de
La Ligne âpre
(Ed. Chr. Bourgois)
Nous tenons à remercier la société
General Electric Health Care
pour son soutien à l’iconographie.
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