Printemps_2005 - page 8

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tuant à
L’Anatomicus
un
Homo Biologicus
. Les tenants de
cette anatomie et certains partisans des sciences cognitives ne
désespèrent pas d’expliquer le fonctionnement de la pensée,
pourquoi pas de “l’âme”, par des mécanismes d’activation
physico-chimique du cerveau.
Pendant ce temps, les plasticiens évoluent dans l’entre-deux
d’un savoir scientifique dont ils n’ont pas les données mais
pressentent – “comme s’ils voyaient l’invisible”, selon la belle
formule de René Huyghe –, et l’expression d’une créativité
surgie de leur imaginaire.
Ils ne se satisfont plus des seules apparences anatomiques de
la machinerie humaine et la décomposent pour l’appréhender
et la comprendre mieux. Sous l’impulsion de la pensée et des
œuvres de Hans Arp, Henry Moore, Paul Klee et tant d’au-
tres, ils évoluent de re-présentations humaines convention-
nelles vers des
figures biomorphes
, c’est-à-dire des formes
issues de la vie elle-même.
Mieux que les anatomistes – et les médecins en général –
les artistes plasticiens ont, me semble-t-il, perçu, ou au moins
pris en compte, la dimension spirituelle de l’homme et de sa
part d’in-su inaccessible, qui fait sa spécificité. Ils ont plus
ou moins confusément pressenti deux caractères essentiels
de l’humain :
-
sa métabiologie
(l’homme module lui-même son anatomie
par ses comportements et environnements).
-
sa métapsychologie
. P.A. Brouillet n’a pas le talent de
Théodore Géricault pour peindre “les folles de la Salpêtrière”
mais il a perçu l’importance essentielle du constat du
Professeur Charcot, lors de ses consultations dans ce même
hôpital, auxquelles assistait le Docteur Sigmund Freud. Ces
fausses paralysies, sans lésion du cerveau, disparaissant aussi
spontanément qu’elles étaient apparues, ces hystériques “histo-
riques” qu’on ne voit plus aujourd’hui, procédaient d’une
sorte d’“
anatomie psychique
”, émergence de l’inconscient
selon laquelle les mots “mon bras” “ma jambe”, n’ont pas le
même sens pour l’individu qui les prononce, que pour
l’anatomiste qui les observe.
Aucun artiste, certes, n’avait attendu Charcot, Freud et les
autres, pour intégrer à sa création les sources inventives de
son inconscient, perçues plus ou moins confusément. Mais
admettre la réalité et l’importance d’une psychologie et d’une
biologie “en méta”, c’est-à-dire derrière ou après l’univers
immédiatement perceptible du visible, a été, sera, un élément
essentiel de l’évolution artistique des XIX
e
, XX
e
et XXI
e
siècle.
Cette belle médaille d’une connaissance acquise présente
cependant son revers à nos yeux. Ceux-ci voient trop souvent
l’idée et le concept primer sur la qualité de leur expression
plastique, le primesaut sur le travail artistique fondamental,
la spontanéité sur l’ouvrage remis sur le métier.
Ci- contre :
La Punition de
Lacoon et ses fils
(auteur
inconnu), I
er
siècle avant J.C.
Le sculpteur avait une notion
très précise des proportions
anatomiques, puisque le
scanner superpose
parfaitement ses images
aux siennes.
A droite : le
David
de
Michel-Ange.
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