Printemps_2012 - page 28-29

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Antoni Tàpies
é
lu en 1994 membre associé étranger de
l’Académie des Beaux-Arts, Antoni Tàpies est
décédé le 6 février 2012 à Barcelone où il était
né en 1923. Reconnu internationalement comme un
des peintres les plus importants du XX
e
siècle, l’artiste
catalan a pratiqué une esthétique de la pauvreté,
préfigurant la notion d’
arte povera
, à partir de matériaux
de récupération qu’il détourne de leur fonction et qui
n’ont de sens que dans la mesure où il les transfigure
en symboles de l’usure du temps. Ses signes universels
se prêtent à toutes les interprétations, humaines,
politiques, religieuses. En pratiquant ce qu’il appelle
« la méthode de la non-méthode », son geste inscrit,
conjure et jugule l’image pour un art métaphysique
et moyen de connaissance. Dès 1946 il expérimente
les grattages et les graffiti sur ses hautes pâtes. Cette
période
murale
renvoie à l’étymologie de Tàpies : 
tapiar
en catalan ne signifie-t-il pas mur ? Ces surfaces
s’offrent à l’aventure alchimique des médiums : sable,
plâtre, résines, poudres de marbre intégrés à l’huile, aux
pigments sourds, au noir mystique qui dialogue avec le
blanc de la toile. Le bois, la tôle, le carton d’emballage,
les serviettes pliées, les cordes cohabiteront plus
tard avec des objets quotidiens, témoins de la nature
des choses desquelles naît l’œuvre. La signalétique
de Tàpies vaut comme thématique identitaire, avec
la croix, des lettres, des empreintes de mains, de
pieds, évoquant des ex-votos. Sa peinture reste une
méditation poignante sur la destinée humaine. En 1994
le musée du Jeu de Paume à Paris lui avait consacré
une rétrospective. À Barcelone une fondation qu’il avait
créée en 1984 porte son nom.
u
Lydia Harambourg
, historienne critique d’art,
membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts.
H
ommages
A
ctualités
Le « mini-site » du
dossier de la Lettre
D
epuis le numéro 67, le dossier thématique de la
Lettre de l'Académie des Beaux-Arts
est accessible au
format d'un « mini-site » internet, directement à partir de
la page d'actualité du site de l'Académie des Beaux-Arts.
En plus d'offrir une présentation adaptée à la lecture sur
les écrans d'ordinateurs et de tablettes, les avantages de
cette version sont, d'une part, de permettre aux moteurs de
recherche, tels Google ou Yahoo, de référencer le contenu
des articles et de le proposer rapidement aux internautes,
et, d'autre part, grâce aux liens présents dans les textes, de
rediriger ces mêmes visiteurs vers les sites et pages officiels
des auteurs, des membres de l'Académie et de l'institution.
Ce « mini-site » constitue un outil complémentaire
à ceux déjà existants, contribuant à renforcer la
présence de l'Académie sur internet, la diffusion de
son actualité et des travaux de ses membres.
u
Distinctions
Le 2 avril 2012, l’Académie des Sports a remis à
Régis Wargnier
, membre de la section des Créations
artistiques dans le cinéma et l'audiovisuel, le Prix
Henri Desgrange 2011 pour son film
La ligne droite
.
Ce prix récompense un journaliste, auteur ou artiste
français ayant, dans l’exercice de sa profession, le mieux
servi la cause sportive, soit par son action, soit par la
qualité de ses écrits, de ses missions ou images.
Patrick de Carolis
, membre de la section
des Membres libres,
a été promu Officier dans
l’ordre national de la Légion d’honneur.
Aymeric Zublena

a été élu Président du
Conseil artistique de l’Académie de France à
Madrid - Casa de Velazquez.
Publication
P
arution, aux éditions Ajatel, de l'ouvrage
Jacques
Treffel en son temps
, recueil de témoignages
en hommage à
Jacques Treffel
(1922-2008).
Ardent défenseur de la Francophonie, ce haut
fonctionnaire du ministère de l’éducation nationale,
correspondant de l’Académie des Beaux-Arts et
Président de l’Association des Membres de l’Ordre
des Palmes Académiques (1973-2008), fit rayonner
l’excellence scolaire et la culture française.
Pierre Schoendoerffer, ce sont ses propres mots,
avait de toute évidence quelque chose à dire,
à nous dire. Il fut le témoin puis le peintre des
sagas lointaines et décriées.
Et toute sa vie de combattant, de reporter,
d’écrivain, de cinéaste atteste l’étendue de son
talent et la profondeur de son humanisme.
S'il choisit d’abord le cinéma parce qu'il ne jugeait
pas sa plume à la hauteur de son ambition, s'il
choisit d'entrer au Service cinématographique des
armées parce que les portes des producteurs restaient
fermées, il fit de ces choix une vocation sublime.
Sublime car elle servait un intérêt supérieur, un intérêt qui
n'était ni le sien, ni celui de la pensée dominante, ni celui
de la myopie politique qui ne sut ni éviter la tragédie des
conflits coloniaux, ni célébrer l’honneur de ceux qui en
revinrent déchirés par l’épreuve.
Un intérêt qui s'incarnait alors en ces hommes
et ces femmes à l'engagement sacrificiel, prêts à
mourir sur un sol qui n'était pas le leur pour ne
pas trahir les couleurs qu'ils portaient. […]
De ses trois années de guerre en Indochine, où il partagea
toutes les épreuves de ses frères d’armes, des sauts sur Diên
Biên Phu avec le 1
er
Régiment de chasseurs parachutistes
au camp de prisonniers, il disait qu’elles avaient de quoi
remplir une vie entière.
Tant de bravoure et tant de souffrance, tant de
fraternité et tant d’amis disparus, tant d’amertume et
pourtant tant d’amour pour ces terres d’Indochine :
oui il y avait là de quoi remplir une vie entière.
Mais de ces trois années, Pierre Schoendoerffer fit
alors une œuvre d’art dont la lueur scrutait le cœur
battant et vacillant des hommes de devoir. […]
La 317
e
Section
,
Le Crabe Tambour
,
Diên Biên
Phu
, sont les volets magistraux de cette œuvre qui
rendit leurs lettres de noblesse à l’engagement de nos
militaires, à cette jeunesse dont on ne dira jamais assez
combien elle souffrit de l’incompréhension, du rejet et
parfois de l’oubli de certains de nos compatriotes.
Parce qu’il fut l’un des leurs, parce qu’il s’exposa aux
mêmes dangers et aux mêmes souffrances,
Pierre Schœndœrffer noua des liens très forts avec ses
frères d’armes.
Distingué par la Médaille Militaire, par la Croix
de Guerre des théâtres d’opérations extérieures
et par la croix du combattant volontaire, il devint
soldat de 1
re
Classe d’honneur du 1
er
Régiment
de chasseurs parachutistes en 2006. »
Pierre Schœndœrffer
Notre confrère le cinéaste Pierre Schœndœrffer, vice-président de l'Académie, nous a quittés le 14
mars 2012. Ses funérailles ont rassemblé aux Invalides de nombreux admirateurs de l’homme comme
de l’œuvre. Parmi eux, le Premier ministre François Fillon, dont voici des extraits du discours.
En haut : Pierre Schœndœrffer, au centre,
sur le tournage de
La 317
e
Section
, réalisé en 1965,
avec Jacques Perrin et Bruno Cremer.
Photo DR.
En haut :
Cartó amb T negra
, 2000.
© Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap, 2001.
1...,8-9,10-11,12-13,14-15,16-17,18-19,20-21,22-23,24-25,26-27 30-31,32
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