Printemps_2012 - page 30-31

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ommunication
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Après avoir passé en revue et commenté les structures
des principaux « bio-polymères », intervenant aujourd’hui
dans la vie cellulaire (ADN, ARN, protéines) il propose
que la vie, dans son émergence et son foisonnement, aurait
plutôt découlé de l’asymétrie. Ainsi bien que l’ADN – la plus
connue par le public des macromolécules ! – reflète une
structure symétrique en double hélice, dont la stabilité en
a fait la gardienne du code génétique et de notre hérédité,
il n’en est pas moins dépourvu de pouvoir catalytique. Il
en va de même pour certaines protéines aux « motifs »
d’agencement réguliers, intervenant dans le revêtement des
tissus, ou la rigidité de certaines structures. En revanche,
c’est l’apparente irrégularité des formes (leur structure
tridimensionnelle complexe, très souvent asymétrique) qui
a imparti aux protéines enzymes et à certains ARN leur
aptitude à catalyser les réactions biochimiques propres à
la vie, grâce à leur faculté de reconnaissance spécifique
dans l’espace, qui leur permet d’agir sur d’autres molécules
(substrats), propriété à l’origine du métabolisme et de
l’ensemble des processus physiologiques.
Ainsi, pour le conférencier, la symétrie au sein du
monde vivant serait synonyme de stabilité, tant méca-
nique (éléments de la charpente cellulaire) que génétique
(transmission des caractères héréditaires). L’asymétrie
moléculaire, en revanche, aurait conféré à la cellule dès les
origines de la vie, son caractère dynamique, caractère que
traduisent aujourd’hui ses multiples activités métaboliques
et son interaction avec le milieu.
Pour conclure, le conférencier revient sur les affinités
respectives de l’art et de la science et se félicite de
ce que l’Institut de France en permette un fréquent
rapprochement.
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Grande salle des séances, le 7 décembre 2011
A
près avoir illustré par plusieurs exemples l’attirance
de très nombreux scientifiques pour l’art ainsi que
leur engagement fréquent dans sa pratique (pein-
ture, musique, etc.) et, symétriquement, l’intérêt qu’éprou-
vent souvent les artistes pour les découvertes scientifiques,
le conférencier s’efforce d’expliquer cette convergence.
Pour lui, elle serait due à un goût partagé pour la recherche.
Celle-ci dénote en effet un certain esprit d’aventure, d’atti-
rance pour ce qui est - pour partie, du moins - « inattendu »,
non exempté de charge émotionnelle ! Elle s’adresse dans
l’un et l’autre cas à l’imagination.
Encore convient-il de s’interroger sur la nature de ce que
l’on entend par « création » dans la démarche du scienti-
fique, d’une part - laquelle débouche en principe sur « les
lois de la nature » - et chez l’artiste d’autre part, dont l’œuvre
tout entière personnelle repose souvent sur la représentation
d’objets artificiels. S’intéressant ensuite, et par enchaîne-
ment au concept d’esthétique et à l’importance qu’il peut
revêtir aux yeux du savant comme à ceux de l’artiste, le
conférencier s’étend sur la notion de symétrie.
Il s’attache à examiner dans quelle mesure le principe
de symétrie joue un rôle important à l’échelle moléculaire.
Plus précisément, l’agencement symétrique des molécules
aurait-il constitué le véritable principe
d’auto-organisation
à l’ère dite « pré-biotique » (aux origines de la vie, il y a
environ quatre milliards d’années) pour guider les premiers
assemblages moléculaires ayant précédé l’apparition des
cellules vivantes ?
A
vec l’arrivée d’
Homo sapiens
en Europe occidentale
il y a quelque 40 000 ans, apparaissent les premières
représentations figurées sur les parois des grottes.
Parmi les thèmes épiques de l’art animalier, se lisent des
images de mains : traces de doigts ou empreintes inscrites
dans la terre argileuse ; mains positives, résultant de l’appli-
cation directe de la paume enduite de pigment ; mains néga-
tives, dont le contour est souligné de couleurs appliquées
ou soufflées sur la paroi. Ce thème est surtout représenté
dans l’aire cantabrique, à l’époque Gravettienne (- 29 000
à - 22 000). À Gargas et Cosquer, des mains négatives
comportant des doigts « incomplets » - en fait plutôt repliés -
figurent des signes de chasse ; à Pech Merle elles entourent,
en contraste rythmique avec des ponctuations, la silhouette
de chevaux...
Sans doute ce thème de la main est-il universel, présent
dans l’art rupestre du monde entier : faut-il lire ces figures
comme élément du « vocabulaire » d’une langue univer-
selle qui reste à déchiffrer, et interroger la « syntaxe »
des contrastes (mains positives / négatives ; cernées de
pigment noir / rouge ; isolées /en grand nombre, visibles /
cachées... ), des associations et des proximités avec d’autres
figurations (symboles sexuels, signes géométriques, diffé-
rentes espèces animales) ? Ces mains imposées sur la paroi
témoignent-elles de cérémonies chamaniques, de jeux, de
rituels thérapeutiques, de cérémonies d’initiation, d’une
appartenance clanique ? Dans la variété et la multiplicité
de leurs localisations et de leurs occurrences, au cours des
millénaires, il ne semble guère possible d’en produire une
interprétation univoque.
Inscription du corps et du souffle, ces images de mains
d’adolescents et d’enfants, d’hommes et de femmes,
restent parmi les plus émouvantes et les plus troublantes
expressions qui nous soient parvenues de nos ancêtres
paléolithiques.
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Grande salle des séances, le 7 mars 2012
Art et Science constituent à première vue deux univers
bien distincts, deux formes d’expression relevant de
facultés très différentes du cerveau humain. Leurs
relations, leurs affinités éventuelles, ont déjà fait l’objet
de multiples réflexions.
Représentations animales diverses, mais
auss i t races du corps huma i n , et p lus
spécifiquement de la main. Au-delà de
l’ émot i on qu’ el les susc i tent , comment
interpréter ces marques qui nous inter-
pellent du fond des temps ?
Symbolique de
la main
dans l’art
paléolithique
Par
Claudine Cohen
, philosophe, historienne des
sciences à l'École des hautes études en sciences sociales
La biologie,
l’art
et les
molécules
Par
François Gros
, Secrétaire perpétuel
honoraire de l’Académie des Sciences
La grotte Cosquer, dans les
Bouches-du-Rhône, recèle
une série de mains négatives
sur fond de charbon de bois
pulvérisé.
Photo DR.
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